Stéphane Hould est de retour dans sa maison depuis vendredi dernier après avoir dû remplacer les fondations grugées par la pyrrhotite. Il reste encore beaucoup de travail à faire avant que sa demeure retrouve ses couleurs d'antan.

Pyrrhotite: «On se fait péter notre balloune»

La décision de SNC-Lavalin d'aller en appel n'a surpris personne, surtout pas les victimes de la pyrrhotite. Bien que celles-ci espéraient que la firme fasse preuve de retenue, elles savent maintenant que la bataille est loin d'être terminée.
Vendredi dernier, Stéphane Hould a enfin pu aménager de nouveau dans sa maison. Bâtie en 2007, sa résidence a quitté ses amarres dans les dernières semaines afin de profiter de nouvelles fondations, sans pyrrhotite. Le Trifluvien n'est pas tombé de sa chaise lorsqu'il a appris que SNC-Lavalin ferait appel du jugement du 12 juin dernier.
«Il y a tellement d'argent en jeu. S'il n'y avait eu que les 850 premiers demandeurs, peut-être qu'ils ne l'auraient pas fait, mais avec les 4000 qu'ils pensent avoir plus tard, on parle de possiblement un milliard (en dédommagement).»
Même s'il n'est pas surpris, M. Hould soupire à l'idée de savoir qu'encore une fois, les entreprises visées par le recours collectif tenteront de s'en sortir.
«C'est sûr qu'on est très déçus. Ce sont nos vies qui sont affectées et il n'y a jamais personne qui
est coupable. Nous sommes les seuls à payer pour les conséquences.»
Ce sentiment d'impuissance, Valérie Lachance le connaît trop bien. Elle a pris la décision de ne pas rager à la suite de la décision de SNC-Lavalin.
«Si je continue d'être choquée, je ne finirai plus de l'être pendant plusieurs années. Je suis déçue, j'aurais aimé que le procès se termine. C'est comme si on avait gagné, et finalement, on se fait péter notre balloune.»
Une attitude que semble avoir adoptée plusieurs victimes de la pyrrhotite. Chez certains, la frustration se fait tout de même sentir. Le Bonifacien Jonathan Gervais est d'avis qu'il est temps pour le gouvernement de punir la multinationale, comme le suggère la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite.
«C'est plate, surtout quand on sait que c'est une compagnie québécoise. Le gouvernement lui donne plein de contrats. Il serait peut-être temps d'arrêter. C'est à se demander s'ils ne sont pas tous organisés ensemble.»
Des coûts supplémentaires
Les demandeurs du recours collectif devront ainsi redoubler de patience avant de recevoir un chèque dans leur boîte aux lettres. Bien évidemment, cette somme, si somme il y a, ne couvrira pas toutes leurs dépenses.
Bien que sa maison soit fraîchement rénovée, M. Hould devra encore débourser plusieurs milliers de dollars afin de remettre son sous-sol, mais aussi l'extérieur de sa maison, dans l'état qu'ils étaient avant l'annonce du diagnostic fatal lié aux fondations.
«Lorsqu'on refait le sous-sol, ce n'est pas comme il était. Tout l'argent que j'y ai mis, ce sera à recommencer. C'est sans compter les fleurs, les perrons et l'asphalte que je devrai réaménager», explique M. Hould.
«Je suis chanceux dans ma malchance, j'ai un bon emploi et je suis assez à l'aise au point de vue financier. Mais j'ai assisté à des réunions de la Coalition et j'ai vu des témoignages de gens dont la situation était catastrophique.»
Parce qu'au final, si SNC-Lavalin n'a pas gain de cause en appel, le dédommagement que devra verser la compagnie aux demandeurs permettra à plusieurs de sortir la tête de l'eau. Mais ce chèque ne pourra tout corriger.
«Ç'a coûté le couple», conclut M. Gervais.