L’accident d’avion au lac Geoffrion a eu lieu en 2011.

Quelle sentence pour Yves Julien?

La Tuque — Celui qui pilotait l’hydravion qui s’est écrasé au lac Geoffrion en Haute-Mauricie en septembre 2011 connaîtra bientôt son sort. Yves Julien, qui a été reconnu coupable de négligence criminelle ayant causé la mort de Claude Bélanger, était de retour au palais de justice de La Tuque, mercredi. Les avocats se sont prononcés dans le cadre des représentations sur la peine. Le juge rendra sa sentence en avril.

La Couronne réclame quatre ans de pénitencier et une interdiction de piloter à perpétuité alors que la défense suggère au juge David Bouchard d’imposer 90 jours d’emprisonnement avec trois ans de probation, 200 heures de travaux communautaires et un don de 2500 $.

La défense a fait entendre deux témoins, soit l’accusé et sa conjointe. Yves Julien est venu témoigner de sa situation actuelle principalement. C’est sa conjointe qui a livré le témoignage le plus poignant.

«Yves Julien n’est pas un criminel. Il n’est pas un danger pour la société», a-t-elle répété à quelques reprises. Elle l’a décrit comme un homme avide de grandes sensations et intrépide.

La conjointe d’Yves Julien a également parlé de l’état dépressif de l’accusé après l’accident.

«Il ne se l’avouait pas, mais il a sombré dans une dépression pendant plusieurs mois voire plusieurs années après l’accident», a-t-elle indiqué.

L’accusé, qui depuis le début des procédures n’affiche aucune émotion, a tenu pour sa part à expliquer au juge que c’était un réflexe de bon capitaine.

«J’ai lu les reportages et la journaliste me dépeint comme quelqu’un sans émotion. […] Ça prend un homme sans émotion pour affronter une tempête et ça, c’est une tempête dans ma vie. Je l’affronte sans émotion pour rester rationnel», a-t-il lancé.

Le procureur de la Couronne a quant à lui fait entendre un seul témoin. Gilbert Grenier, le frère de la veuve, s’est amené à la barre pour lire une lettre écrite par la conjointe de la victime. Une lettre dans laquelle elle explique son absence.

«J’ai toujours cru que je serais présente à ce procès, mais j’ai réalisé, devant la confirmation de sa tenue, que je n’en étais pas capable. Je suis trop fragile et vulnérable pour entendre... Je me console de toute façon en me disant que je n’aurai jamais la vérité de mon mari. Je ne pourrais maintenant qu’entendre les entourloupettes d’un accusé qui cherche à se défendre et qui n’a jamais manifesté de regrets.»

Elle dépeint également un portrait de la victime «pour que les gens se rappellent de Claude», pour exprimer sa réalité et «faire part de mes attentes envers les représentants de notre société. Cet événement tragique dans nos vies est lourd de conséquences, encore, après tout ce temps.»

Guylaine Grenier exprime également à travers sa lettre qu’elle souhaite que la mort de Claude puisse faire évoluer la sécurité dans le ciel québécois.

Claude Bélanger avait 54 ans lorsqu’il est mort tragiquement dans l’accident du lac Geoffrion.

«Je ne vais pas vous raconter la dépression, l’arrêt de travail, le redémarrage de mon entreprise, l’absence de soutien financier parce que mon mari est décédé d’un accident d’avion; pas sur la route en voiture. […] Mais je vais vous demander de faire quelque chose de concret pour éviter que cette situation ne puisse se reproduire», indique-t-elle.

Dans sa plaidoirie, le procureur de la Couronne a dépeint une certaine forme de préméditation. Il a fait remarquer que l’accusé avait pleinement connaissance des règles et qu’il ne les a pas respectées, qu’il s’agissait d’un enchaînement d’actes téméraires et qu’il avait à plusieurs reprises repoussé la responsabilité sur les autres.

Il a également demandé au juge de prendre en compte la personnalité de l’accusé et son comportement lors des audiences. Me Éric Thériault a aussi insisté sur l’absence de remords d’Yves Julien.

«Je n’ai jamais entendu de remords, des condoléances, d’excuses […] Il avait l’opportunité de s’excuser aujourd’hui, il ne l’a pas fait», a-t-il fait remarquer.

Me Thériault a également déposé au juge les antécédents d’Yves Julien en matière de sécurité routière. L’individu cumule des dizaines d’infractions au Code de la sécurité routière.

«Il a une propension au non-respect des normes sociales», a-t-il lancé.

De son côté, l’avocat de la défense a insisté dans sa plaidoirie sur l’absence d’antécédent judiciaire de son client et sur le fait que l’accusé et la victime partageaient le même risque.

L’avocat est également revenu sur les propos du procureur. Il a indiqué au juge que d’utiliser l’avion comme moyen de transport n’avait pas pour but de «faire jet set». Il assure que son client avait des remords «et qu’il les avait exprimés durant les audiences» et qu’Yves Julien n’était pas arrogant.

«Ce n’est pas parce que vous êtes expert ou connaissant dans un dossier que vous êtes arrogant», a indiqué Me Gérard Desroches.

Ce dernier a demandé au juge de tenir compte de l’ensemble des facteurs dans le dossier pour rendre sa sentence. Il a aussi rappelé que les événements se sont déroulés il y a plus de six ans et que son client avait une interdiction de piloter qu’il a respectée.

«Ce n’est pas nécessairement inapproprié de déroger à la fourchette de peine. Une sentence peut varier d’un extrême à l’autre», a-t-il indiqué au juge.

Rappelons que le juge Bouchard avait déclaré Yves Julien coupable de négligence criminelle ayant causé la mort, en septembre dernier, au terme d’un long procès. Le juge David Bouchard avait expliqué sa décision dans un jugement étoffé d’une trentaine de pages.

Yves Julien a été déclaré coupable de négligence criminelle ayant causé la mort.

Il avait rejeté la théorie de l’accusé qui soutenait avoir frappé une bille de bois lors de la cinquième tentative d’amerrissage, qui a été fatale pour son passager. Une explication que le juge avait qualifiée de «farfelue et extravagante qui n’est pas compatible et cohérente avec les autres faits qui caractérisent le dossier».

Demande d’appel
Yves Julien a présenté à la Cour d’appel une requête pour permission d’appeler sur le verdict de culpabilité dans le dossier.