La CAVP entend relancer les gouvernements sur de nouvelles bases.

Pyrrhotite et inondations: un traitement inéquitable selon la CAVP

La Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP) estime que le traitement réservé aux propriétaires aux prises avec la pyrrhotite est inéquitable par rapport à l'aide reçue par les victimes des inondations survenues ce printemps au Québec.
Alain Gélinas et Michel Lemay, respectivement président et vice-président de la CAVP.
Après recherches et analyses, la CAVP a pu élaborer un tableau comparatif entre l'aide gouvernementale fournie à la suite des inondations et celle qui a été offerte aux victimes de la pyrrhotite depuis 2011 (voir la page Facebook de la Coalition pour consulter ce tableau ou cavp.info).
Il en ressort qu'avec la pyrrhotite, la CAVP a dû multiplier les interventions auprès des gouvernements pour avoir de l'aide et mener «des combats sur plusieurs années», rappelle l'organisme. Dans le cas des inondations, «l'aide est venue sans attendre et les différents gouvernements sont intervenus rapidement pour supporter les victimes», constate la CAVP.
D'autre part, l'aide financière accordée pour la pyrrhotite se chiffre à un maximum de 75 000 $ tandis que certaines maisons inondées pourront bénéficier d'une aide allant jusqu'à 200 000 $.
Le député de Maskinongé, Marc H. Plante, rappelle que dans le cas des inondations, les sinistrés ne peuvent poursuivre qui que ce soit puisqu'il s'agit d'un désastre naturel alors qu'avec la pyrrhotite, le procès pourrait permettre de retrouver l'argent perdu. Quant aux résidences secondaires, dit-il, l'aide de 15 000 $ se présente sous forme de crédits d'impôt.
Le gouvernement du Québec a mis rapidement la somme de 350 millions $ à la disposition des sinistrés des inondations, mais seulement 52 millions $ sur 5 ans pour la pyrrhotite, déplore la CAVP. Le nombre de victimes, dans les deux cas, est d'environ 4500. Dans les deux cas, l'eau et les moisissures sont un enjeu. À ce chapitre, le député Plante rappelle toutefois qu'un programme existait déjà pour apporter de l'aide financière à la suite d'inondations. Il rappelle que les 350 millions $ ne servent pas que pour aider les particuliers, mais aussi pour soutenir les municipalités qui ont eu elles aussi des dommages au niveau des routes et autres infrastructures.
La CAVP précise qu'elle sympathise avec les sinistrés des inondations et qu'elle approuve les efforts mis en oeuvre pour les aider.
«On n'est pas en désaccord avec cette aide, mais on trouve anormal que de notre côté, on ne vienne pas à bout de la situation après 10 ans. Ce n'est ni de la comparaison ni de la jalousie», tient à préciser le vice-président de la CAVP, Michel Lemay. Toutefois, à la lumière des constats qu'elle vient de faire, la CAVP entend maintenant «repositionner son dossier auprès des instances gouvernementales concernées afin de diminuer certaines iniquités pour les victimes de la pyrrhotite et tenter d'accélérer l'aide pour celles qui ne peuvent réparer leur maison, en tenant compte que le montant de l'aide financière est insuffisant, de même que pour les victimes se situant dans la zone grise de moins de 0,23 % et n'ayant pas accès à l'aide», indique le président de la CAVP, Alain Gélinas.
Le cauchemar devrait se terminer d'ici un an et demi tout au plus pour les maisons affectées par l'eau, estime la CAVP, mais dans le cas de la pyrrhotite, certaines victimes «attendent depuis huit ans que leur résidence soit réparée», rappelle le président.
La Coalition, ajoute M. Gélinas, a toujours «l'impression de quêter et que le gouvernement se débarrasse de nous». Pourtant «les victimes de la pyrrhotite font autant pitié que les victimes des inondations», plaide le président qui rêve qu'un gouvernement se lève et fasse un plan à long terme pour régler le cas de victimes de la pyrrhotite une fois pour toutes. «On n'a jamais senti la volonté du gouvernement de vouloir régler cette crise», résume-t-il.
La Coalition veut aussi relancer la question de la norme fédérale sur le béton qui n'a toujours pas été modifiée. «Le gouvernement fédéral ne semble pas comprendre l'importance et l'urgence d'agir afin d'éviter de nouvelles catastrophes dans le futur», constate Alain Gélinas.
Le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, a fait faire une analyse par la Bibliothèque du Parlement au sujet de l'aide fédérale accordée 1998 et 2013 à l'occasion de diverses catastrophes. Il appert que la pyrrhotite est le deuxième événement ayant reçu le moins d'aide d'Ottawa. Il s'agit pourtant du deuxième sinistre le plus coûteux, soit 1 milliard $.
Parmi les nombreuses comparaisons entre le traitement réservé aux victimes des inondations et de la pyrrhotite, la CAVP signale que la Croix-Rouge a apporté une aide financière de 600 $ par famille victime d'inondations et aucune pour la pyrrhotite. L'armée est intervenue pour les inondations, mais pas pour les propriétaires qui avaient besoin de main-d'oeuvre pour vider les sous-sols et défaire les aménagements extérieurs en vue de faire lever leur maison.
Les victimes des inondations ont bénéficié d'une somme de 20 $ par jour pour aller vivre ailleurs temporairement. Rien de ce genre pour la pyrrhotite.
Contrairement aux cas d'inondations, le premier ministre du Québec n'est jamais venu visiter les victimes de la pyrrhotite, déplore la Coalition qui lui lance d'ailleurs une invitation à venir voir des maisons levées.