Une quinzaine de professeurs de l’UQTR sont venus exprimer leur appui envers les locktoutés de l’Aluminerie de Bécancour en leur remettant un chèque de 5000 dollars.

Quand deux univers se rencontrent...

Bécancour — D’un côté, des professeurs universitaires. De l’autre, des ouvriers industriels. Si la rencontre entre des enseignants de l’UQTR et des travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour autour d’une même cause semblait jusqu’ici improbable, de surcroît en présence d’une ancienne rectrice, Nadia Ghazzali, le lock-out aura servi de trait d’union entre les deux groupes.

Conséquence? Le Syndicat des professeurs et des professeures de l’UQTR est débarqué mardi sur la ligne de piquetage à l’ABI afin de remettre un chèque de 5000 dollars jugé plutôt symbolique par son donateur. Une contribution qui survient au moment même où les négociations sont au point mort à Bécancour, malgré l’intervention du médiateur spécial Lucien Bouchard.

«On n’est pas là pour dire quoi faire dans votre négociation, mais pour dénoncer le lock-out qui devient quelque chose de facile pour contraindre des travailleurs à accepter des décisions qui ne sont pas les leurs», a déclaré le président du SPPUQTR, Ismaïl Biskri. «On a vécu un lock-out de 14 jours, mais il ne faut pas qu’on oublie le lock-out à l’ABI», a-t-il renchéri en entrevue.

Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, a visiblement apprécié ce soutien plutôt inédit. «Ils ont vécu un conflit, mais ils ont eu la chance que ça ne dure pas longtemps», a-t-il commenté.

Or, celui-ci n’a pas manqué de souligner que le gouvernement du Québec s’était mêlé plus rapidement du lock-out de l’UQTR que de celui qui prévaut à l’ABI depuis bientôt 20 semaines.

«Non seulement le gouvernement se mêle un peu moins de notre conflit, mais il investit dans des compagnies qui mettent un groupe de travailleurs en lock-out et qui affectent toute une région. On aurait pu se garder une petite gêne. C’est dommage», a-t-il lancé comme flèche à l’endroit du gouvernement Couillard.

D’ailleurs, il trouve que les politiciens «se tiennent tranquilles» par rapport à la situation à l’ABI. Aucune des candidates du Parti québécois et du Parti libéral ne s’est encore présentée sur la ligne de piquetage. «Même Donald (Martel) ne nous appelle plus», fait remarquer le président syndical.

Les visiteurs du jour ont rappelé avoir subi, eux aussi, «un lock-out injustifié d’une quinzaine de jours». «On peut donc très facilement s’imaginer les répercussions économiques, sociales, morales et familiales d’un lock-out qui dure maintenant plus de quatre mois», a-t-on indiqué du côté du SSPUQTR.

De l’aveu même du président Biskri, qui justifiait le petit nombre de professeurs disponibles pour cette manifestation de solidarité par les conséquences du lock-out à l’UQTR, «le plus dur, c’est la reprise». «On doit rattraper tout le travail qui a été perdu et remettre les notes», a-t-il admis dans une allocution bien sentie et chaudement applaudie par les lockoutés de l’ABI.

Selon lui, une longue réflexion s’impose sur une telle «stratégie perdante tant pour les entreprises que pour les employés». «Ce n’est pas en privant les travailleurs de leurs salaires qu’on va en arriver à une entente négociée. Il faut amener l’ensemble de la population et le gouvernement à bannir le lock-out du vocabulaire. Ça ne sert pas la cause de la négociation», a-t-il ajouté tout en déplorant «l’humiliation des employés» dans pareil cas.

Une professeure en relations industrielles, Diane Gagné, a pris spontanément le micro pour décrier cette intimidation patronale qui a pour effet de déséquilibrer le rapport de force. «Le lock-out n’est pas plus correct dans le privé que dans le public», a-t-elle plaidé.

Dans le dossier de l’ABI, la situation est au beau fixe depuis que les parties ont rencontré séparément le médiateur spécial, Lucien Bouchard, le 11 mai dernier. «On s’attendait à ce que ça bouge plus vite», reconnaît Clément Masse.

Finalement, l’employeur refuse de commenter «par respect pour le processus en cours», a fait savoir la conseillère en communication, Sara Dubé. Le lock-out a été déclenché le 11 janvier dernier.