La Clinique de gynécologie et d’obstétrique de Trois-Rivières.

Quatre mois de radiation pour la Dre Estelle Bélanger

Trois-Rivières — L’obstétricienne-gynécologue Estelle Bélanger écope d’une radiation temporaire totalisant quatre mois pour avoir omis, avant de partir en vacances, de prévenir une patiente enceinte que son bébé à naître avait un retard de croissance et qu’elle devait faire l’objet d’un suivi. À son retour de vacances, elle a appris la mort intra-utérine du foetus.

«(...) le Conseil juge que l’intimée aurait pu corriger son erreur en contactant immédiatement sa patiente, mais elle ne l’a pas fait. Il s’agit d’un oubli très grave et c’est la raison pour laquelle cette conduite doit être réprimée en imposant des périodes de radiation de quatre mois qui sont porteuses d’un message dissuasif clair à la communauté médicale», peut-on lire dans la décision sur sanction déposée par le Conseil de discipline du Collège des médecins du Québec.

La Dre Bélanger, qui pratique à la Clinique de gynécologie et d’obstétrique de Trois-Rivières, avait plaidé coupable, le 14 janvier, aux trois chefs de la plainte portée contre elle, soit en résumé de ne pas avoir planifié le plus rapidement possible l’évaluation et le suivi requis chez sa patiente à la suite du résultat d’une échographie démontrant un retard de croissance, de ne pas avoir transmis à un collègue le résultat de cette échographie afin d’assurer un suivi approprié de cette patiente durant sa période de vacances, et finalement, d’avoir fait défaut d’informer ou de s’assurer que soit informée le plus tôt possible sa patiente de son erreur initiale d’interprétation du résultat de ladite échographie.

La plaignante espérait que la Dre Bélanger écope d’une radiation de six mois alors que cette dernière a suggéré au Conseil une sanction de deux mois. Cette affaire débute à la fin du mois d’avril 2015, lorsque l’obstétricienne-gynécologue note une diminution de la hauteur utérine de sa patiente qui en est à 33 semaines de grossesse. Elle planifie alors une échographie de croissance pour cette dernière le 1er mai 2015 en ajout de son horaire. L’appareil échographique est nouveau et la Dre Bélanger ne le maîtrise pas parfaitement, peut-on lire dans la décision du Conseil. Elle a seulement bénéficié d’une formation d’une demi-journée. De plus, habituellement, les données échographiques sont transférées dans un programme qui fournit un rapport détaillé de la croissance selon l’âge gestationnel. Toutefois, l’ordinateur permettant d’accéder à ce programme n’est pas disponible ce matin-là. La médecin doit alors rédiger des rapports papier. Elle commet une erreur pendant l’examen qui laisse croire que le bébé a une croissance normale et elle rassure sa patiente à cet effet.

Plus tard dans la journée, elle réalise sa méprise et constate que le foetus est en retard de croissance intra-utérine. Elle veut transmettre les résultats à sa patiente, mais finalement, elle omet de le faire.

«La journée, particulièrement chargée, se termine sans appel à la patiente. L’intimée admet que le cas de la patiente a été mis dans l’oubli. Par la suite, elle quitte pour des vacances pour une durée de trois semaines. Le rapport d’échographie de la patiente ne se retrouve pas à son dossier», peut-on lire dans la décision du Conseil.

La patiente consulte un autre médecin à quelques reprises pendant l’absence de son obstétricienne-gynécologue. Sans le rapport de l’échographie et selon les dires de la patiente à qui la Dre Bélanger avait confirmé que tout se déroulait normalement, ce médecin a donc présumé que tout allait bien.

Le foetus est finalement décédé. La Dre Bélanger a rencontré sa patiente pour lui expliquer les événements, lui apporter du soutien et lui offrir du support psychologique. Quant aux images radiologiques de l’échographie du 1er mai 2015, elles ne seront jamais retrouvées.

Pour ce qui est de la dame, elle est évidemment dévastée par ces événements. Elle qualifie ce dossier «d’épouvantable». Selon elle, il s’agit d’une forme d’abandon puisqu’on se retrouve devant une mère oubliée et un bébé oublié. Elle a fait valoir qu’à un certain moment dans l’avant-midi du 1er mai 2015, la Dre Bélanger a réalisé que le foetus était en retard de croissance et que la mère et l’enfant auraient alors dû devenir sa seule priorité. Elle ajoute qu’il n’y a aucune preuve que la médecin avait été confrontée à plusieurs urgences cette journée-là. Selon la plaignante, «le décès foetal aurait pu être évité».

De son côté, la médecin a fait part au Conseil de discipline de facteurs atténuants. Parmi eux, elle n’a aucun antécédent disciplinaire ni administratif avec le Collège des médecins. Elle a admis son erreur, a plaidé coupable à la première occasion et a pleinement collaboré à l’enquête. Elle a affirmé que le présent dossier est un incident isolé résultant d’un amalgame de circonstances particulières. Elle a aussi dit regretter sincèrement les événements et avoir fait preuve d’introspection. Elle a notamment suivi des formations en échographie et elle a participé à la mise en place de mesures pour améliorer les pratiques.

Dans sa décision sur sanction, le Conseil de discipline indique que «l’intimée a été déclarée coupable d’infractions qui minent la confiance du public à l’égard de la profession de médecin. Le Conseil ne peut passer sous silence que la crédibilité du médecin et de la profession est remise en cause par les omissions de l’intimé et la confiance du public est grandement atteinte». Il précise aussi que «les infractions retenues contre l’intimée présentent une gravité objective particulièrement élevée et les dispositions en cause, soit les articles 29, 32 et 47 du Code de déontologie des médecins se trouvent au coeur de l’exercice de la profession de médecin».

Il affirme aussi que «l’intimée a eu plus d’une occasion pour corriger son erreur initiale d’interprétation. La journée du vendredi 1er mai 2015 est une première occasion manquée. Il est en preuve que le lundi suivant, soit le 4 mai 2015, l’intimée, malgré que sa période de vacances soit commencée, se rend au bureau afin de finaliser certains dossiers. Or, elle ne pose aucun geste relativement à la patiente. Il s’agit d’une deuxième occasion manquée».

Le Conseil a aussi tenu en compte les facteurs atténuants présentés par la Dre Bélanger. La radiation de quatre mois était effective à compter du 3 juin 2019.

Rappelons que la plaignante a intenté, en mai 2018, une poursuite de 195 000 $ contre la Dre Estelle Bélanger, le Dr Jean-Paul Dion et la Clinique de gynécologie et d’obstétrique de Trois-Rivières.