Un individu est entré au palais de justice de Trois-Rivières armé de deux couteaux, dans le but de s'en prendre à une procureure, le 25 juin dernier.
Un individu est entré au palais de justice de Trois-Rivières armé de deux couteaux, dans le but de s'en prendre à une procureure, le 25 juin dernier.

Quand la vengeance se déplace au palais de justice

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Un drapeau rouge est encore une fois levé en lien avec la sécurité dans les palais de justice, après qu’un individu armé de deux couteaux eut tenté de rencontrer une procureure de la Couronne de Trois-Rivières dans un esprit de vengeance.

Tous ceux qui se rendent dans les palais de justice ne peuvent ignorer la proximité existante entre les avocats, le personnel de cour, les victimes, les accusés, les policiers, les témoins, les journalistes et même les curieux qui se croisent un peu partout dans les corridors, les ascenseurs, les salles d’audience où les émotions sont souvent à leur paroxysme. Avant la crise sanitaire, il n’existait aucune forme de triage aux entrées. Le potentiel de violence, de situations explosives et d’intimidation y est plus élevé, sans compter que les problématiques de santé mentale et de toxicomanie apparaissent plus nombreuses. Est-ce que les mesures de sécurité existantes sont suffisantes? Le Nouvelliste a tenté d’obtenir des réponses.

Le suspect, Sébastien Coulombe, est connu pour ses antécédents judiciaires en matière de violence. Le 25 juin dernier, il s’est pointé au palais de justice de Trois-Rivières dans un état mental perturbé avec deux couteaux cachés dans son dos. Il a alors dû passer par l’unique porte accessible pour le triage, en vigueur depuis l’urgence sanitaire. Sur place, il y avait un constable spécial et un membre du personnel judiciaire chargés de veiller à la désinfection des mains des visiteurs, de contrôler les identités et le motif de leur présence. Cependant, aucune fouille n’est effectuée de façon systématique.

L’individu a dit vouloir rencontrer une procureure de la Couronne. C’est à ce moment que l’huissier qui le suivait dans le portique a aperçu dans son dos les couteaux. Il a fait signe au constable spécial qui l’a rapidement interpellé pour lui interdire l’accès tout en faisant appel à des renforts. Le suspect a ensuite quitté les lieux avant d’être retracé par des policiers à quelques rues du palais de justice. Ils ont dû le maîtriser avec une arme à impulsion électrique puisqu’il refusait de collaborer et qu’il était menaçant.

Sébastien Coulombe

Son objectif était en effet de pouvoir rencontrer la procureure et de forcer les policiers à le tirer devant elle dans le but de se venger et de lui faire porter l’odieux de ses problèmes.

Le dossier initial remonte à octobre 2014. Coulombe s’était rendu au palais de justice de Trois-Rivières pour répondre à une convocation de la cour dans le dossier de menaces contre son ex-conjointe.

Lorsqu’il était entré dans la salle, les audiences étaient suspendues. Il avait alors commencé à maugréer contre le système de justice et à se plaindre des conditions de remise en liberté qui lui étaient imposées. La procureure de la Couronne, qui avait autorisé contre lui les plaintes criminelles dans ce dossier de violence conjugale, lui avait indiqué qu’il devait attendre son avocat, mais il avait plutôt commencé à l’insulter sur un ton agressif et menaçant.

Le constable l’avait enjoint de sortir, mais Coulombe avait attendu dans les corridors en faisant les cent pas. La scène s’était répétée quelques minutes plus tard lorsque la procureure avait quitté la salle d’audience. Encore une fois, le ton avait monté et il s’était montré très menaçant à son endroit, au point où un constable spécial avait de nouveau dû intervenir. Son comportement lui avait valu en 2015 dix mois de prison supplémentaires pour avoir harcelé criminellement la procureure.

Six ans plus tard, le suspect se montre toujours aussi menaçant. Dans cet événement du 25 juin, il a été accusé de possession d’armes dans un dessein dangereux, d’entrave et de bris de probation. Aucune accusation d’intimidation d’une personne associée au système judiciaire n’a par contre été portée contre lui, du moins au moment d’écrire ces lignes. Il est présentement détenu depuis son arrestation puisque la Direction des poursuites et criminelles et pénales s’est objectée à sa remise en liberté. Il est toujours sans avocat. Lors de son dernier retour en cour le 10 juillet dernier par visioconférence, il s’est plaint que son confinement obligatoire en prison l’avait empêché de faire des appels téléphoniques. Consciente qu’il devra se trouver un avocat dans une autre région, la juge Dominique Slater lui a donc laissé jusqu’au 27 juillet. À cette date, il devra annoncer s’il a un avocat pour le représenter ou non.

Certes, cet événement n’a pas eu de conséquence tragique. D’une part, l’accès au palais de justice est désormais restreint depuis le début de la pandémie et les couteaux ont pu être rapidement repérés. Sinon, qu’aurait-il pu se produire? Chose certaine, une question se pose: les mesures de sécurité sont-elles suffisantes dans les palais de justice?