En 2016, Réal Daneault avait provoqué l’étincelle qui allait mener à la revitalisation du parc de la Rivière-Grand-Mère.
En 2016, Réal Daneault avait provoqué l’étincelle qui allait mener à la revitalisation du parc de la Rivière-Grand-Mère.

Réal Daneault, un grand bénévole victime de la COVID-19

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — La Ville de Shawinigan trouvera sans doute une façon d’honorer Réal Daneault, ce Grandmérois pure laine emporté par la COVID-19, le 4 avril peu avant 18 h. Le parc de la Rivière-Grand-Mère est spontanément identifié comme le site idéal pour perpétuer cette mémoire.

Grand bénévole, meneur de projets, militant à ses heures, les hommages se multiplient depuis le décès de l’homme qui aurait fêté ses 81 ans en mai. Affaibli, M. Daneault était hospitalisé à Trois-Rivières depuis une semaine, après avoir contracté le virus de l’heure.

«En février, il était sorti d’une grosse pneumonie», raconte la veuve, Lucie Godin. «Il a été hospitalisé dix jours à l’hôpital de Shawinigan. Il commençait à se replacer, mais le virus a attaqué ses poumons. Il s’est retrouvé aux soins intensifs pendant environ une semaine. Le personnel a tout essayé. Il a été intubé, mais le virus a attaqué ses reins, son foie. Il n’avait plus la possibilité de s’en sortir.»

Elle-même en quarantaine après avoir contracté la COVID-19, Mme Godin n’a pu assister aux derniers moments de l’homme qui partageait sa vie depuis 40 ans.

M. Daneault avait vaincu un cancer de la gorge, en 2009. Il était aussi affaibli par des problèmes de pression.

À Grand-Mère, M. Daneault était considéré comme une bougie d’allumage. Outre le célèbre parc qu’il a contribué à ranimer, il a fondé le Club de ski de fond Le Rocher et a participé à l’organisation de nombreuses fêtes de la Saint-Jean-Baptiste. Il a aussi aidé au démarrage du comptoir alimentaire de Grand-Mère.

«Il partait des projets et quand c’était fait, il en partait un autre! C’était toujours pour aider les autres, jamais pour lui», sourit Mme Godin.

En 2016, il avait alerté le conseil municipal de Shawinigan sur la nécessité d’entreprendre des travaux de dragage de la rivière Grand-Mère, afin de sauver l’île du célèbre parc. Les manœuvres tant attendues ont finalement été réalisées au début de l’année 2019.

Louis Tremblay a hérité de la présidence de la nouvelle Corporation du parc de la Rivière-Grand-Mère. Il reconnaît que M. Daneault l’avait sensibilisé à cette cause.

«On perd tout un homme», se désole-t-il. «Je pense que c’est le plus grand bénévole qu’il n’y a jamais eu à Grand-Mère. C’était vraiment une personne exceptionnelle.»

«Le parc de la Rivière-Grand-Mère, c’était son dernier grand projet», raconte Mme Godin. «Il voulait absolument que ça reparte. Il a tout fait pour faire creuser la rivière et il était content que ça se fasse. Son prochain projet, c’était d’avoir le chalet pour accueillir les gens.»

Le maire, Michel Angers, raconte qu’avant les Fêtes, M. Daneault était à nouveau débarqué dans son bureau pour militer en faveur de la réalisation de ce chalet.

«C’est une grande, grande perte pour la communauté», reconnaît le maire. «L’âme du bénévole, c’était lui.»

À l’assemblée publique du conseil municipal en novembre 2018, André Grosleau et Jean-Pierre Jolivet avaient soumis l’idée de changer le toponyme du parc de la Rivière-Grand-Mère en faveur de «Parc Réal-Daneault». La proposition fera sans doute l’objet de discussions.

M. Angers souligne que Linda Lafrenière, ex-mairesse de Grand-Mère, lui a soumis la même suggestion au cours des derniers jours. «C’est l’endroit où il a fait des glissades, où il s’est impliqué», reconnaît le maire. «Pour lui, ce parc représentait beaucoup. Je ne présume pas ce que la commission de toponymie va décider, mais il fait partie des gens qui ont marqué l’histoire de Grand-Mère et qui ont imprégné leur sceau sur celle de la nouvelle ville de Shawinigan.»

Lucie DeBons, conseillère du district du Rocher et présidente de la commission de toponymie, s’attend à ce que M. Daneault soit honoré d’une façon ou d’une autre. Elle prévient cependant que le changement du nom du parc de la Rivière-Grand-Mère pourrait rencontrer une certaine résistance.

«Il est un peu trop tôt pour manipuler ces choses-là», fait-elle remarquer. Elle croit que le futur chalet pourrait très bien porter ce nom.

«C’est sûr que M. Daneault sera honoré», avance Mme DeBons. «Un bâtiment sera reconstruit un jour et je ne vois pas quel autre nom il pourrait porter.»

Politique

M. Daneault avait été élu conseiller à Grand-Mère en 1998. À la fusion municipale, il s’était présenté dans le district 8 et avait été élu en novembre 2001. Moins d’un an plus tard, en octobre 2002, il démissionnait, visiblement mal à l’aise dans le cadre de cette nouvelle ville.

Ce retrait ne l’a pas empêché de s’impliquer dans les dossiers municipaux. Il s’était clairement affiché contre l’approvisionnement en eau potable dans la rivière Saint-Maurice et, plus récemment, en faveur de l’implantation de Nemaska Lithium sur le site de l’ex-papaterie Laurentide.

«C’était un homme engagé, un militant», témoigne M. Angers. «À partir du moment où il croyait en quelque chose, il se dévouait. Dans le dossier de l’eau potable, ce fut un précieux allié quand nous avons fait le virage pour garder nos lacs.»

La dépouille a été confiée au complexe funéraire Pellerin. Une cérémonie religieuse sera éventuellement organisée, mais impossible encore de donner une date dans le contexte actuel.