Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche.
Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche.

Pyrrhotite: soulagement dans la région

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — En cette période de confinement et de pandémie mondiale, l’annonce de la décision de la Cour d’appel lundi en faveur des victimes de la pyrrhotite est très bien accueillie dans la région, tant par les élus que par des victimes du cancer du béton. Des propriétaires touchés ne souhaitent toutefois pas crier victoire et craignent que SNC-Lavalin porte maintenant le litige devant la Cour suprême.

«Je suis heureux pour les 800 victimes qu’elles aient gagné cette bataille», affirme d’emblée le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche.

«Je suis content aussi pour le message que ça envoie pour les victimes de la deuxième vague.»

La détérioration des fondations des résidences de même que des bâtiments commerciaux et institutionnels causée par la pyrrhotite a entraîné pour la Ville de Trois-Rivières d’importantes pertes. En raison de la dévaluation de la valeur de ces bâtiments, la Ville a subi depuis 2008 des pertes financières évaluées à 18 millions $.

Le jugement rendu lundi permettra à plusieurs propriétaires concernés, estime le maire de Trois-Rivières, d’enfin planifier les travaux à réaliser pour réparer les fondations affectées.

«Pour la Ville, c’est un vent de positivisme pour la construction. Et on ne se cachera pas qu’actuellement avec la pandémie, ça nous prend des événements heureux pour notre milieu économique à Trois-Rivières. Et ça, c’en est un», mentionne Jean Lamarche.

À Shawinigan, on compte 59 cas de pyrrhotite, ce qui a entraîné ces dernières années des pertes pour la municipalité de 3,7 millions $. La décision de la Cour d’appel est donc bien reçue par le maire Michel Angers.

«C’est une belle nouvelle pour les victimes et les représentants de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP). Ça fait longtemps qu’ils mènent le combat, ils commencent à être fatigués», soutient le maire Michel Angers.

«J’ose espérer que la suite des choses va leur permettre enfin de mettre de l’argent sur la table pour les compenser partiellement pour les dommages causés par la pyrrhotite.»

Le responsable du dossier de la pyrrhotite à la Coalition avenir Québec et député de Maskinongé, Simon Allaire, était lui aussi très satisfait du jugement de la Cour d’appel.

«C’est un grand jour pour les victimes et toute la région», affirme-t-il.

Michel Angers, le maire de Shawinigan.

«Enfin, les gens sont soulagés. Avec ce qu’on vit actuellement avec la COVID-19, c’est un jugement qui est bien accueilli», ajoute le député qui mentionne que son travail d’accompagnement des victimes n’est pas terminé pour autant.

Bien qu’il est conscient que SNC-Lavalin pourrait porter ce jugement en appel à la Cour suprême, le député de Maskinongé souhaite que le cri du cœur d’Alain Gélinas, le président de la CAVP, soit entendu et que l’entreprise accepte la récente décision de la Cour d’appel.

«On souhaite que la direction de SNC-Lavalin et les gens concernés aient le jugement moral de ne pas aller en Cour suprême avec ce jugement», abonde également le maire de Trois-Rivières.

De son côté, le maire de Shawinigan estime que deux jugements en faveur des victimes devraient être suffisants pour que SNC-Lavalin accepte de renoncer à porter le litige devant la Cour suprême. «J’ose espérer que cette fois-ci, l’entreprise accepte le verdict et paye l’amende», souligne Michel Angers.

La crainte de la Cour suprême

Même si le jugement de la Cour d’appel donne à nouveau gain de cause aux victimes, certaines d’entre elles ne souhaitent pas encore crier victoire. C’est notamment le cas de Sylvain Pagé, un homme de Trois-Rivières qui a récemment perdu son emploi dans la restauration en raison de la pandémie.

«Nous sommes heureux, mais on aurait aimé ça que l’argent entre plus rapidement», mentionne celui qui a effectué les travaux sur sa maison en 2011.

«On a encore un petit nuage noir au-dessus de notre tête. Pour être honnête, on a peur que ces gens-là demandent maintenant d’aller en Cour suprême.»

Les victimes devront donc attendre plusieurs semaines avant de finalement pousser un soupir de soulagement et recevoir l’argent qu’ils ont droit en vertu des jugements des tribunaux. «L’attente va être dure à supporter», avoue Sylvain Pagé.

«Ça fait dix ans qu’on attend. Et dans les circonstances, cet argent-là aurait fait du bien.»

Touchée deux fois par des problèmes de pyrrhotite, Josée Matteau est heureuse du jugement de la Cour d’appel, mais ne souhaite pas célébrer dès maintenant. «Tant que tout ne sera pas réglé, ce n’est pas une belle victoire», estime-t-elle.

«On est encore loin de la coupe aux lèvres.»

Le député de la CAQ dans Maskinongé, Simon Allaire. Photo: Sylvain Mayer

Tant que le spectre d’une poursuite du litige devant la Cour suprême n’est pas écarté, Josée Matteau ne compte pas sabler le champagne. Elle ne compte d’ailleurs pas réaliser les travaux qu’il lui restent à faire dès maintenant.

«Il y a toujours la possibilité de la Cour suprême qui va rester. On ne sait pas ce qui nous pend au bout du nez», ajoute Mme Matteau.