La gestion du projet du colisée au District 55 est passée au peigne fin dans le dernier rapport du vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières.
La gestion du projet du colisée au District 55 est passée au peigne fin dans le dernier rapport du vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières.

Rapport du vérificateur général: le colisée, un projet «politique» sans étude de marché

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La construction du nouveau colisée au District 55 à Trois-Rivières était un projet qui reposait éminemment sur des considérations politiques et n’a fait l’objet d’aucune étude de marché et de rentabilité. C’est là l’un des nombreux constats que fait le vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières, Jacques Bergeron, dans son rapport qu’il a présenté mardi soir au conseil municipal, et qu’il présentera aux médias mercredi matin.

Dans son rapport de plus de 300 pages, Jacques Bergeron consacre une section entière au projet qui, rappelons-le, dispose d’une enveloppe de 60,6 M$. Selon le vérificateur général, «tous les efforts menant à l’octroi d’un contrat et à l’obtention d’une aide financière ont convergé sur l’hypothèse que le nouveau colisée accueillerait une équipe de hockey de haut calibre et sur l’objectif d’augmenter l’offre de services pour accueillir des événements sportifs et culturels d’envergure». Il note d’ailleurs que les documents préliminaires et l’appel d’offres ont été préparés en s’appuyant sur le cahier de charge de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

Or, on le sait aujourd’hui, la LHJMQ n’évoluera pas au colisée. Une entente a plutôt été conclue avec une équipe de la ECHL. Par ailleurs, la Ville a dû revoir à la baisse certains de ses besoins dès le début du processus d’appel d’offres pour respecter l’enveloppe budgétaire de 49,5 M$, ce qui aura une incidence directe sur sa capacité de tenir des événements culturels d’envergure constate Jacques Bergeron. Des addendas comme la diminution des guichets à l’entrée principale, la diminution des places assises, le retrait de tout l’éclairage scénographique et des sections motorisées ainsi que des rideaux, de même que le retrait du volet rétractable du tableau indicateur ont en effet modifié les plans initiaux.

«Il est clair que si la Ville désire offrir dans son offre de services aux citoyens cette option (événements culturels d’envergure), elle devra investir à nouveau dans ces installations», ajoute-t-il.

À noter que ces décisions ont été prises sous l’ancienne administration municipale, étant donné que le projet a été décidé par le conseil municipal en 2015, que le terrain a été choisi en 2016 et que l’appel d’offres a été lancé avant les élections de 2017. Toutefois, c’est l’actuel conseil municipal qui a octroyé le contrat en janvier 2018, quelques semaines après l’élection, à l’exclusion du maire Jean Lamarche qui a été élu en mai 2019.

860 000 $ de pénalités

Jacques Bergeron constate par ailleurs qu’en fonction de la date initiale de la livraison provisoire du colisée, 325 jours de retard auront été accumulés sur le chantier. De ce nombre, selon son évaluation, 172 jours de retard seraient attribuables à l’entrepreneur, contre 153 qui ne le sont pas, dont 47 attribuables à la fermeture du chantier en raison de la pandémie de COVID-19. Sachant que l’entrepreneur devra payer 5000 $ de pénalité par jour de retard, il estime que ce sont près de 860 000 $ que la Ville devra appliquer au terme du contrat.

Par ailleurs, le vérificateur général soulève des questions sur le sérieux des plans qualité soumis par l’entrepreneur et de l’efficacité des indicateurs de mesure des processus proposés sur le plan de l’assurance qualité.

Il cite en exemple que des 400 pieux installés sur le site, seulement 10% d’entre eux ont fait l’objet d’essais en vue de leur certification. «Difficile pour la Ville de remettre en question la suffisance ou non du nombre de pieux qui ont été testés ou d’en demander davantage lorsque les fondations et la superstructure sont complétées», note Jacques Bergeron, qui rappelle que deux études géotechniques démontraient que les sols du site n’offraient pas la résistance géotechnique suffisante pour cette charge et que la recommandation visait le recours à l’installation de pieux.

Le vérificateur général de la Ville de Trois-Rivières, Jacques Bergeron.

Certificateur indépendant?

De plus, alors que le contrat principal prévoyait l’embauche d’un certificateur indépendant (CI) qui doit effectuer une vérification rigoureuse à chacune des étapes de la construction jusqu’à la livraison du colisée, le rapport nous apprend que le certificateur est rémunéré à 50 % par la Ville et à 50 % par l’entrepreneur. «Cette nomination bipartite remet en question l’indépendance du CI sous l’angle de l’apparence de conflit dans son lien de subordination avec l’entrepreneur», évoque Jacques Bergeron, qui est d’avis que le CI aurait dû relever uniquement de la compétence de la Ville. Il évoque en outre que l’entrepreneur tarde toujours à remettre des documents au CI pour l’exécution de son mandat.

De ce qu’il a pu constater au cours des différentes vérifications, Jacques Bergeron considère qu’en date d’aujourd’hui, l’enveloppe de 60,6 M$ sera respectée.

Le vérificateur général a émis 10 recommandations générales à la Ville de Trois-Rivières en lien avec la gestion de projet du nouveau colisée, dont l’élaboration d’un plan d’affaires spécifique au nouveau colisée qui met en évidence les objectifs d’exploitation, de rendement et de rentabilité ainsi que les actions requises en conséquence. Autant de recommandations auxquelles la Ville a répondu qu’elle était en accord et pour lesquelles elle s’engage à «produire un plan d’action à court terme».

Subventions

Dans un autre ordre d’idées, le vérificateur général s’est également penché sur la gestion des subventions et des contributions diverses par la Ville. Il en conclut que les travaux d’audit «n’ont pas démontré que l’attribution de l’aide demandée par les organismes suit un processus rigoureux et que le suivi de l’aide accordée permet de s’assurer que les activités réalisées par les organismes répondent aux besoins des citoyens de la Ville et que l’aide a été utilisée aux fins prévues».

Jacques Bergeron est d’avis que la Ville aurait intérêt à mieux documenter les décisions d’accorder ou non la reconnaissance aux organismes et à évaluer formellement la qualité des prestations réalisées par les organismes pour reconduire l’aide à ces organismes.

Jacques Bergeron a également effectué deux audits sur la gestion du programme de continuité des affaires et sur la gestion du programme de relève des technologies de l’information.

Réactions

La Ville a rapidement réagi mardi soir, en marge du conseil municipal. Le maire Jean Lamarche a d’abord évoqué qu’il accueillait favorablement le rapport du vérificateur général et, bien que plusieurs recommandations ont déjà été mises en branle, il indique que ce rapport servira d’outil pour améliorer les façons de faire.

Il n’a cependant pas tenu à réagir aux observations faites sur l’aspect politique du projet de colisée et l’absence de plan d’affaires, étant donné que ces décisions avaient été prises par l’ancienne administration, sous Yves Lévesque. «Nous avons déjà eu ces discussions. Moi je choisis de travailler en regardant vers l’avant», indique celui qui rappelle l’entente conclue avec la ECHL, une équipe «de grande qualité», souligne-t-il.

La Ville estime par ailleurs ne pas douter de l’impartialité du certificateur indépendant, alors que la façon de faire avait été proposée par d’autres organisations ayant déjà fonctionné avec le concept d’un projet «clé-en-main», et estimant avoir tenté de calquer les meilleures pratiques. La Ville assure également qu’elle fera un suivi très serré des retards attribuables à l’entrepreneur de ceux qui ne le sont pas.

Le vérificateur général fera une présentation aux médias de ses principales conclusions lors d’une conférence de presse qui se tiendra mercredi matin.