François-Philippe Champagne en grande discussion avec des étudiants lors de son passage à l’école secondaire du Rocher, jeudi midi.

Quand la réalité rejoint la fiction

Shawinigan — Les candidats aux prochaines élections auraient peut-être avantage à se fier au pif des étudiants de l’école secondaire du Rocher pour obtenir un aperçu de la tendance. La semaine dernière, dans le cadre d’une activité parascolaire, les jeunes de troisième, quatrième et cinquième secondaire ont précédé l’élection de lundi et ont obtenu comme résultat... un gouvernement libéral minoritaire!

L’initiative, une première à cette école du secteur Grand-Mère, a été proposée par Luc Lacombe, professeur en histoire dont la passion transpire les murs de sa classe, qui s’apparente à un véritable musée.

«Les élèves me posaient des questions sur la politique», explique-t-il. «J’ai décidé de partir un projet et la commission scolaire m’a avisé qu’il existait un site internet, «Vote étudiant». Nous avons été parmi les 9000 écoles du Canada qui vivaient l’expérience.»

À l’école secondaire du Rocher, les étudiants de troisième secondaire ont voté le 16 octobre, tandis que ceux du quatrième et du cinquième secondaire exerçaient leur droit le lendemain. Les mêmes bulletins étaient utilisés, seule la couleur les distinguait des vrais. Le bureau de vote était situé dans la bibliothèque.

«Nous avons fait ça identique à une journée d’élection», relate M. Lacombe. «Nous avons procédé à l’assermentation des scrutateurs, des greffiers. Chaque candidat dans Saint-Maurice–Champlain avait un élève qui les représentait. Ils ont fait leur cabale dans l’école, ils ont présenté les objectifs de chaque parti. Ça a été une très, très belle expérience.»

Comme dans la vraie vie, les libéraux se sont classés en tête, en recueillant 37,3 % des voix. Un résultat un peu inférieur, mais assez comparable au 39,6 % obtenu par François-Philippe Champagne lundi. Par contre, le député a bénéficié d’un coussin un peu plus confortable chez les étudiants, puisque le Nouveau Parti démocratique est arrivé en deuxième place, à 22 %. Suivaient, dans l’ordre, le Bloc québécois (16,3 %), le Parti conservateur (7 %), le Parti vert (6,2 %) et le Parti populaire du Canada (4,3 %). À noter que 7 % des 209 bulletins de vote ont été rejetés.

«C’était une première expérience et je ne m’attendais pas à ce que l’intérêt des élèves soit là», souligne l’enseignant. «Je n’ai pas trop pris ça au sérieux au départ, parce que pour moi, ce n’était qu’un jeu. Mais quand j’ai vu l’ampleur et l’intérêt des élèves, j’ai décidé d’y mettre du temps.»

«Encore aujourd’hui, ils m’en parlent encore», s’étonne-t-il. «Ils veulent avoir plein d’informations: y aura-t-il des alliances entre les partis? Comment feront-ils pour passer des projets de loi si le gouvernement n’est pas majoritaire? Je me dis: wow! Je suis très surpris. C’est à répéter, peut-être dans 18 ou 24 mois!»

Pendant la campagne, les libéraux étaient menés par Rafaël Vilair et Laurie Grenier. Le taux de participation a atteint 75 %, bien supérieur au 63 % enregistré dans le comté.

«Les gens ont pris ça au sérieux; c’était le fun», sourit Ambre Gauthier, qui agissait à titre de scrutatrice.

Pendant la campagne, Nicole Morin (BQ) et Barthélémy Boisguérin (NPD) sont passés à l’école. Fort de son triomphe, M. Champagne a consacré son heure du midi, jeudi, à serrer des mains et à échanger avec des jeunes, des enseignants et des employés un peu partout dans l’institution secondaire.

«C’est une très belle initiative», commente le député de Saint-Maurice-Champlain. «C’est un bel exercice démocratique pour comprendre comment fonctionnent les partis, les programmes. Ce qui ressort de mes discussions, c’est que l’environnement est la priorité des jeunes. Je leur ai mentionné que le gouvernement pouvait faire des actions, mais je les ai appelés à réfléchir sur ce qu’on pouvait faire ensemble comme citoyens, comme élèves, comme consommateurs. Peut-être que des idées sortiront de ça, comme par exemple faire du compostage à l’école. L’environnement est l’enjeu du siècle, mais nous avons tous un rôle à jouer.»

M. Champagne n’a pu s’empêcher d’esquisser un sourire à la vue des résultats.

«Ils ont fait une si bonne campagne que je leur ai proposé qu’on fasse campagne ensemble lors de la prochaine élection!»

Trois jours après sa victoire, François-Philippe Champagne confirme déjà qu’il sera sur les rangs lors du prochain rendez-vous...