Alain Gélinas, président de la CAVP.

Pyrrhotite: victimes recherchées

Trois-Rivières — À l’approche du procès en appel intenté par SNC-Lavalin dans le dossier de la pyrrhotite et qui s’amorcera dans la semaine du 30 octobre, la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP) s’inquiète toujours du sort des propriétaires qui n’ont toujours pas fait faire de test de béton et qui n’ont toujours pas intenté de recours judiciaire dans cette affaire.

«Il y en a beaucoup qui pensent que le procès en cours est un recours collectif et qu’ils vont être dédommagés, mais ce n’est pas le cas du tout», rappelle le président de la CAVP, Alain Gélinas. «S’ils veulent être dédommagés, ils devront poursuivre», insiste-t-il.

«Les gens nous disent qu’ils se sont inscrits à la Ville et pensent qu’ils font partie du recours à cause de ça, mais si tu n’as pas vu un avocat, si tu n’as pas déposé de poursuite, tu n’es pas au procès. Tu ne poursuis personne», explique M. Gélinas en pressant les victimes d’agir. «Quand ça va finir, ce n’est pas vrai que vous allez lever la main en disant: moi j’ai de la pyrrhotite, donc j’ai droit d’avoir 180 000 $», prévient-il.

C’est la seconde fois, cette année que la CAVP lance un appel aux victimes de la pyrrhotite non manifestées. En mai dernier, la CAVP indiquait que malgré l’aide actuelle d’Ottawa et de Québec, les fonds qui ont été versés et promis, jusqu’à présent, ne couvriront pas toutes les victimes, si elles finissaient par toutes se manifester.

Le problème, c’est qu’elles ne se manifestent pas. Le président de la CAVP indique qu’il voit mal, dans les circonstances, comment il pourrait prendre son bâton de pèlerin et cogner encore à la porte des gouvernements pour obtenir une fois de plus de l’aide financière pour réparer les maisons en attendant l’issue de l’appel logé au tribunal.

M. Gélinas ne cache pas que le sujet s’est invité à la table des discussions de la CAVP au cours des derniers mois. Si seulement trois ou quatre personnes se manifestent, «c’est que le monde, dans le fond, n’a pas besoin de nous autres», analyse-t-il. La Coalition est loin de vouloir fermer les livres, assure-t-il, mais «c’est sûr que c’est venu sur la table. Est-ce que le monde a encore besoin de nous autres? Est-ce que le travail qu’on avait à faire est fait?» se questionne-t-il.


« Les gens nous disent qu’ils se sont inscrits à la Ville et pensent qu’ils font partie du recours à cause de ça, mais si tu n’as pas vu un avocat, si tu n’as pas déposé de poursuite, tu n’es pas au procès. Tu ne poursuis personne »
Alain Gélinas, président de la CAVP.

En fait, les raisons qui motivent les victimes à se retrancher derrière un mutisme intriguent au plus haut point la Coalition. 

«Si les gens nous disent qu’ils aimeraient bien profiter de l’aide financière, mais qu’ils n’ont pas les moyens de réparer leur maison, alors, ce sera un autre défi. On verra de quelle façon on peut les aider. Si ces gens ne se manifestent pas, on va continuer à faire ce qu’on fait là et quand les 27 millions $ (d’aide gouvernementale) seront dépensés, est-ce que la Coalition aura encore sa raison d’être? Ce sera une question à se poser. On est un organisme d’aide aux victimes, mais s’il n’y a plus de victimes à aider, quelle sera notre raison d’être?» se demande-t-il.

«Jusqu’à la fin de procès, la Coalition va exister, c’est sûr», affirme malgré tout le président. «Quand on va décider que c’est la fin de la Coalition, c’est parce qu’il va y avoir une raison pour laquelle ça se fait, notamment parce que le procès sera terminé», dit-il.

En attendant, «on a encore des gestes à poser», dit-il. «Mais aidez-nous à vous aider. On ne connaît pas vos besoins», plaide Alain Gélinas. C’est une des raisons pour lesquelles la Coalition n’a d’ailleurs pas encore remplacé son coordonnateur, Steeve Guy, qui a quitté l’organisme il y a quelques mois. 

C’est un bénévole de la CAVP, Yvon Héroux, qui le remplace en attendant. «Il ne reçoit que quatre ou cinq appels par semaine», indique M. Gélinas.

L’avocat principal des victimes, Me Pierre Soucy, du cabinet Lambert Therrien, invite les propriétaires aux prises avec la pyrrhotite à se manifester pour pouvoir recevoir les dédommagements qui leur sont dus. «Soyez proactif», dit-il, c’est-à-dire qu’il faut faire analyser le béton des fondations de la maison et déposer une poursuite s’il y a lieu.

Rappelons que pas moins de 71 questions en litige seront débattues au cours de l’appel qui se déroulera jusqu’au 30 avril 2018 à Montréal, rappelle Me Soucy. Neuf semaines de procès auront lieu au cours de cette période, ce qui en fera l’un des dossiers les plus longs ayant été plaidés en Cour d’appel.

Parmi les principaux points qui seront débattus, il y a le dossier du géologue Alain Blanchette dont on doit déterminer la responsabilité. Il y a aussi «la période de responsabilité de SNC, quand elle débute et quand elle se termine», indique Me Soucy. SNC voudrait aussi revoir le partage des responsabilités. Finalement, «il y a le volet des assurances», dit-il, au niveau de la période à laquelle elles doivent ou non s’appliquer. Deux chapitres sont d’ailleurs consacrés à ce seul élément.

Me Soucy se dit confiant que les procédures seront terminées dans les délais impartis puisque la Cour d’appel «nous a précisé le nombre de minutes allouées à chaque point», dit-il en ajoutant que le processus est assez rigoureux.

Rappelons que le jugement en appel devrait être rendu à l’automne 2018.