Le grand chef du Conseil de la nation atikamekw, Constant Awashish, s’oppose au registre des armes à feu.

Registre des armes à feu: «Nous aimerions être exclus»

LA TUQUE — La vague d’opposition au registre québécois des armes à feu qui sévit inclut plus d’une centaine de municipalités du Québec, mais également des communautés autochtones qui s’opposent formellement à la loi provinciale obligeant les propriétaires à immatriculer leurs armes à feu auprès du gouvernement.

«Pour nous, avoir une arme à feu ce n’est pas un privilège, c’est un droit pour la nation atikamekw et ses membres. C’est notre position. À l’heure actuelle, la façon dont le registre est présenté, ça ne répond pas à nos préoccupations ni à la réalité dans laquelle on vit tous les jours. Nous aimerions être exclus du registre des armes à feu», a lancé Constant Awashish, grand chef du Conseil de la nation atikamekw.

«Ce que j’entends comme commentaires quand je discute avec les gens, c’est qu’ils ont l’impression d’être pénalisés pour les grands centres. Les gens qui vivent en ville pour eux, la forêt c’est un parc au centre-ville. Les visions sont différentes, c’est à l’opposé. On manie nos armes à feu de façon sécuritaire. Dans les grands centres, on associe les armes à la criminalité, tandis que nous, on l’associe à la chasse», poursuit-il.

Constant Awashish rappelle que pour les Atikamekws, les armes servent à la chasse de subsistance et non à de la chasse sportive. Il pense que le nouveau registre va créer des malaises et même des confrontations entre les membres et auprès des autorités qui vont appliquer la loi.

«Il y a encore des aînés qui ne maîtrisent pas le français, mais qui ont besoin d’une arme pour la chasse. C’est important pour nous de préserver leurs droits de posséder une arme à feu en tant que chasseur de subsistance. Les armes à feu, c’est sacré pour certains de nos aînés. […] Les membres sont inquiets et ils ne sont pas d’accord. C’est pas mal unanime. Ils se demandent ce qu’il va arriver avec leurs armes. Il y a beaucoup de gens qui ont reçu des armes en héritage, est-ce qu’elles sont conformes, est-ce qu’elles sont acceptées?»

«On peut développer quelque chose d’autre, propre aux Atikamekws. En temps et lieu, on est prêt à travailler avec le gouvernement. Je pense que tout est dans le dialogue et l’ouverture. On veut juste qu’ils prennent conscience de notre réalité et que ça ne fonctionne pas avec nous», a ajouté Constant Awashish.

La semaine dernière, le maire de La Tuque s’est dit partisan de l’application du registre des armes à feu, une façon de contrôler un équipement au potentiel dangereux. Même s’il n’est pas du même avis, Constant Awashish dit comprendre la position de Pierre-David Tremblay.

«Je comprends la position du maire selon son parcours. C’est une position qu’il a adoptée en raison de son parcours personnel. Pour nous, en tant qu’autochtones, en tant qu’Atikamekw, le registre nous rend mal à l’aise et on s’y oppose. Je crois que c’est une position commune à tous les autochtones», a lancé M. Awashish.

L’Assemblée des Premières Nations Québec - Labrador (APNQL) a également réagi à la démarche du Québec la semaine dernière en dénonçant l’absence de toute considération des réalités vécues par les détenteurs d’armes à feu chez les Premières Nations.

Le son de cloche est le même du côté du Conseil des Abénakis d’Odanak qui d’ailleurs tiendra une importante rencontre avec les propriétaires d’armes à feu. Le chef Richard O’Bomsawin veut connaître l’opinion des membres.

«Le gouvernement nous force à nous enregistrer. Je ne peux pas dire à ma communauté de ne pas enregistrer leurs armes. Je ne peux pas leur demander d’être contre la loi, mais en même temps, je vais leur faire savoir que c’est une loi qui va contre les Premières Nations. Ils vont décider ce que nous allons faire lors de la rencontre», a-t-il lancé.

«Malheureusement, il (le gouvernement) nous met l’arme sur la tempe. Tu le fais ou t’es dans le trouble», a ajouté M. O’bomsawin.

On dénonce également le peu de rencontres sur le sujet avant de se faire imposer l’immatriculation des armes.

«Ce n’est pas une façon voir le problème dans l’optique d’une relation nation à nation».

«Personnellement, je ne pense pas que les gens des Premières Nations devraient avoir à s’enregistrer au registre des armes. Pour nous, c’est un moyen de substances. C’est la raison pour laquelle on a des armes», a-t-il poursuivi.

Du côté de la communauté abénaquise de Wôlinak, près de Bécancour, le chef Michel R. Bernard a fait savoir que le sujet n’avait pas été abordé dans sa communauté.

«Personne de la communauté ne m’a vraiment interpellé avec ça. On n’a pas de position particulière là-dessus. Je ne suis pas pour, je ne suis pas contre. On a des problèmes pires que celui-là à s’occuper», a-t-il souligné.