Richard Thériault voit les bases de sa maison s'effriter de jour en jour. Si les travaux tardent trop, il craint pour sa sécurité.

Pyrrhotite à Shawinigan: un couple plaide l'urgence d'agir

Les histoires de pyrrhotite ne défraient pas souvent la manchette à Shawinigan, mais mardi soir en assemblée publique, Richard Thériault et Ginette Thiffault se sont déplacés à la séance publique du conseil municipal pour demander aux élus la permission d'entreprendre des travaux avant qu'un accident ne survienne.
La petite maison verte sur le chemin de la Pointe-à-Comeau ne dégage rien d'anormal à première vue en ce début d'hiver. Quand on pénètre à l'intérieur toutefois, les signes de la malédiction du béton crèvent les yeux. En marchant vers les murs, on sent l'inclinaison des planchers, inégaux d'un pas à l'autre. Il paraît qu'une bille abandonnée au milieu de la cuisine se paiera toute une randonnée.
À Shawinigan comme à Trois-Rivières, les victimes de la pyrrhotite doivent rapidement s'inscrire au programme d'aide pour obtenir le soutien financier maximal de 75 000 $ du gouvernement fédéral pour réaliser ces travaux. M. Thériault se retrouve actuellement au 12e rang. Il demande à la Ville la permission de refaire sa dalle de béton avant d'obtenir l'essentiel certificat d'admissibilité à la subvention. Les travaux nécessaires sont évalués entre 105 000 $ et 130 000 $.
En principe, entreprendre ce chantier sans autorisation annule toute chance d'obtenir une aide financière. Mais si M. Thériault ne bouge pas, qui sait quand les murs de sa maison s'affaisseront?
Le maire, Michel Angers, a répété que la politique du premier arrivé, premier servi s'appliquait toujours. Il convient qu'il s'agit d'un «cas exceptionnel» que l'administration municipale analysera de plus près avant de rendre une décision avant Noël.
M. Thériault précise qu'il ne veut pas encaisser sa subvention avant les onze propriétaires qui le précèdent sur la liste. Il souhaite obtenir la garantie qu'il bénéficiera de l'aide financière même s'il entreprend ses travaux avant d'obtenir l'approbation tant attendue.
Craquements
Souhaitant se rapprocher du coeur du secteur de Saint-Jean-des-Piles, M. Thériault a mis sa maison en vente en 2013. Il a changé d'agent immobilier au début de l'année et ce dernier lui a suggéré de faire un test de pyrrhotite.
En 2014, le juge Michel Richard avait fixé à 0,23 % le taux à partir duquel un bâtiment est frappé d'un vice. M. Thériault a engagé la firme GHD Consultants pour procéder au test de pyrrhotite et dans son rapport, elle établit ce taux à 2,88 %. Une concentration douze fois supérieure au seuil minimal reconnu pour créer des dommages.
«On voit l'état du ciment, les coins de murs qui ouvrent. Ça étire et ça déchire. La firme recommande la démolition et le remplacement des éléments de béton», résume la victime. 
Le couple attend également une révision de l'évaluation de l'ensemble de cette propriété, établie actuellement à 480 600 $. La maison ne vaut plus rien, mais le terrain était estimé à 344 900 $ au 1er janvier 2016.
Steeve Guy, coordonnateur de la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite, est passé à la maison du chemin de la Pointe-à-Comeau vendredi matin. Il n'a pas aimé ce qu'il a vu.
«Ils sont dans une situation assez inconfortable et inquiétante», commente-t-il. «Étant donné qu'il n'y a pas de sous-sol, c'était difficile de voir venir le problème. Les dommages ont évolué en cachette.»
«Quand les murs commencent à ouvrir, ce n'est rien de rassurant», ajoute-t-il. «Au dégel du printemps, quand le sol va travailler, je trouverais ça inquiétant d'habiter là.»
Le coordonnateur souhaite que la Ville de Shawinigan agira avec diligence dans le traitement des demandes, afin d'arriver à celle de M. Thériault et de Mme Thiffault le plus rapidement possible. Idéalement, il faudrait procéder aux travaux dès le printemps.
«La dame m'expliquait qu'elle se levait la nuit quand elle entendait un craquement, de peur qu'une nouvelle fissure soit apparue», raconte M. Guy. «Ça n'a pas de sens! On est supposé dormir en paix dans une maison. Ce n'est pas simplement une question de travaux, mais que les gens retrouvent leur sécurité.»
Une quarantaine de cas à Shawinigan
La Ville de Shawinigan recense une quarantaine de cas sur sa liste d'attente pour obtenir une aide financière afin de procéder aux travaux pour remédier aux ravages de la pyrrhotite. L'enveloppe disponible de 900 000 $ ne suffira évidemment pas à régler tous ces cas.
Pour le moment, François St-Onge, directeur des communications, estime à 13 ou 14 le nombre de dossiers qui pourraient être réglés avec la subvention confirmée l'an dernier. Depuis le tout début de la crise, Steeve Guy, coordonnateur à la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite, évalue à environ 70 le nombre de propriétés touchées à Shawinigan.
Le 18 octobre, ce dernier a rencontré le maire, Michel Angers, ainsi que le directeur général, Gaétan Béchard, afin de voir si la Ville jugeait opportun de sensibiliser davantage la population à l'importance de vérifier la santé du béton des maisons.
«Toutes celles qui ont été construites entre 1996 et 2008, sur le territoire de Trois-Rivières comme celui de Shawinigan, sont susceptibles d'avoir un problème de pyrrhotite», rappelle M. Guy. «Les citoyens n'ont pas la volonté de voir le problème. Si, en plus, cette information n'est pas clairement transmise, on a tous les ingrédients pour que les gens retardent avant de vérifier s'ils ont de la pyrrhotite.»
M. Guy souhaite ainsi une meilleure sensibilisation en 2017. La Ville a été sollicitée à nouveau pour aider financièrement la CAVP. Le conseil municipal avait décidé de passer son tour en 2014.
De son côté, M. St-Onge croit que les victimes de la pyrrhotite savent déjà qu'elles peuvent s'adresser à l'hôtel de ville. Les outils de communication habituels sont utilisés pour les guider, fait-il remarquer.
«La CAVP nous a demandé si nous pouvions faire d'autres actions complémentaires», relate-t-il. «Par exemple, ils proposaient des séances d'information. Nous sommes tout à fait ouverts à collaborer avec l'organisation régionale.»