Daniel Duchesne devra maintenant trouver un nouvel emplacement pour son entreprise, Récupération Plus.

Récupération plus à Saint-Gérard-des-Laurentides: les citoyens gagnent leur point

SHAWINIGAN — Comme il fallait s’y attendre, le conseil municipal de Shawinigan a officiellement mis fin au processus d’adoption d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) sur deux lots du chemin de Saint-Gérard, qui aurait permis à l’entreprise Récupération Plus d’installer ses bureaux. Évidemment déçu de cette décision, l’homme d’affaires Daniel Duchesne se tourne vers l’avenir, confiant que la Ville l’accompagnera pour lui trouver un autre site.

Le 11 novembre, 70 résidants de ce quartier s’étaient déplacés à une assemblée d’information pour manifester clairement à l’administration municipale qu’ils s’opposaient au nouvel usage. Ils craignaient que cette entreprise vienne brimer la quiétude de ce quartier résidentiel. Notons également que dans le cadre de la demande d’approbation référendaire, le bureau du greffe avait reçu 81 signatures de résidants qui souhaitaient qualifier leur zone.

Dans ce contexte, le maire Michel Angers laisse entendre que la délibération des élus sur les suites à donner à ce projet ne s’est pas éternisée. En assemblée extraordinaire lundi, le conseil municipal a donc adopté une résolution pour officiellement mettre fin au processus d’adoption de ce PPCMOI. «C’était 70 à zéro; c’était assez simple», résume le maire. «Nous sommes ici pour écouter les gens. Tous ceux qui se sont déplacés à la rencontre étaient contre. À la fin des assemblées d’information, je demande toujours un vote aux citoyens présents à titre indicatif pour vérifier la température de l’eau et disons qu’elle était froide. Nous allons nous organiser pour relocaliser le promoteur dans une autre zone.»

M. Angers constate qu’une mauvaise expérience vécue dans le passé avec un commerce de véhicules d’occasion explique la montée des citoyens aux barricades. C’est aussi ce que M. Duchesne a ressenti, ce qui ne l’empêche pas de déplorer la situation.

«C’est plate, parce que les citoyens trouvent que les taxes sont élevées», rappelle-t-il. «Le conseil essaie de générer de nouvelles entrées d’argent et de l’autre côté, les gens disent pas dans ma cour et ne veulent rien savoir des projets. C’est un peu paradoxal.»

«Ça faisait depuis le 15 avril qu’on travaillait là-dessus», ajoute M. Duchesne. «Tout était bien encadré, mais peu importe ce qu’on aurait dit, les gens n’en voulaient pas. C’est toujours l’histoire du passé... Ce n’est pas parce qu’il y a un passé qu’il ne pourrait pas y avoir d’avenir! Je n’ai jamais eu de plainte depuis que je suis en affaires. J’aurais bien aimé que les citoyens me fassent confiance.»

Néanmoins, le promoteur garde la tête haute et demeure convaincu qu’il finira par trouver une place d’affaires convenable.

«Le maire ne m’abandonne pas; la Ville va me trouver quelque chose», comprend M. Duchesne.

En fin d’après-midi lundi, Gaétan Gélinas et Annie Bergeron se sont déplacés à l’hôtel de ville pour prendre connaissance de la décision officielle du conseil municipal. Les deux résidants du secteur étaient satisfaits de la conclusion de ce processus.

«On est dans un petit quartier qui se tient», explique M. Gélinas. «On s’est fait avoir une fois, dans le temps de la municipalité de Saint-Gérard-des-Laurentides. Le terrain était devenu une cour à scrap. Il faut surveiller nos affaires.»

«Je suis contente!», sourit Mme Bergeron. «On ne voulait plus avoir ce genre de commerce derrière chez nous. On ne se braque pas contre tout développement, mais ça prend quelque chose de raisonnable. Nous sommes dans un quartier résidentiel, quand même!»

Le terrain visé par M. Duchesne est toujours à vendre par l’actuel propriétaire, Ocazauto, un ancien commerce de vente de véhicules usagés qui appartenait à André Francoeur. Mme Bergeron assure que les citoyens suivront de près toute transaction touchant cette propriété.

«Quand les gens se lèvent debout, ça peut aller loin», se réjouit-elle.

Pas compliqué

Il s’agit d’une troisième victoire citoyenne dans un dossier de changement de zonage à Shawinigan cet automne.

Des riverains du lac Vincent se sont mobilisés pour empêcher un promoteur de construire des maisons qui pouvaient offrir de l’hébergement touristique. Un processus semblable a également été arrêté pour une résidence de la 92e Rue.

Au printemps, des citoyens du secteur Lac-à-la-Tortue s’étaient aussi concertés pour bloquer un projet qui aurait permis à la propriétaire d’un gîte d’ajouter des chambres.

M. Angers ne craint pas que ces décisions viennent ternir la réputation entrepreneuriale de la ville.

«Ce n’est pas compliqué de faire des affaires à Shawinigan», assure-t-il. «Mais je suis encore de ceux qui pensent qu’il faut continuer à consulter. Je suis allé au bâton pour plusieurs projets: le Château Bellevue, le développement équestre de Saint-Jean-des-Piles, Versant Un..»

«Si les gens disent seulement qu’ils n’en veulent pas dans leur cour en raison de la circulation et qu’ils demandent que ça aille ailleurs, à un moment donné, je me dis qu’il faut développer», poursuit le maire. «Nous avons des parcs industriels, mais les promoteurs peuvent aussi avoir des choix. Quand on est capable de faire différemment, on va le faire. Jusqu’ici, peu de dossiers de PPCMOI n’ont pas passé. La plupart de ces projets ont été adoptés.»