Le président de la Société québécoise d'hypnose Michel Landry et le chirurgien-dentiste Claude Verreault ont été invités le 16 avril dernier au congrès de la Société dentaire de la Mauricie-Bois-Francs. On les voit ici en compagnie du secrétaire et du trésorier de la Société, Dr Guy Boisclair et Yves Bettez.

Quand son dentiste pratique l'hypnose

Plus souvent associé à son sens du spectacle qu'à ses bienfaits thérapeutiques, l'hypnose reprend sa place dans le milieu de la santé au Québec, après avoir été éclipsée par l'anesthésie chimique. Peu de professionnels de Trois-Rivières sont toutefois du nombre grandissant de spécialistes formés pour aider les gens à apaiser, voire éradiquer, leurs maux.
«L'hypnose c'est un outil noble, puissant, efficace, rapide, fait par des gens compétents. Ça demande aussi moins de médication», déclare le chirurgien-dentiste Claude Verreault, qui travaille avec l'hypnose depuis 30 ans à son cabinet de Montréal.
Les gens qui consultent un professionnel de la santé ayant recours à l'hypnose découvrent des capacités personnelles dont ils ignoraient jusqu'alors l'existence et ils en retirent même du bien-être, indique M. Verreault. Pour les plus sceptiques, il rappelle que le neuropsychologue Pierre Rainville, de l'Université de Montréal, a prouvé que des zones du cerveau sont réellement activés par l'hypnose, permettant à un patient d'atténuer notamment la sensation et l'émotion reliées à la douleur.
D'après M. Verreault, le dentiste pratiquant l'hypnose a deux défis. Le premier est d'amener son patient dans un état qu'il compare à celui d'une personne lunatique. «On l'accompagne dans cet état de réceptivité où on met son subconscient au travail», dit-il. C'est à ce moment que le professionnel le débarrasse, par exemple, de sa phobie des aiguilles ou du stress par rapport à la douleur. Et passe ensuite au deuxième défi: le traitement dentaire en soi.
L'hypnose ne rime pas qu'avec peur et douleur. Certains s'orientent vers cette pratique pour régler un problème de grincement de dents pendant que d'autres y fondent leur dernier espoir pour recevoir un traitement, étant allergiques aux anesthésiants. Des fumeurs comptent même sur l'hypnose pour éliminer leur dépendance à la cigarette, mentionne Claude Verreault.
«On est loin de la manipulation. On remet le pouvoir au patient alors que l'hypnose de scène fait croire qu'elle le contrôle», déplore-t-il, en qualifiant de «carnage» le travail de Messmer le Fascinateur. «Il utilise les gens pour se faire valoir», enchaîne le psychologue et président de la Société québécoise d'hypnose, Michel Landry. Tandis que le maître de l'hypnose et du magnétisme dépasse le cap des 125 000 billets vendus, l'hypnose thérapeutique souffre d'une mauvaise perception du public, selon les deux hommes.
«Ce qui est triste, c'est que les gens hésitent à utiliser l'hypnose», émet M. Landry, puisqu'il observe que la majorité de ses patients ont déjà tout essayé et se tournent vers elle en dernier recours.
Ouverture
Omniprésente en Europe, l'hypnose s'introduit surtout dans les traitements d'oncologie et les accouchements au Québec, et peu à peu du côté de la psychologie et des soins dentaires. Michel Landry remarque qu'«il y une a cinquantaine d'années, il y avait beaucoup plus d'activités reliées à l'hypnose» grâce à des pionniers comme Paul Dionne, René Millette ou Fernand Beaudoin.
C'est pourquoi la Société québécoise d'hypnose se déplace aux quatre coins de la Belle Province pour proposer des formations aux membres d'ordres professionnels.
De passage à Trois-Rivières la semaine dernière, Michel Landry et Claude Verreault ont constaté la méconnaissance de la pratique auprès des dentistes et des hygiénistes de la Société dentaire de la Mauricie-Bois-Francs. «Dans la gang, il y en avait plusieurs qui n'avaient jamais entendu parler de l'hypnose thérapeutique», affirme M. Verreault. Pas étonnant qu'aucun dentiste ne pratique l'hypnose dans la région.
«Il va probablement en avoir plus. Des gens ont montré de l'intérêt», anticipe tout de même M. Landry. «Si la population le demandait...», laisse quant à lui tomber Claude Verreault.