Constant Awashish, grand chef du Conseil de la nation atikamekw (CNA).
Constant Awashish, grand chef du Conseil de la nation atikamekw (CNA).

Racisme envers les autochtones: «il y a encore du chemin à faire»

LA TUQUE — À La Tuque, près de 30 % de la population est autochtone. Le racisme peut parfois être subtil, mais il est bien présent. La mort de George Floyd aux États-Unis rappelle qu’il y a encore du chemin à faire, et ce, malgré tous les pas déjà faits.

«J’ai été bouleversé de voir ça sur les réseaux sociaux», lance d’entrée de jeu le grand chef du Conseil de la nation atikamekw (CNA), Constant Awashish.

«C’est certain que ça nous fait réagir en tant qu’organisation autochtone», ajoute la directrice générale du Centre d’amitié autochtone de La Tuque (CAALT), Laurianne Petiquay.

Même s’ils croient tous les deux que le racisme et la discrimination sont moins prononcés à La Tuque que dans d’autres villes similaires, ils constatent des situations déplorables régulièrement.

«Effectivement, il y a du racisme. Par contre, on travaille fort et on met des choses en place pour que ça aille mieux. Il y a des choses qui doivent changer c’est certain. Il y a encore du chemin à faire», affirme Laurianne Petiquay.

«Je sais que c’est souvent difficile pour un autochtone de trouver un logement. Souvent, il y a aussi des commentaires faits vis-à-vis les autochtones quand on parle de boisson, de problèmes sociaux... Les commentaires deviennent faciles, ou même sous forme de plaisanterie, mais quelque part ça cache un peu ce relent de racisme», ajoute Constant Awashish.

On explique ce genre de situation, entre autres, par une incompréhension culturelle qui vient alimenter les préjugés.

«Les membres en milieu urbain ne se sentent pas toujours compris en tant qu’individus autochtones. Ils se sentent différents et pour eux ça peut se traduire en racisme. Ce qui est important pour nous au Centre d’amitié, c’est de sensibiliser les personnes aux différences culturelles. On travaille fort avec les écoles pour ça. Il y a aussi au centre Sakihikan ou la culture est très présente», affirme Laurianne Petiquay.

Laurianne Petiquay

Pas besoin d’aller très loin en arrière pour trouver des exemples. En février 2019, un jeune joueur de hockey atikamekw des Loups de La Tuque s’est fait insulter par des jeunes, des parents et un entraîneur de hockey, parce qu’il est d’origine autochtone. Le jeune de 14 ans avait été traité de «criss de Kawish» à plusieurs reprises et on lui aurait demandé de retourner dans sa réserve lors d’un match disputé à Trois-Rivières.

L’incident avait soulevé l’indignation, certes, mais avait également mené à des initiatives de sensibilisation. Le CAALT avait lancé la première édition du défi 100 tours sans discrimination. Un événement qui rassemble autochtones et allochtones autour d’un seul et unique but: enrayer la discrimination raciale.

«Ça interpelle beaucoup de gens. La présence des autochtones ici sur notre territoire est forte et grande, c’est une richesse. On est fiers de le montrer. […] On a aussi le 21 juin où l’on célèbre la journée nationale des autochtones qui est de plus en plus connue dans la ville. C’est important pour nous de promouvoir et travailler en collaboration avec les autres organisations. Je pense qu’il y a une belle ouverture d’esprit, mais il y a du travail à faire il ne faut pas se fermer les yeux. Il faut continuer à travailler et à faire autrement», insiste Laurianne Petiquay.

Cette dernière n’est pas sans rappeler qu’une étude du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ) menée pour avoir un portrait de la réalité des autochtones en milieu urbain soulignait, en 2018, que 57 % des répondants avaient été victimes de racisme au sein du réseau de services québécois.

«C’est certain qu’il y a une certaine forme de racisme à La Tuque, mais comparativement à d’autres endroits je crois que les gens sont très ouverts aux autochtones ici», souligne le grand chef de la Nation atikamekw.

«Pendant un certain temps, les gens avaient de la misère à se trouver un emploi, mais il y a eu un gros virage. Maintenant, il y a beaucoup d’Atikamekw qui travaillent un peu partout à La Tuque. C’est un côté très positif», ajoute-t-il.

Pour le grand chef, le racisme, aussi subtil est-il parfois, peut prendre plusieurs formes. Il parle notamment de racisme «socioéconomique, du racisme historique ou encore du racisme politique».

Constant Awashish pense que les grands décideurs devraient prêcher par l’exemple à l’endroit des groupes autochtones.

«Le racisme est également au niveau des gouvernements et des citoyens corporatifs qui veulent exploiter les ressources naturelles. Ils agissent par toutes sortes de manigances pour tenter de ne pas respecter l’État de loi qui comporte les droits autochtones. Ce genre de comportement qui minimise les obligations vis-à-vis les autochtones, on pourrait comparer ça à du racisme aussi. Les gouvernements qui ferment les yeux sur ces comportements-là des investisseurs et des promoteurs de différents projets, c’est une forme de racisme.»