Yves Lévesque a annoncé sa démission du poste de maire de Trois-Rivières, la semaine dernière.

Quand politique et économie explosent

Si l’année qui s’achève a été marquée chez nous par les élections québécoises qui ont balayé toutes les circonscriptions libérales de la Mauricie en faveur du nouveau gouvernement caquiste, la prochaine année pourrait nous réserver encore bien des surprises en raison d’un scrutin fédéral de plus en plus imprévisible qui pourrait ne pas être sans impact dans la région.

Mais alors qu’on attendait la fin probable de sa convalescence forcée, c’est un coup de tonnerre qui a retenti dans Trois-Rivières, dans la région et en partie au Québec avec l’annonce, par simple voie de communiqué, de la démission d’Yves Lévesque de ses fonctions de maire.

La nouvelle, avec la profusion de commentaires qu’elle a suscités, qui sont allés dans un sens comme dans l’autre, a sans aucun doute hissé au rang d’événement politique le plus marquant de l’année dans la région le retrait de la vie politique municipale du maire de Trois-Rivières.

Sur le plan économique, à l’exception d’une grande ombre au tableau qui est le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, on ne peut qu’espérer que 2019 soit à l’image de 2018, une année extrêmement féconde en expansions et en nouvelles implantations. Compte tenu de ce qui est déjà sur la table ou en cours de chantier ou de préparation en Mauricie et dans Nicolet-Bécancour, à moins d’une récession mondiale qui viendrait tout assombrir, le recrutement de personnel pourrait prendre des allures de cauchemar, ce qui est le meilleur indice qui soit de la vigueur économique qui se dessine.

En premier la politique

Mais parlons d’abord de politique.

Les élections québécoises d’octobre ont pris un caractère historique, non seulement en portant au pouvoir pour la première fois la Coalition avenir Québec dirigée par François Legault, mais en ayant aussi comme résultat de marginaliser le Parti québécois en faveur d’un parti souverainiste d’extrême gauche, Québec solidaire, qui rivalise maintenant avec lui en termes de députés et presque de votes reçus et d’insulariser d’autre part le Parti libéral du Québec en le refoulant sur l’île de Montréal.

La poussée caquiste n’a pas changé grand-chose dans Nicolet-Bécancour où on a réélu pour un troisième mandat le député sortant Donald Martel, mais elle a complètement changé le visage politique de la Mauricie, qui est passée du rouge total au bleu caquiste intégral.

Cela a apporté en principe plus de poids politique à la région car la Mauricie compte maintenant deux ministres pour quatre circonscriptions, ce qui est plutôt une bonne moyenne au bâton. Et il n’est pas dit que dans les prochaines années Donald Martel n’accédera pas à son tour à un poste ministériel, puisqu’il en a les compétences en plus de ses années de service à la CAQ qui devraient bien lui valoir une certaine reconnaissance, autre que la tape dans le dos du «bon gars» de la part de son chef.

Au municipal

Mais les grandes émotions citoyennes, à Trois-Rivières, c’est au municipal qu’elles ont explosées.

À l’élection provinciale, Donald Martel a obtenu un troisième mandat dans Nicolet-Bécancour.

Curieusement, c’est l’entrée en congé forcé pour maladie du maire Yves Lévesque qui a permis l’éclatement d’une incroyable division citoyenne dans la ville, focalisée autour d’un projet appelé Vision zéro.

Certes, les hostilités entre le maire et quelques conseillers de la nouvelle cuvée au conseil municipal avaient commencé à la fin de l’été. On parlait même d’un côté et de l’autre de déclaration de guerre, rien de moins.

L’absence d’Yves Lévesque autour de la table du conseil aurait dû calmer le jeu. Ce n’est pas ce qui s’est produit. Il a suffi d’un petit texto de sa part qualifiant l’idée d’abaisser à 40 km/h la vitesse maximale dans certaines rues de la ville, la mesure phare de Vision zéro, pour que les esprits grimpent en surchauffe.

On peut penser que c’est un prétexte qui a été donné pour manifester sa solidarité, d’un bord ou de l’autre, mais on a assisté à un débat public d’une rare intensité à Trois-Rivières, qui n’est probablement pas ponctuel et qui va se poursuivre en 2019.

Yves Lévesque était apparu il y a quelques jours dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux dans laquelle il transmettait ses vœux de fin d’année. On a observé qu’il était amaigri et qu’il portait maintenant une barbe qui lui donne un petit air intello, ce dont on le soupçonnerait difficilement d’être.

Il n’avait malgré tout pas l’air en trop mauvais état, ce qui risquait de décevoir les aspirants à sa succession… dont la liste n’a cessé de s’allonger. Ils sont aujourd’hui soulagés. Le poste de maire est libéré.

Il est évident qu’une course à la mairie de Trois-Rivières, sans Yves Lévesque, suscitera beaucoup d’intérêt et de vocations présumées.

Avec le tacite mais bien solide groupe des neuf, peut-être des dix, même des onze si on inclut la mairesse suppléante Ginette Bellemare, qui reçoit maintenant des flèches de fidèles partisans du maire, c’est un nouvel ordre qui s’est installé à l’hôtel de ville de Trois-Rivières en 2018, avec une approche différente et une vision nouvelle de ce que devrait être et devenir la ville.

Le débat de Vision zéro va imprégner la lutte à la mairie. On peut même redouter que l’affrontement dégénère… On verra!

Le projet Vision zéro de la Ville de Trois-Rivières qui, entre autres, limiterait la vitesse dans certains quartiers à 40 km/h, ne fait pas l’unanimité au conseil municipal et dans la population.

Les élections fédérales

On peut le concéder, les élections fédérales sont toujours moins émotives et moins passionnantes que les élections québécoises.

Elles devraient quand même susciter une certaine attention dans la région, car elles pourraient être porteuses de changements.

Réglons d’abord le cas d’Yves Lévesque comme candidat conservateur. Ceux qui applaudissaient à cette perspective seront déçus. La cause semble bien entendue: il ne sera pas candidat.

Est-ce que cette décision pourrait influer sur celle que doit prendre le député néo-démocrate de Trois-Rivières, Robert Aubin d’être à nouveau candidat? Il a promis de le faire savoir en début d’année.

Les perspectives néo-démocrates ne sont pas très élevées.

Si Aubin (que certains suggèrent déjà pour une éventuelle mairie) n’est pas sur les rangs et Lévesque non plus, la circonscription de Trois-Rivières peut devenir intéressante pour celui qui d’évidence sera le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Il habite Shawinigan, mais ce serait suicidaire de prétendre pouvoir y affronter l’actuel député et ministre libéral majeur, François-Philippe Champagne, qu’il tient d’ailleurs en haute estime.

Compte tenu de l’actuelle descente accélérée dans les sondages du NPD, il faudra surveiller si Ruth Ellen Brosseau, qui avait augmenté sa majorité aux dernières élections, jouit de suffisamment de popularité pour résister à un grand retrait appréhendé des eaux orange au Québec.

Il faudra aussi garder un gros œil du côté de Bécancour-Nicolet-Saurel où le bloquiste Louis Plamondon, le doyen de la Chambre des communes, souhaite obtenir un… onzième mandat.

La circonscription de Trois-Rivières peut devenir intéressante pour celui qui d’évidence sera le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Une économie bondissante

Si les bourses cessent de sautiller et que l’économie mondiale n’entre pas en repli, on peut se demander jusqu’où nous portera l’économie régionale en 2019.

La croissance de la prochaine année ne serait que comparable à celle de l’année qui s’éteint que ce serait déjà plus qu’acceptable

On n’aurait pas cru, il y a quelques années à peine, que le taux de chômage descendrait sous la barre des cinq pour cent alors même qu’une entreprise industrielle majeure comme l’Aluminerie de Bécancour était en lock-out, ce qui privait de revenu régulier plus d’un millier de travailleurs, mais aussi plusieurs centaines d’autres liés à des fournisseurs et des entreprises de sous-traitance.

Seulement à IDÉ Trois-Rivières, on évaluait en début d’année à 2000 les besoins en main-d’œuvre, en raison des créations et expansions d’entreprises de son territoire et du nombre élevé des départs à la retraite.

On n’a pas réduit depuis l’évaluation des besoins du marché du travail, bien au contraire.

On est rendu au bord de la pénurie de main-d’œuvre et dans certains secteurs, on est en plein dedans. C’est vrai pour Trois-Rivières et ça l’est aussi pour l’ensemble de la Mauricie et de Nicolet-Bécancour.

Or, en 2018, la poussée de l’emploi n’est pas vraiment venue de la grande entreprise mais de start-ups et de PME, dans beaucoup de cas reliées aux nouvelles technologies, dont celles de l’information, extrêmement en demande et prometteuses.

On se demande bien comment on va faire les comptes en 2019 quand Olymel à Yamachiche va avoir complété son agrandissement (360 employés), que les usines de cannabis, pour l’instant thérapeutiques de Louiseville et Bécancour, vont entrer en production, qu’à Shawinigan-la-numérique, après avoir réglé le long conflit chez Delastek, Nemaska Lithium termine sa véritable usine, que Konsgsberg Automotive installe sa nouvelle ligne de production et qui sait, qu’IFFCO, à Bécancour, passe à travers les résistances écologiques… et que ça se règle à l’ABI.

On avait écrit à la même date l’an passé que l’économie de la région était au bord de l’emballement. Il faudrait trouver un autre superlatif pour ce qui pourrait advenir en 2019.

Le conflit dure depuis presque un an à l’Aluminerie de Bécancour.