Deux mois après l’entrée en vigueur de l’obligation d’enregistrer ses armes, les opposants au registre québécois des armes à feu ne lâchent pas le morceau.

Registre des armes à feu: les chasseurs ne décolèrent pas

Trois-Rivières — Deux mois après son entrée en vigueur, les opposants au registre québécois des armes à feu ne lâchent pas le morceau. Plusieurs appellent même à défier la loi en le boycottant, un message qui semble trouver un certain écho auprès des chasseurs et des propriétaires de pourvoirie, dont plusieurs sont réunis pour la fin de semaine au Salon camping, chasse et pêche de Trois-Rivières.

«C’est de l’argent jeté par les fenêtres, tranche Caroline Sirois, de la pourvoirie J.E. Goyette de La Tuque. Et puis, on a déjà un permis: les policiers peuvent déjà savoir qui a un permis ou pas et agir en conséquence. On ne peut pas dire aux gens de faire de la désobéissance civile, mais on comprend qu’ils ne veuillent pas enregistrer leurs armes. Mais on attend de voir ce qui se passe.»

Mme Sirois se dit par ailleurs déçue de la décision du conseil municipal de La Tuque, qui a refusé de prendre position contre le registre, comme l’ont fait de nombreuses municipalités québécoises, notamment en Mauricie. Son mari, Guy Paradis, propriétaire de la pourvoirie, craint même que ce registre ait un impact négatif sur les pourvoyeurs, en décourageant des chasseurs de pratiquer cette activité, surtout ceux qui trouvent trop compliqué d’enregistrer leurs armes.

«Il y en a qui se débarrassent de leurs armes, affirme-t-il. Il y en a qui m’ont appelé pour me demander si je voulais racheter les leurs. Ils sont tannés, ils trouvent ça trop compliqué, surtout les chasseurs plus âgés. Ils disent: si on n’a pas le droit (de chasser), on n’ira plus. Éventuellement, je crois que ça va donner un coup aux pourvoiries.»

Pierre Champoux, copropriétaire de l’entreprise Rec-t-fire, un autre exposant du Salon, s’oppose également au registre, mais est moins pessimiste. Selon lui, il y a peu de chances pour que son entreprise, qui vend des outils pour ajuster la lunette de visée des armes, soit affectée.

«Les chasseurs vont continuer à chasser, alors je ne pense pas être affecté, soutient-il. Mais c’est totalement ridicule d’avoir créé ce nouveau registre. Ça ne changera rien, ils feraient mieux de mettre cet argent en santé. Et puis ce n’est pas vrai que c’est simple: quand j’ai voulu enregistrer mes armes, on m’a envoyé une lettre pour me dire de recommencer parce qu’il fallait que je mesure le canon de chacune d’entre elles. Puis après ça, on m’a dit que finalement, ce n’était pas nécessaire. Ce n’est vraiment pas clair, leur affaire.»

Pour Gaétan Mondou, promoteur du Salon camping, chasse et pêche de Trois-Rivières, ces positions reflètent celles d’une bonne majorité de la clientèle de son événement. Il croit par ailleurs que le boycottage du registre est la meilleure façon de forcer le gouvernement du Québec à faire marche arrière. «On va tenir notre bout, insiste-t-il. Si les gens n’enregistrent pas leurs armes, il n’aura pas le choix que de laisser tomber le registre. Le gouvernement a une patate chaude entre les mains et il ne sait pas trop quoi faire avec, je crois.»

«Qu’ils améliorent un peu le contrôle, pour les gens qui ont un passé criminel, ça ne me dérange pas, mais sinon, je trouve ça ridicule», ajoute-t-il.

En janvier dernier, Québec avait indiqué que 349 952 armes avaient été enregistrées, soit 20% des armes en circulation dans la province. Les contrevenants à la loi risquent de recevoir une amende allant de 500 $ à 5000$ s’ils se font contrôler alors qu’ils ont en leur possession une arme non enregistrée alors qu’elle aurait dû l’être.