L'Union des producteurs agricoles (UPA) menaçait de perturber la saison touristique des régions en refusant aux motoneigistes l'accès aux sentiers situés sur les terres agricoles.

Québec cède devant les agriculteurs: les motoneigistes soulagés

Il était minuit moins une, mais Québec a finalement décidé de reculer dans la mise en place de la réforme du programme de crédit de taxes foncières agricoles qui était fortement décriée par les agriculteurs. Ces derniers ne mettront donc pas à exécution leur menace de bloquer l'accès aux sentiers de motoneige passant sur leurs terres.
Cette décision du nouveau ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, a été rendue publique en fin d'avant-midi vendredi. Les municipalités appliqueront donc l'ancien régime de taxation, qui était plus généreux pour les agriculteurs.
Dans un point de presse vendredi matin à l'Assemblée nationale, le ministre Laurent Lessard, qui remplace Pierre Paradis depuis à peine 10 jours, a dit qu'il avait rencontré le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, la semaine dernière.
Le ministre a dit s'être alors enquis de la perception de l'UPA et des difficultés de la mise en oeuvre de la réforme.
«Dans l'évaluation d'une incompréhension sur quelque chose qui dure depuis un an, alors qu'il y a à peu près 10 pieds de neige partout au Québec, les Ontariens, les gens du Nouveau-Brunswick, les Américains, les Européens... Je pense que l'économie de la motoneige et du VTT est à son plein développement pour un mois ou un mois et demi, alors on décide d'aller de l'avant», a dit M. Lessard.
Cette volte-face du gouvernement est accueillie à bras ouverts par les intervenants impliqués de près ou de loin dans l'industrie de la motoneige. On peut donc dire que tout ce beau monde a poussé un grand soupir de soulagement lorsque la nouvelle est tombée. Les retombées économiques découlant de la pratique de cette activité hivernale sont très importantes pour l'industrie du tourisme, notamment dans la région alors que de nombreux sentiers sillonnent les terres et les forêts. Et comme la neige est abondante cet hiver et que les motoneigistes sont au rendez-vous, un blocus imposé à compter de lundi prochain aurait fait très mal aux clubs de motoneige, aux relais ainsi qu'aux établissements hôteliers et de restauration situés en bordure des sentiers.
«C'est une bonne nouvelle. Je sais qu'il y a eu un changement de ministre dernièrement alors ç'a peut-être eu un impact. Ils ont peut-être aussi attendu jusqu'à la dernière minute. Mais peu importe, l'important, c'est que ça soit réglé. Les gens nous en parlaient déjà beaucoup et nous ne savions pas trop quoi leur répondre, car nous étions toujours dans l'inconnu. Les agriculteurs ne voulaient pas trop nous en dire. On se disait qu'il fallait profiter du [présent] week-end, car ça aurait pu être le dernier. Mais il aura finalement eu plus de peur que de mal», mentionne le responsable des communications du Club de motoneige de la Mauricie, Kévin Vézina. Environ 40 % des sentiers de ce club passent sur des terres privées.
Le président du Club de motoneige Armony de Louiseville, Yvon Bergeron, accueille lui aussi positivement cette nouvelle. Néanmoins, il aurait bien aimé que le litige se règle plus rapidement, car la menace de blocus a eu des impacts négatifs, et ce, même si elle n'a finalement pas été mise à exécution. Selon lui, plusieurs touristes américains et européens ont déjà décidé d'annuler leur périple en motoneige au Québec. Il espère également que ce dossier se règle pour de bon afin que cette situation ne se répète pas au cours des prochaines années.
«La saison est peut-être sauvée, mais il ne faudrait pas que ça se reproduise tous les ans, car ça va créer une incertitude. Ils devraient négocier avant d'en arriver là à nouveau», poursuit-il.
Le monde des affaires était également soulagé d'apprendre que la saison de motoneige n'allait pas être compromise. Le Regroupement des chambres de commerce de la Mauricie avait initialement convoqué les médias en fin de journée vendredi afin de réagir aux moyens de pression qui étaient envisagés par les agriculteurs. Ce point de presse a évidemment été annulé.
«Nous sommes heureux de voir que l'industrie touristique ne sera pas prise en otage. Nous avions d'ailleurs de la difficulté à comprendre ces moyens de pression, car l'industrie touristique n'était pas partie prenante dans les négociations», affirme la présidente du Regroupement des chambres de commerce de la Mauricie, Karine Provencher.
Une belle ouverture du ministre selon l'UPA
Du côté de l'UPA, le président de la section mauricienne, Jean-Marie Giguère, tient à souligner que le ministre Lessard a fait preuve d'une belle ouverture en suspendant l'application de la réforme et en acceptant de discuter. Selon M. Giguère, cette attitude diffère grandement de celle de son prédécesseur, Pierre Paradis. Il espère cependant que cela se transposera lorsque les parties s'assoiront à nouveau afin de trouver une solution permanente aux problèmes fiscaux qui touchent le milieu rural.
«La saison est peut-être sauvée, mais il ne faudrait pas que ça se reproduise tous les ans, car ça va créer une incertitude.»
«Le problème, dans son entièreté, n'est pas réglé. [...] M. Lessard annule complètement l'application du règlement. On revient exactement où on était en 2015. Les négociations commenceront là. Je suis satisfait dans l'ensemble. Mais je reste prudent, car tout le travail reste à faire», indique M. Giguère, avant d'ajouter que la solution qui sera négociée devra en être une qui s'appliquera à long terme.
Le député de Nicolet-Bécancour et critique en matière d'agriculture pour la Coalition avenir Québec, Donald Martel, réclamait que le ministre suspende l'application de cette réforme afin de trouver une meilleure solution. Il reconnaît donc que cette décision constitue un pas dans la bonne direction.
«C'est la seule décision qui était de mise. Le gouvernement ne pouvait pas régler le problème de taxation uniquement sur le dos des agriculteurs», déclare-t-il.
La ministre du Tourisme et députée de Laviolette, Julie Boulet, se dit quant à elle satisfaite de ce dénouement de situation.
«Comme ministre du Tourisme, je suis très heureuse, car la Mauricie est le royaume de la motoneige. Et c'est une industrie de 3,3 milliards de dollars», soutient-elle.
Avec la collaboration de Marc Rochette et La Presse Canadienne