Les syndicats craignent que le recours à l'arrêté ministériel par le CIUSSS pour forcer des employés à travailler même s'ils ne sont pas disponibles augmente le nombre de démissions.
Les syndicats craignent que le recours à l'arrêté ministériel par le CIUSSS pour forcer des employés à travailler même s'ils ne sont pas disponibles augmente le nombre de démissions.

Recours à l'arrêté ministériel au CIUSSS: les syndicats anticipent encore plus de démissions

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le recours à un arrêté ministériel pour forcer des employés du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec à travailler même s'ils ne sont pas disponibles risque d'accélérer le rythme des démissions et des absences pour maladie au sein du personnel, selon les syndicats qui représentent notamment les préposés aux bénéficiaires et les infirmières.

«Je trouve ça extrêmement inquiétant, parce que c'est une roue qui tourne. On manque de personnel alors on fait des arrêtés, mais après, on manque encore plus de personnel parce que ça les met au bout du rouleau», prévient Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métier du CIUSSS Mauricie Centre du Québec (FSSS-CSN). 

Selon lui, de plus en plus de membres de son syndicat se sentent «pris en otage», face à un dilemme: avoir une vie de famille ou un travail. 

«Avec la mauvaise gestion des dernières années, qui a laissé beaucoup de traces, il y a de plus en plus de membres du personnel qui disent: ''non, stop, on se choisit, on choisit notre famille''», affirme-t-il, en rappelant qu'entre mars et septembre, environ un millier d'employés  ont démissionné. 

Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métier du CIUSSS Mauricie Centre du Québec (FSSS-CSN).

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), abonde dans le même sens. 

«Ce sont les professionnelles en soin qui vont encore payer pour la mauvaise gestion des dernières années. On vient encore brimer leurs droits, ce qui fait qu'on sait qu'il va y avoir d'autres démissions», déplore-t-elle. 

Selon elle, pour éviter que cet exode du personnel se poursuive, le CIUSSS devrait plutôt repenser ses services en fonction des employés dont il dispose, plutôt que de surcharger ceux-ci. 

«Il va falloir que l'organisation prenne le personnel qu'elle a et fasse un choix: quels sont les services qui sont essentiels, qu'on doit maintenir, et quels sont ceux où on peut couper», estime-t-elle. 

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ).

Mme Perron accuse par ailleurs le CIUSSS de s'être servi de l'arrêté ministériel tout l'été pour mobiliser  du personnel à des endroits où les besoins n'étaient pas nécessairement les plus grands. 

M. Bastarache croit pour sa part que le CIUSSS devrait soutenir ses employés dans leurs revendications pour avoir de meilleures conditions de travail, ce qui rendrait les professions en forte demande plus attractives et améliorerait la rétention du personnel. 

«L'organisation va devoir se poser des questions et elle devrait faire plus de pressions sur le gouvernement pour avoir de meilleures conditions de travail pour ses employés. Le CIUSSS n'a jamais fait aucune demande ni aucune pression sur le gouvernement sur l'importance d'avoir des mesures attractives pour attirer de nouveaux employés, mais aussi de rétention de ce personnel», souligne-t-il. 

Rappelons que le CIUSSS a annoncé vendredi cette mesure à venir, en expliquant que le milieu hospitalier de la région est près du point de rupture en raison des nombreux cas de COVID-19 déclarés ces dernières semaines. Le retrait de nombreux employés de leur milieu de travail pour des questions de santé, notamment en cas de grossesse chez les infirmières, a également été évoqué comme raison.