Josée Beaumier, directrice générale du CPE Le manège des tout-petits, de Shawinigan, Carmen Dionne, professeure au département de psychoéducation de l’UQTR et Daniel McMahon, recteur de l’UQTR, ont dévoilé les détails d’un important projet de recherche visant à soutenir l’inclusion des enfants ayant des incapacités dans les milieux de garde réguliers.

Recherche universitaire: l’inclusion comme projet de société

Trois-Rivières — Faire de l’inclusion des enfants ayant des incapacités un projet collectif et bénéfique pour l’ensemble des enfants en milieu de garde. Voilà ce à quoi s’attellera un vaste projet de recherche québécois au cours des prochaines années, qui sera dirigé par Carmen Dionne, professeure au département de psychoéducation de l’UQTR.

«Si on veut avoir du succès au niveau de l’inclusion en milieu de garde régulier, il faut faire équipe», lance d’emblée Carmen Dionne, titulaire de la Chaire UNESCO en dépistage et évaluation du développement des jeunes enfants. «Il faut être capable d’identifier les difficultés, mais également les bons coups, et pouvoir travailler très concrètement avec les milieux, à améliorer les pratiques», explique la chercheuse, en marge du dévoilement de la première phase du projet de recherche.

L’Enquête provinciale sur les pratiques éducatives inclusives, première phase du projet, vise large. Parents d’enfants en milieu de garde, personnel éducateur et gestionnaires de milieux de garde et scolaires, de même que les intervenants et gestionnaires de CISSS et de CIUSSS seront invités à répondre à un questionnaire au cours des trois prochains mois.

Mme Dionne dit avoir la ferme conviction qu’un milieu de garde régulier est le meilleur endroit pour qu’un enfant présentant des besoins particuliers puisse se développer. Et sa présence est tout aussi bénéfique aux autres enfants, soutient-elle. «Le fait d’avoir des pratiques inclusives qui ciblent l’ensemble du milieu de garde fait en sorte que c’est un plus pour tout le monde», plaide la chercheuse.

L’enquête est l’amorce d’un projet de recherche s’étalant sur sept ans, intitulé Intervention précoce en milieux de garde: modèle intersectoriel de soutien aux enfants en CPE inclusif. La deuxième phase prévoit le développement, l’implantation et l’évaluation d’un modèle de soutien pour le développement global de l’enfant en milieu de garde inclusif, dans sept CPE. La dernière des trois phases consiste en une évaluation des pratiques implantées lors de la phase deux.

Pour sa réalisation, le projet de recherche a obtenu 2 499 522 $ du Conseil de recherches en sciences humaines. Il réunit 19 partenaires dont le Regroupement des centres de la petite enfance de la Mauricie et du Centre-du-Québec, sept CPE de la région, des CIUSSS et des CISSS de différentes régions du Québec, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et la Fondation de l’UQTR. Des chercheurs de différentes universités et des étudiants de l’UQTR s’y impliqueront aussi dans le cadre de stages, de projets de maîtrise et de doctorat.

Pour l’instant, Mme Dionne insiste sur l’importance d’une participation large à son enquête «On veut se donner les moyens de pouvoir étudier une étendue de solutions, mais aussi avoir un portrait qui est représentatif, qui va vraiment nous aider dans la phase d’expérimentation à aller vers les bonnes cibles», explique-t-elle.

Tant les parents, les intervenants des milieux de garde ou scolaires et les gestionnaires de ces établissements sont d’ores et déjà invités à participer à l’enquête en se rendant sur le site du partenariat de recherche, à l’adresse suivante: https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_no_site=5395&owa_no_fiche=24&owa_bottin=

L’inclusion, du CPE à l’université

Si les questions liées à l’inclusion touchent les enfants en bas âge fréquentant les milieux de garde, elles demeurent un enjeu jusqu’à l’université. Daniel McMahon, recteur de l’UQTR, souligne que le souci d’inclusion a beaucoup gagné en importance au cours des dernières années et que la clientèle présentant des besoins particuliers est en constante progression à l’Université.

Même si des sommes sont allouées aux établissements universitaires par le ministère de l’Éducation, l’accueil de cette clientèle présente néanmoins certains défis et nécessite une adaptation de la part du personnel enseignant, souligne-t-il. «Le leitmotiv de toute l’opération est de faire en sorte qu’un individu puisse aller au bout de ses capacités et de mettre tout en place pour permettre aux gens de développer leur potentiel à leur maximum», maintient-il.

Du côté des professeurs, Gilles Bronchti, professeur et directeur du département d’anatomie, qui présentera sa candidature au poste de président du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQTR la semaine prochaine, relate que l’arrivée importante d’une clientèle étudiante présentant des exigences particulières a soulevé certaines inquiétudes chez ses collègues.

M. Bronchti explique que certains accommodements sont aménagés pour aider cette clientèle. Dans le cas d’étudiant présentant un diagnostic de TDAH, par exemple, il peut être question de délais plus longs pour les examens, de permission d’enregistrer les cours ou d’avoir recours à un ordinateur pour la prise de note ou pour produire un examen. Si ces assouplissements ont pu faire craindre un certain nivellement par le bas, le professeur explique que le décanat des études a établi des balises assurant que les exigences académiques de réussite soient respectées.

D’autre part, certains règlements ont dû être revisités. M. Bronchti cite l’exemple de la sécurité en laboratoire, où des matières ou des outils dangereux peuvent être manipulés. Des problématiques comme l’épilepsie, à titre d’exemple, peuvent dans ces occasions poser problème, illustre-t-il.

Si dans l’ensemble le corps professoral s’est ajusté à la croissance d’une clientèle aux besoins particuliers, il estime que du côté du Service aux étudiants, la charge de travail a probablement gagné en importance.

Au final, M. Bronchti maintient que tant que les exigences de réussite sont maintenues, si les mesures en place permettent à des étudiants de cheminer et de faire carrière, le tout demeure positif.

Sur le site de l’Université, on peut lire que depuis 2015, «le Programme d’allocation pour besoins particuliers de l’Aide financière aux études n’est plus directement versé aux étudiants, mais plutôt aux établissements d’enseignement.»