Bachir Brah Moustapha, vice-président à la vie associative de l’AGEUQTR et ancien président du comité multiculturel COMPLICE, sur le campus de l'UQTR.
Bachir Brah Moustapha, vice-président à la vie associative de l’AGEUQTR et ancien président du comité multiculturel COMPLICE, sur le campus de l'UQTR.

Racisme: «ici, on est vraiment loin de ce qui se passe aux États-Unis»

TROIS-RIVIÈRES — Le directeur du Service d’accueil aux nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières, Ivan Suaza, a vécu personnellement deux situations de racisme, en Mauricie, au cours des 20 dernières années. Le Colombien d’origine a toutefois dû composer avec des remarques et des gestes racistes plusieurs fois par jour lorsqu’il s’est rendu aux États-Unis.

«Ici, on est vraiment loin de ce qui se passe aux États-Unis», assure-t-il, en faisant notamment référence à la triste histoire de George Floyd.

«Quand je vois M. Legault (le premier ministre du Québec) demander aux militaires d’aller en CHSLD pour aider, je constate qu’on est vraiment loin de la mentalité américaine. C’est pour aider les personnes, pas pour attaquer la population, pour s’imposer», constate-t-il.

Le racisme, ça commence toutefois par les petits préjugés, dit-il et la vigilance est toujours de mise.

Bachir Brah Moustapha, vice-président à la vie associative de l’AGEUQTR et ancien président du comité multiculturel COMPLICE, sur le campus, estime lui aussi que «le racisme ici n’est pas aussi virulent qu’aux États-Unis. C’est juste quelques remarques, quelques personnes», constate cet étudiant d’origine africaine.

M. Brah Moustapha estime que les étudiants internationaux sont très bien accueillis sur le campus de l’UQTR.

En dehors de celui-ci, toutefois, il peut arriver de temps en temps que les différences raciales, ethniques ou culturelles suscitent quelques frictions, constate-t-il.

Avant d’amorcer sa maîtrise à l’UQTR, alors qu’il travaillait à Québec, le jeune homme aimait bien se vêtir de la tenue traditionnelle de son pays, le Niger, le vendredi. «Le vendredi, chez nous, c’est comme le dimanche à l’église», explique-t-il. «Pour aller à la mosquée, tu mets ta plus belle tenue traditionnelle. Et j’avais des collègues et des superviseurs qui aimaient ça.» Sauf qu’en sortant du bus ainsi vêtu, près de chez lui, un homme âgé lui a lancé : «Hey! Le ti-noir. Tu peux pas t’habiller comme du monde?»

Même si Bachir Brah Moustapha a utilisé l’humour pour répondre du tac au tac à son interlocuteur, «ça a fait mal quand même», confie-t-il. C’est à ce genre de situation, à ces invectives ou à des insinuations que sont parfois confrontés ses amis et collègues étudiants de l’international, même en Mauricie.

Ivan Suaza, directeur du Service d’accueil aux nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières.

«À l’UQTR, au niveau des activités multiculturelles, ils nous ont vraiment aidés», tient-il à souligner. Même le recteur Daniel McMahon, dit-il, a participé souvent aux activités multiculturelles. «Nous nous sommes sentis bien accueillis», insiste-t-il. «L’UQTR, pour ma part, ne connaît pas d’actes de racisme», dit-il.

À l’extérieur du campus, sur le plan de l’emploi ou du logement, il y a toutefois des actes d’exception, raconte cet étudiant. «C’est moins pire qu’aux États-Unis, mais il faut rester vigilant. Il y a toujours ce regard qu’on te lance ou bien quand tu t’assois dans le bus à côté de quelqu’un, il croise ses pieds ou bien il se lève et part s’asseoir de l’autre côté. Ça tout le monde le vit», raconte-t-il. Et «ça arrive souvent.»

«Mais les jeunes, en général, ont une mentalité totalement différente. Ils ne sont pas du tout comme ça.»

Le directeur général du SANA, de son côté, reconnaît que lorsqu’on cherche du logement pour les réfugiés et les immigrants qui arrivent en Mauricie, «on rencontre des difficultés. Ce n’est pas tout le monde qui est ouvert.»

Généralement, ce sont des personnes de l’équipe du SANA, «des Québécois d’origine», précise-t-il, qui effectuent les démarches pour le logement. «Dans un premier temps, on peut avoir un rendez-vous, mais aussitôt qu’on se rend compte que c’est pour des immigrants, soudainement «l’appartement est déjà pris»», constate-t-il. «Pourtant, des problèmes avec les appartements, il en survient avec toutes sortes de clientèles. Il y a des familles d’ici aussi qui partent sans payer leur loyer», fait-il valoir. Un jour, au terme d’une discussion avec un propriétaire, Ivan Suaza n’a jamais pu savoir pourquoi cet homme s’était juré de ne plus louer aux immigrants alors qu’il avait connu aussi des problèmes avec des Québécois. «Je n’ai jamais pu savoir en quoi c’était différent», raconte-t-il. «Il y a des gens qui vont nourrir de préjugés jusqu’à la discrimination», déplore-t-il. «On les voit. Ça arrive plus souvent qu’on le voudrait.»

Ivan Suaza explique que maintenant, le SANA «fait affaire avec de petits groupes de proprios et ça n’arrive plus. Ils essaient de nous aider. Ce sont des gens vraiment ouverts et engagés qui vont même venir nous offrir des appartements. C’est une question de tolérance, de comprendre que pour certaines personnes, c’est la première fois qu’elles vont vivre dans un appartement.»

En général, les nouveaux arrivants qui sont accueillis par le SANA ne rapportent pas de situations de racisme ou de discrimination qu’elles peuvent rencontrer ici, indique M. Suaza.

Mais des situations malheureuses, il en arrive. Ivan Suaza a déjà croisé un homme au supermarché qui, croyant peut-être qu’il ne parlait pas le français, s’est mis à déblatérer contre les immigrants. Voyant que M. Suaza ne réagissait pas à ses propos, l’homme lui a demandé, sans raison, de «retourner chez lui.»

«Je lui ai répondu: Oui monsieur, je vais retourner chez moi, à Cap-de-la-Madeleine, parce que chez moi, c’est ici.»

Ivan Suaza croit qu’il faut malgré tout regarder des deux côtés de la médaille. «Des fois, les gens prennent les choses comme étant de la discrimination, mais quand on va voir, il n’y a pas de discrimination. Ce sont des directives qu’un employeur, par exemple, va donner aux employés, mais des fois, les gens sont très susceptibles et ils pensent que tout est lié à la discrimination et aux préjugés, mais il faut faire la part des choses», croit-il. «Faire une chasse aux sorcières n’est pas idéal non plus», plaide le directeur du SANA. «Ici, on a une belle ouverture depuis des années. Quand je suis arrivé, Trois-Rivières était déjà ouverte», assure-t-il.