La directrice du Musée Pierre-Boucher Andrée Brousseau a indiqué qu’il n’est absolument pas question que le musée cesse ses activités malgré que l’institution n’ait pas été agréée par le ministère de la Culture et des Communications, ce qui impliquera qu’il perdra ses subventions actuelles sur un horizon de trois ans.

Québec coupera les vivres du Musée Pierre-Boucher: «C’est une mauvaise surprise»

Trois-Rivières — Le ministère de la Culture et des Communications a fait connaître vendredi dernier la liste des institutions muséales officiellement agréées selon ses nouvelles normes et dans la région, seul le Musée Pierre-Boucher n’a pas été retenu de sorte que dans trois ans, l’institution ne recevra plus rien des sommes que lui octroyait annuellement le ministère, et ce, depuis 1976.

À terme, pour le Musée Pierre-Boucher, c’est un montant annuel de 118 000 $ qui ne lui sera plus accordé, ce qui constitue pratiquement tout son financement. Par contre, le ministère a prévu des mesures d’accompagnement pour les institutions qui étaient soutenues financièrement dans le passé mais qui n’ont pas été agréées selon les nouvelles règles. C’est donc dire que l’institution située à l’intérieur du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières conservera son budget pour 2019 et verra l’aide gouvernementale diminuer ensuite. En 2021, elle recevra entre 20 % et 30 % de ce à quoi elle a droit présentement.

Du côté de la direction du musée, on encaisse le choc. «J’avoue que c’est une mauvaise surprise, indiquait jeudi la directrice Andrée Brousseau. Pour l’instant, on ne peut rien dire parce qu’on ne sait rien de ce qui s’en vient. Bien sûr, c’est inquiétant mais nous allons rencontrer les représentants du ministère le 28 mai prochain pour voir avec eux ce qu’il est possible de faire puisque nous demeurons éligibles à de l’aide financière dans le cadre de divers programmes, notamment. On pourra aussi voir ce qui nous a nui pour l’agrément et ce qu’on pourrait changer.»

«J’ai discuté avec le président de notre conseil d’administration Pierre Leclerc et nous n’envisageons absolument pas une cessation des activités du musée. Nous allons analyser la situation au cours des prochaines semaines en fonction de ce qu’on aura appris du ministère. L’ironie de la chose, c’est que nous fêterons en 2020 notre 125e anniversaire de fondation, ce qui fait de nous un des plus vieux musées encore en activité au Québec.»

Ce qui est garanti pour l’instant, c’est que rien ne changera dans les activités du Musée Pierre-Boucher pour les mois à venir. «D’ici la fin de l’année et sans doute même au-delà, nous allons poursuivre nos activités tel que cela était prévu au calendrier. Rien ne change. Il n’est pas question de paniquer pour l’instant. Nous avons besoin de plus d’informations pour voir plus loin. Il est probable qu’on puisse fonctionner avec des fonds moindres. Il reste à voir comment. Devra-t-on revoir la vocation actuelle du musée? On verra.»

Le Musée Pierre-Boucher est un musée privé indépendant du STR si ce n’est qu’il est situé dans ses murs. Il est également indépendant de la Corporation du séminaire. «Nous ne sommes pas qu’un musée: nous avons aussi une collection qui compte 27 000 objets patrimoniaux et 13 000 œuvres d’art. Avec deux employés à 35 heures par semaine et un autre à 27 heures, nos ressources sont minimales pour ce que nous faisons puisque nous présentons quelque 14 expositions par année. On fait beaucoup de choses différentes sans faire appel à des ressources externes.»

Ce qui demeure clair également aux yeux de la directrice, c’est que le musée occupe une place qu’aucune autre institution n’occupe à Trois-Rivières présentement. «Nous enregistrons une fréquentation de l’ordre de 15 000 visiteurs annuellement, ce qui est considérable. Nous avons un créneau particulier en n’étant pas strictement un musée d’art et pas strictement un musée d’histoire mais les deux à la fois. Nous présentons des expositions accessibles destinées au grand public et toujours gratuites. Nous profitons de notre collection pour enrichir nos expositions d’objets remarquables qui en sont tirés et c’est toujours minutieusement documenté. On fait des choses qu’aucune autre institution ne fait ici. Ça fonctionne puisque les gens viennent et reviennent, les commentaires sont très positifs et la fréquentation est en augmentation d’année en année.»

«Je ne peux pas lancer la pierre à qui que ce soit quant à la décision du ministère. Ils ont mis de l’avant une nouvelle grille d’évaluation et une nouvelle façon de faire. On ne sait pas où ça a accroché pour nous. On comprend qu’ils ont cherché à établir des critères généraux d’évaluation qui ne peuvent forcément pas prendre en compte chaque cas particulier. Notre réalité est différente de celle des autres musées.»

Selon Marie-Andrée Levasseur, présidente de Médiat-Muse, regroupement des institutions muséales de la région, sur les 191 institutions qui ont déposé une demande, 149 ont été agréées. «L’agrément est valide pour cinq ans. Entre-temps, ceux qui n’ont pas été agréés auront la possibilité de refaire une demande à l’hiver 2020. Pour ce qui est du soutien financier, il est, lui, décidé pour trois ans. Cela signifie qu’une institution qui obtiendrait son agrément dans les prochaines années devra attendre 2022 avant d’avoir droit à un nouveau financement.»