Environ 250 représentants des Premières Nations étaient présents au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, mardi.

Rassemblement historique au Sanctuaire

«On a du rattrapage à faire, cinq siècles environ», a fait valoir mardi le chef des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.
L'auteur et militant s'adressait à un auditoire peu ordinaire composé «d'immigrants depuis 30 ou 400 ans» et de quelque 250 représentants de presque toutes les Premières Nations du Québec réunis au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, pour deux jours dans le cadre d'une célébration de pardon et d'ouverture, la première en son genre au pays.
Le chef croit qu'il «faudra des étapes subséquentes» à cette grande rencontre. «À la base, si c'était possible d'avoir une meilleure connaissance l'un de l'autre, un meilleur respect pour l'un et l'autre, je pense que ce serait déjà une partie gagnée. Ça passe par des rencontres comme celle-ci», estime-t-il.
Cette rencontre, initiée par Nicole O'Bomsawin, le père Bernard Ménard o.m.i. et Jean-Noël André, se préparait depuis deux ans et survient on ne peut plus à point alors que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, vient tout juste d'inviter le pape François à venir en sol canadien afin de présenter ses excuses, au nom de l'Église.
«Ça fait longtemps que c'est attendu parce que l'Église catholique est la seule Église, finalement, à avoir gardé le silence là-dessus», fait valoir M. Picard.
Si le pape exprimait effectivement ses excuses, «il ne faudra pas que ça s'arrête là. Il faudra vraiment poser des gestes concrets pour que ce soit sincère», estime le chef.
«Le mot qu'on entend sur toutes les lèvres, c'est réconciliation», dit-il. «J'ose croire que nous sommes tous et toutes rendus à cette étape-là dans notre cheminement collectif, dans notre histoire où l'on doit trouver la meilleure façon possible d'aller l'un vers l'autre», plaide-t-il.
Monique Papatie a fait 5 h 30 d'autobus pour se rendre de Lac-Simon, en Abitibi, jusqu'à Trois-Rivières afin de prendre part à cette rencontre. Cette Algonquine, qui a enseigné pendant 25 ans au primaire, a vécu dans les pensionnats pendant sept ans. On l'a arrachée à sa famille dès l'âge de 5 ans et demi.
«C'est dur. Je ne savais pas pourquoi ni où on m'emmenait», confie-t-elle. «On retournait chez nous en été, au mois de juin», dit-elle. «Je n'ai pas vécu d'abus sexuels, mais j'ai vécu des choses difficiles, comme se faire taper les doigts ou coucher dans le corridor toute la nuit», raconte cette femme qui n'a malgré tout pas perdu sa foi.
Déracinée, Mme Papatie raconte avoir perdu beaucoup de ses valeurs et de ses connaissances traditionnelle. «Je les ai perdues», dit-elle. «Je ne les connaissais plus. J'ai arrêté d'enseigner à 50 ans pour réapprendre, de ma mère et de ma belle-mère, ce que j'avais perdu au pensionnat. Aujourd'hui, je retransmets ça aux jeunes», dit-elle.
En prenant part à cette rencontre, au Sanctuaire, «on se renforce», estime-t-elle. «On voit que d'autres personnes ont aussi vécu des choses qui sont peut-être semblables aux nôtres.»
Chef de la nation innue Ekuanitshit Mingan depuis 25 ans, Jean-Charles Pietacho a parcouru de son côté quelque 12 heures de route avec une trentaine de personnes de sa communauté pour assister à cette célébration. L'homme a particulièrement apprécié la manière dont l'activité a été présentée, soit une «rencontre entre les Première Nations et les immigrés».
«C'est une autre façon de se rencontrer, de se connaître», analyse-t-il, «peut-être de partager nos expériences de vie avec les gens qui seront ici», espère-t-il. Il y aura alors peut-être «un processus qui va s'enclencher qui va nous permettre de se réconcilier», dit-il.
Le chef Pietacho constate qu'il y a une certaine hésitation de la part du pape, face à la demande du gouvernement canadien.
«En venant rencontrer des gens comme nous, des anciens pensionnaires, peut-être que le pape va être plus convaincu qu'il doit faire partie de la solution aussi», estime-t-il.
Ghislain Picard prévient que ce rapprochement «ne doit pas être une diversion sur les questions urgentes qui se posent aujourd'hui, parce qu'il y a des préoccupations quotidiennes au niveau des communautés, au niveau des infrastructures, d'éducation et de santé».