Rajouter l’insulte à l’injure

Rajouter l’insulte à l’injure
Le matin du 2 mai, j’ai appris par la radio que mon employeur nous imposait une mise à pied collective (moi et mes 440 quelques collègues professeurs & professeures).

La mesure était insultante et déstabilisante: on n’impose pas un lock-out à un groupe qui n’a même pas encore voté des moyens de pression (notre assemblée syndicale était prévue pour le 6 mai: on nous a coupé l’herbe sous le pied).

Depuis, il y a eu les interventions de la ministre (qui ont été ignorées). Il y a eu des concessions du côté syndical (ce que le représentant de l’administration, le recteur McMahon, a nié en affirmant lors d’un point de presse du 13 juin que la partie patronale était la seule à avoir bougé). Il y a eu de la rhétorique stupéfiante entretemps (par exemple: attribuer le maintien du lock-out au président du syndicat).

Je comprends bien que dans un conflit de travail, tous les moyens sont bons pour gagner. Je comprends bien que l’administration de l’UQTR (non seulement le recteur et le conseil d’administration mais les cadres – dont plusieurs sont professeurs - qui ont été solidaires de ces décisions) doit respecter un cadre financier et assurer une saine gestion.

Mais le premier principe en gestion (et à plus forte raison lors d’un conflit de travail) est de protéger les ressources pour l’après-conflit. Or, dans le présent cas, la ressource est humaine (même «trop humaine», comme dirait Nietzsche, mais ça, c’est un beau défaut!).

Et personne n’aime se faire prendre pour une lanterne. Démotiver le corps professoral pour des années à venir, les inciter à la méfiance, les traiter d’incompétents pendant un point de presse, est-ce vraiment une bonne stratégie de gestion? Est-ce vraiment de cette façon qu’on les motivera à continuer à développer l’université? J’en doute.

Mais pour l’instant, comme mes collègues, j’ai des pots cassés à réparer.

Mélissa Thériault

Prof de tout cœur