Le Dr Frédéric Picotte
Le Dr Frédéric Picotte

Redoubler de vigilance en vue d’une deuxième vague: «Ce n’est pas le temps d’être blasé»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — «On n’a peut-être pas encore de vaccin, mais ce que je vois, c’est qu’on a la capacité organisationnelle et la capacité de tester massivement pour mieux affronter la deuxième vague.» C’est en ces mots que le docteur Frédéric Picotte aborde d’emblée le sujet de la deuxième vague du coronavirus. Le médecin qui œuvre notamment à l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie considère tout de même que le public doit redoubler de vigilance dès maintenant pour poursuivre les efforts afin d’éviter la propagation.

Si la première vague s’est déclarée au Québec quelques jours après la semaine de relâche, on sait aujourd’hui que des cas étaient probablement déjà présents dans la société québécoise avant et que les déplacements durant ce congé scolaire n’ont fait qu’accélérer la propagation du virus. Pour le docteur Picotte, la rentrée scolaire peut présenter les mêmes risques que la semaine de relâche en mars.

«Si on a à s’inquiéter, c’est maintenant qu’il faut le faire. Ce n’est pas le temps d’être blasé, ou de croire que le virus a disparu, que nous en sommes guéris. Il faut redoubler de vigilance et continuer les efforts pour suivre les consignes sanitaires», indique-t-il.

Si une deuxième vague venait à frapper, il est confiant que le réseau est désormais mieux outillé pour y répondre, même si à l’instar des syndicats, il dit craindre des enjeux de manque de personnel infirmier pour l’automne ou l’hiver. Il note en effet que la réorganisation des services et des cliniques a forcément entraîné un enjeu de rétention du personnel, et pas seulement dans les CHSLD.

En mars dernier, Frédéric Picotte reconnaît que l’ensemble du réseau de la santé a été pris de court à bien des égards concernant le coronavirus. Que ce soit pour les équipements de protection, la capacité de tester rapidement un maximum de personnes mais également le fait d’avoir sous-estimé son impact dans les CHSLD, Frédéric Picotte abonde dans le même sens que ceux qui imagent constamment que l’on construisait un avion en plein vol.

«Les deux défis que nous avions à relever étaient d’organiser les soins pour permettre un dépistage rapide, mais aussi d’envoyer le patient à la bonne place. La semaine dernière, il y a des journées où on a réussi à faire passer plus de 16 000 tests par jour, et on obtient les résultats en 24 heures. On a créé des corridors pour permettre d’envoyer les patients malades vers la bonne clinique dédiée à ça», constate le médecin.

C’est d’ailleurs là que se situera le défi dans les prochaines semaines, en octobre et novembre, lorsque les petits nez couleront, que les rhumes et les gastroentérites seront de retour. Le système de santé aura à se mettre à l’œuvre promptement afin d’éviter un reconfinement total de l’économie, mais de procéder de façon ciblée au gré des cas qui se déclareront grâce aux cliniques de dépistage et pour lesquels la Santé publique agira rapidement.

«Si j’avais un message à envoyer aux gens, ce serait celui-là. On n’a pas toujours besoin d’un avis médical. Au moindre symptôme, les gens doivent se faire tester. On saura alors rapidement ce qui doit être fait. Et quand on attend les résultats, il faut s’abstenir d’aller au travail ou à l’école. Je comprends que ça peut être compliqué, mais c’est un geste social à poser», croit-il.