Le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) passera de 577 millions à 602 millions d'ici 2021-2022, une augmentation de 25 millions sur cinq ans.

Québec entretient le flou sur le financement des groupes communautaires

Amère déception pour les quelque 3000 groupes communautaires du Québec: eux qui croyaient recevoir 80 millions additionnels sur cinq ans du gouvernement Couillard n'auront finalement que 25 millions de plus pour financer leurs missions.
Pourtant, le nombre 80 apparaît noir sur blanc dans le budget. Il a aussi été maintes fois répété par la ministre déléguée à la Santé publique Lucie Charlebois au cours des dernières semaines.
En entrevue avec La Presse canadienne lundi, le porte-parole de la Coalition des tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) a parlé de «comptabilité créative», tout en accusant le gouvernement d'entretenir le flou depuis mars afin de «bien paraître».
«On le sait: ce gouvernement-là fonctionne avec l'opinion publique, (...) il doit démontrer qu'il agit, a soutenu Hugo Valiquette, porte-parole du CTROC. Donc 80 millions, c'est quand même un beau chiffre à dire, et c'est vrai que ça a l'air d'un gros chiffre et d'un gros investissement, mais c'est vraiment utiliser des chiffres pour bien paraître.»
En réalité, le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) passera de 577 millions à 602 millions d'ici 2021-2022, une augmentation de 25 millions sur cinq ans.
Le taux d'indexation annuelle s'élèverait à environ 0,7 %.
«C'est très peu», a déclaré M. Valiquette, ulcéré. Les groupes réclament, dès cette année, l'ajout de 355 millions et une rencontre d'urgence avec la ministre Charlebois.
«Les listes d'attente, on en voit. Avant, on avait cinq jours d'ouverture. Ben là, on commence à voir des quatre jours d'ouverture parce qu'on n'est plus en mesure de se maintenir (...) Ça fait des gens qui sont épuisés; on voit un roulement de personnel de plus en plus», a-t-il ajouté.
De son côté, Mme Charlebois s'est défendue lundi d'avoir entretenu le flou en jouant sur les chiffres, et a rejeté la demande de financement additionnel du CTROC, la qualifiant «d'excessive».
«Il y a des ententes de service que ces organismes communautaires ont avec le réseau de la santé. (...) Ça, on n'en parle jamais. Il y a aussi des montants qui viennent de mon budget discrétionnaire, pas moins de 1 million $ que je donne, entièrement versé aux organismes communautaires. Tous les députés ont un budget de soutien à l'action bénévole. Savez-vous où ça va? Aux organismes communautaires. Personne ne parle jamais de ça, mais va falloir en parler un jour», a-t-elle dit.
Le porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux, Dave Turcotte, a quant à lui déploré l'attitude de la ministre.
«Dans un budget, (...) faire de la politique à ce niveau-là, j'ai rarement vu ça. De créer des attentes à des gens qui sont déjà découragés et démoralisés, (...) c'est quelque chose», a-t-il déclaré.
Les groupes communautaires souffrent d'un sous-financement «criant», a insisté M. Turcotte, depuis qu'on leur demande de «tenir le filet social» abîmé par les mesures d'austérité des dernières années.