Dominique Goubau est professeur spécialisé en droit de la famille et en droit de l’adoption à l’Université Laval.

Questionnaire portant sur les habitudes sexuelles: «C’est absolument inconcevable»

Trois-Rivières — «C’est absolument inconcevable que de telles questions soient posées à des gens qui veulent entrer dans le processus de banque mixte.» Le professeur spécialisé en droit de la famille et en droit de l’adoption à l’Université Laval de Québec, Dominique Goubau, est catégorique. Ce spécialiste qui s’intéresse à la question de l’adoption en banque mixte au Québec depuis plus de vingt ans dit même être tombé en bas de sa chaise lorsqu’il a pu prendre connaissance du questionnaire.

«Au début, je dois vous avouer, je pensais que c’était une erreur. C’est un questionnaire qui relève davantage d’un projet étudiant en sexologie et sur lequel les gens devraient pouvoir répondre sur une base volontaire, mais qui n’a absolument aucun lien avec l’évaluation de la qualité d’une personne comme candidat potentiel à l’adoption d’un enfant. C’est absolument inacceptable qu’on leur pose ce genre de questions», tranche-t-il.

Pour le professeur Goubau, il est évidemment normal que le CIUSSS s’oblige à vérifier si les profils des couples aspirant à l’adoption sont compatibles avec les exigences qu’on se fixe, et qu’il importe de vérifier que ledit profil concorde avec la mission du service d’adoption. Mais pour lui, ce questionnaire n’a aucun lien avec une telle démarche.

Dominique Goubau rappelle que la quasi-totalité des couples ayant de la difficulté à avoir des enfants au Québec et qui désirent adopter doivent passer par le processus de la banque mixte. Pour lui, le plus grand frein à ce processus réside surtout dans le fait que les couples qui s’engagent dans cette voie doivent accepter un risque qu’au final, l’enfant ne soit pas adoptable, que le processus n’aboutira jamais. «C’est surtout ça l’obstacle que l’on observe. Maintenant, si en plus on est obligé de se soumettre à des mesures aussi intrusives, ça peut donner d’autres arguments pour ne pas s’engager dans le processus», croit-il.

M. Goubau n’hésite d’ailleurs pas à qualifier la procédure d’«injuste». «Pour plusieurs de ces personnes, le désir d’avoir un enfant est tellement grand qu’ils accepteraient absolument n’importe quoi, y compris de remplir ce questionnaire», constate-t-il.

La travailleuse sociale et psychothérapeute pour le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, Francine Bronsard, signale pour sa part que l’analyse du professeur n’est pas prise dans l’angle de l’objectif visé par le CIUSSS, lui qui n’a d’ailleurs pas pu prendre connaissance de la totalité du questionnaire, mais seulement de ces 26 questions hors de leur contexte, rappelle-t-elle. «C’est un exercice qui vise à prévenir les abus de toutes sortes, et on souhaite le faire avec rigueur. C’est un processus qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années et qui est validé scientifiquement», signale Mme Bronsard, qui travaille depuis plusieurs années sur le programme d’évaluation et de traitement des agressions sexuelles.