À Shawinigan, Karine Beaulé-Prince devait nettoyer le lutrin après chaque intervention à la conférence de presse convoquée le 12 mai.
À Shawinigan, Karine Beaulé-Prince devait nettoyer le lutrin après chaque intervention à la conférence de presse convoquée le 12 mai.

Quel avenir pour la conférence de presse?

SHAWINIGAN — Il s’est produit un événement, cette semaine, qui a sorti quelques journalistes régionaux de leur nouvelle routine. Ils ont participé à une conférence de presse.

Le 12 mai en matinée, la Ville de Shawinigan a convoqué les médias à la caserne de l’avenue Champlain pour confirmer la signature d’une nouvelle convention collective avec ses pompiers. Elle organisait ainsi sa première activité de presse en personne depuis l’annonce de la deuxième année du budget participatif, le 5 février.

Des repères avaient été tracés avec un ruban au sol pour s’assurer que tout le monde respecte le fameux espace de deux mètres. Les invités devaient également asperger leurs mains de désinfectant à leur arrivée. Pendant la conférence de presse, entre chaque intervention, Karine Beaulé-Prince, agente de communications à la Ville, nettoyait le lutrin pour le prochain intervenant. À la fin de l’exercice, les entrevues étaient réalisées en gardant la distance imposée.

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À Trois-Rivières par exemple, le maire, Jean Lamarche, a traité d’enjeux municipaux au cours des dernières semaines via la plate-forme Facebook Live. Guillaume Cholette-Janson, coordonnateur aux relations avec le milieu à la Ville, considère qu’il s’agit d’un outil supplémentaire qui survivra sans doute à la pandémie.

«Pour l’instant, on ne tient pas de conférence de presse, à moins que ce soit absolument nécessaire», explique-t-il. «S’il y avait un lieu physique à montrer (comme le nouveau Colisée), on pourrait le considérer. Mais pour l’instant, nous n’avons pas eu ce genre d’annonce à faire».

«On n’abandonne pas l’idée des conférences de presse, mais c’est un peu moins évident, avec les mesures de distanciation sociale. Les communications, comme bien des choses, sont mouvantes et il faut s’adapter.»

À Shawinigan, François St-Onge, directeur du Service des communications et des relations avec les citoyens, croit que la Ville continuera d’organiser des conférences de presse.

«Nous sommes à l’ère de l’expérimentation», convient-il. «Nous n’avons pas vraiment aimé le résultat de notre Zoom (sur la situation au CHSLD Laflèche, le 9 avril). Nous allons continuer à faire des conférences de presse, mais on va s’organiser différemment. Il faudra toutefois garder le contact humain, qui facilite beaucoup la communication.»

Guylaine Beaudoin, présidente de Beaudoin Relations publiques, estime avoir dû annuler au moins un dizaine d’événements de presse «classiques» en raison de la pandémie, sans compter ceux qui étaient en préparation.

Le lancement de la campagne de financement de la Corporation de la Maison des Trois colombes, en janvier 2017, avait provoqué un déplacement massif de personnalités difficilement imaginable aujourd’hui.

L’entreprise a toutefois réussi à organiser un événement en ligne pour la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite. La femme d’affaires voit d’ailleurs cette tendance s’accentuer au cours des prochains mois, notamment pour éviter les déplacements.

Mme Beaudoin comprend que l’accès en personne demeure toutefois très précieux pour les journalistes.

«Pour détecter l’émotion, poser des questions, il y a une certaine perte quand on est en ligne», convient-elle. «Pour avoir une information transparente et juste, les médias doivent continuer à aller dans les entreprises, dans les milieux municipaux.»

Mme Beaudoin croit aussi que certaines annonces imposent une convocation aux journalistes. «Mais des conférences de presse pour tout et pour rien... Je pense que le nombre va diminuer.»

Véronique Buisson, propriétaire de La Philanthrope à Shawinigan, avait déjà entamé une réflexion sur l’organisation de ces activités. Celle qui a réorienté sa pratique en coaching d’entreprise et en programmation neuro-linguistique estime qu’un facteur important avait précédé la crise sanitaire.

«Qu’est-ce qui justifie l’organisation d’une conférence de presse?», questionne-t-elle. «Les médias me mentionnaient qu’ils étaient en manque d’effectifs, alors on essayait de faire parler de nos événements sans toujours convier la presse. Indépendamment de la crise sanitaire, les médias me paraissaient tellement en manque de ressources qu’il fallait considérer ce facteur.»

Expérience du CIUSSS

Les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux de partout au Québec ont dû plonger rapidement dans la communication virtuelle pour informer la population en temps de crise. Louis Brunelle, directeur aux ressources humaines, aux communications et aux affaires juridiques du CIUSSS de la Mauricie - Centre-du-Québec, précise que depuis le 13 mars, les médias régionaux ont été convoqués à pas moins de 22 conférences de presse.

«Lors des trois premières, les journalistes étaient sur place», explique M. Brunelle. «Par la suite, nous n’acceptions que les caméras et nous avons lancé nos conférences sur Facebook Live. Nous avons eu, en moyenne, 22 000 personnes qui nous ont regardés!»

Au fil des jours, le CIUSSS MCQ s’est rendu compte que les questions des médias adressées au téléphone allaient bien au-delà du bilan quotidien. «Nous avons donc décidé de ralentir le rythme des points de presse et plutôt offrir des porte-paroles parce que les questions étaient très variées.»

M. Brunelle considère que la plate-forme Facebook Live risque de rendre encore de précieux services à son organisation.

«Avec le nombre de personnes qui écoutent ces conférences, on pense que c’est un bon moyen», constate-t-il. «Ça va se poursuivre pendant encore un bon bout de temps. En plus, on peut répondre à la population, puisqu’on invite les gens à poser des questions.»