De gauche à droite, Lisette Loranger, bénévole avec sa chienne Perle, Nathalie Robert, créatrice du programme et André Laperrière qui habite à la Résidence La Villa.

Quand s'amène la visite à quatre pattes

André Laperrière, 78 ans, de la Résidence La Villa, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, attend avec grande hâte la visite de Perle chaque semaine.
Chaque fois, sa petite amie poilue de cinq ans fait d'abord un détour vers une autre porte que la sienne, par habitude. Elle a en mémoire l'autre homme qu'elle visitait régulièrement, dans la même résidence, mais qui est décédé depuis un certain temps.
À l'autre bout de la laisse se trouve une retraitée de l'enseignement et ancienne chargée de cours à l'UQTR, Lisette Loranger, une dame d'une patience à toute épreuve, car elle a attendu cinq ans avant que Perle puisse entrer dans sa vie. «C'est pire que l'adoption internationale», dit-elle à la blague.
«J'avais donné mon nom à Mira», raconte-t-elle, dans l'espoir de se procurer un de leurs chiens qui n'arriverait pas à se qualifier comme chien de service. À cause de sa peur des hommes, Perle n'est jamais devenue un chien Mira, mais elle a passé les 20 premiers mois de sa vie à se faire éduquer par cet organisme.
Quand Lisette Loranger a eu enfin le coup de fil lui annonçant qu'elle pourrait adopter ce magnifique bouvier bernois, elle était en deuil de son golden retriever depuis à peine 10 jours. La vie venait de lui envoyer un baume.
«Je rêvais de faire de la zoothérapie», raconte-t-elle, d'où l'intérêt pour un chien doux et obéissant comme en produit Mira. La dame n'avait toutefois plus envie, à ce stade de sa vie, de se taper toute la formation nécessaire pour devenir officiellement zoothérapeute.
Le destin aura tôt fait de réaliser une partie de son vieux rêve malgré tout. Non seulement a-t-elle pu adopter Perle, mais le Centre d'action bénévole du Rivage venait de démarrer le programme Anima-Zoo. Des bénévoles comme elle et des chiens comme Perle, on en cherchait justement.
Le programme Anima-Zoo a été lancé il y a cinq ans par Nathalie Robert, une employée du CAB.
«Il y a des gens qui ont eu un chien toute leur vie, mais il arrive un moment où ils ne peuvent plus en avoir parce qu'ils n'ont plus la santé pour s'en occuper ou pour d'autres raisons», explique-t-elle. Dans les résidences, il est habituellement interdit d'avoir un animal.
Pour un homme comme André Laperrière, qui a toujours eu un animal, en particulier des chats, les visites de Perle et de Mme Loranger représentent une source de bonheur incroyable. «J'aime les animaux», dit-il sur un ton bien senti. «Ça désennuie. Ça me replonge dans mon enfance. Je trouve ça triste que je ne puisse plus avoir un petit chat ou quelque chose comme ça», dit-il. La visite hebdomadaire de Perle vient combler ce manque.
Le CAB ne fait pas de zoothérapie, précise Mme Robert, mais plutôt de l'animation. Malgré tout, les effets sont de toute évidence thérapeutiques. «Un des résidents ne souriait plus depuis trois ans, mais ça a changé quand l'animal est arrivé», raconte Mme Robert.
Étant le seul CAB à offrir ce service dans la région, les demandes sont rapidement venues aussi des secteurs Trois-Rivières, Trois-Rivières-Ouest, Sainte-Marthe-du-Cap et Saint-Louis-de-France.
Depuis cinq ans, pas moins de 70 bénévoles et leurs fidèles compagnons, en majorité des chiens, mais aussi des chats et des oiseaux, ont accepté d'aller rendre visite aux personnes vivant dans une dizaine de résidences de la région.
«On privilégie les petites résidences de 50 personnes et moins», indique Mme Robert, le contact étant plus facile, dit-elle, pour assurer ce genre de service.
Lors de la création du programme, le CAB du Rivage avait reçu une subvention de démarrage, ce qui lui a permis d'embaucher la zoothérapeute Élaine Morin, propriétaire de l'entreprise de Synergie Plumes et Poils, afin de faire l'évaluation des chiens qui pourront faire du bénévolat avec leur maître auprès des personnes âgées.
Le CAB du Rivage a récemment lancé un appel à tous les propriétaires d'animaux de compagnie intéressés à faire ce genre de bénévolat. Lorsqu'on en aura trouvé un nombre suffisant, une nouvelle évaluation des animaux sera faite avec Élaine Morin, indique Mme Robert.
Ces bénévoles recevront une formation d'environ une heure qui leur permettra de vivre ensuite une bonne expérience en animation avec leur animal.
Les personnes intéressées à donner du temps une ou deux fois par semaine avec leur animal dans les résidences pour les aînés sont invitées à composer le 373-1261.
Lisette Loranger ne cache pas que les visites toutes simples qu'elle fait aux personnes âgées avec Perle lui font du bien à elle aussi. «Il y a toute une joie à l'intérieur du moment où je vois que ça rend quelqu'un heureux», dit-elle. Quant à Perle, il est évident qu'elle apprécie les caresses, les brossages supplémentaires et les gâteries offertes par ses nouveaux amis. Bref, tout le monde y trouve son compte.