Le vérificateur général de Trois-Rivières, Jacques Bergeron, a expliqué les grandes lignes de son rapport, mercredi, dans le cadre d’une conférence de presse.
Le vérificateur général de Trois-Rivières, Jacques Bergeron, a expliqué les grandes lignes de son rapport, mercredi, dans le cadre d’une conférence de presse.

Rapport du VG: Trois-Rivières serait mal préparée en cas de certaines catastrophes

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Il y aura bientôt un an, une tempête majeure s’abattait sur le centre de la Mauricie. Des milliers de personnes s’étaient retrouvées sans électricité dont certaines pendant plusieurs jours. Des centres d’hébergement avaient été ouverts dans plusieurs municipalités de la région dont Shawinigan. Si Trois-Rivières avait été touchée, aurait-elle été en mesure de réagir rapidement et efficacement? Le rapport du vérificateur général permet d’en douter.

«Il n’y a pas de plan global. C’est certain que les gens vont intervenir. Il va y avoir une intervention faite par la sécurité civile, sauf que l’intervention risque de ne pas être coordonnée adéquatement», affirme Jacques Bergeron, vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières.

Chaque situation d’urgence possède son propre plan particulier d’intervention (PPI) qui est accessible sur le réseau Intranet de la Ville, explique-t-il dans son rapport. Toutefois, la majorité des PPI ne sont pas complets. Dans certains cas, le PPI ne contenait aucune documentation lors de l’audit, soit pour les accidents ferroviaires et maritimes ainsi que pour les pannes électriques.

Qu’arriverait-il par exemple si une catastrophe ferroviaire se produisait à Trois-Rivières? «La Ville n’est pas prête, la Ville n’a pas de plan. La Ville va réagir quand même. Il y a quand même une intervention qui va être faite par les policiers, les pompiers, les ambulanciers, sauf qu’il n’y a pas de plan, il n’y a pas de coordination centralisée», soutient M. Bergeron.

La plupart des PPI contiennent des informations incomplètes, selon le vérificateur général. C’est le cas pour les accidents d’aéronef, les accidents routiers majeurs, les bris de barrage, la chaleur accablante, les épidémies, le froid intense, les fuites de matières dangereuses, les glissements de terrain, les conflagrations, les incendies majeurs (feu de brousse), les séismes, les tornades et le verglas. Dans la plupart des cas, la documentation se résume en un aide-mémoire.

Seuls les plans particuliers d’intervention portant sur les évacuations et le confinement, la fermeture du pont Laviolette, les inondations, la neige abondante, la pénurie d’eau potable et le verglas sont suffisamment détaillés, selon le rapport.

La Direction de la sécurité incendie et de la sécurité civile (DSISC) se défend face à ces conclusions en précisant qu’au moment de l’audit plusieurs de ses plans d’intervention, et plus spécifiquement ceux concernant les accidents ferroviaires et maritimes ainsi que les pannes électriques, étaient en révision, c’est pourquoi ils ne se trouvaient pas sur la plateforme numérique. Ils devraient être versés sur la plateforme avant la fin du présent trimestre et ils sont disponibles au besoin, selon elle.

Au-delà des PPI, le vérificateur pointe plusieurs éléments à corriger dans son rapport concernant les mesures de sécurité civile. Notamment en 2018, un autodiagnostic a été réalisé afin de vérifier si les directives du ministère de la Sécurité publique étaient respectées. Des lacunes avaient alors été observées comme, par exemple, un manque d’itinéraires d’évacuation de la population et le manque de processus de rétablissement à la suite d’un sinistre. Ces lacunes n’ont pas encore été corrigées. Une ressource sera affectée à cette fin, a répondu la DSISC.

De plus, la vision stratégique en matière de sécurité civile pour 2019-2021 a été déposée au comité de sécurité publique en avril 2018. Lors de l’audit, aucun processus n’avait encore été mis en place pour respecter cette vision. Il n’y a pas non plus de processus de mise à jour du plan municipal de sécurité civile.

«Ce qu’on a constaté, c’est que le plan n’est pas à jour, et on n’a pas un budget adéquat pour ultimement assurer un plan des mesures d’urgence qui serait complet», affirme M. Bergeron. Le vérificateur recommande d’ailleurs à la DSISC d’intégrer un calendrier de mise en place de sa vision stratégique en matière de sécurité civile. Selon la DSISC, la Ville est en accord avec cette recommandation qui va se traduire par l’ajout de trimestres dans les échéanciers du plan d’action de la vision stratégique.

Par ailleurs, le vérificateur se questionne sur le budget affecté à la sécurité civile qui s’élève pour l’exercice financier de 2018 à 190 000 $, incluant les salaires. Selon le rapport, un fonds d’urgence de 100 000 $ est disponible en cas d’événements ponctuels. «Toutefois, les montants à y investir ne sont pas officiellement établis et récurrents», peut-on y lire.

Le vérificateur recommande donc de minimalement maintenir le budget actuel dédié à la sécurité civile, de s’assurer que ce montant est suffisant compte tenu des risques particuliers de la Ville, d’identifier clairement le montant du fonds d’urgence et d’évaluer s’il est suffisant.

La DSISC répond que «les fonds nécessaires afin de pallier l’ensemble des événements d’exception seront pris, au besoin, dans les revenus excédentaires annuels de la Ville».