De gauche à droite: Alain Gélinas, président de la CAVP, Jason Luckerhoff, professeur à l’UQTR, Saray Moreira Urra, auteure du mémoire de maîtrise et Yvon Boivin, ex-président de la CAVP.

Pyrrhotite: les victimes vivent un sentiment d’injustice

TROIS-RIVIÈRES — La Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite et le département des lettres et communication sociale de l’UQTR ont dévoilé, mardi, les résultats d’une analyse exhaustive du vécu des victimes de la pyrrhotite. Il s’agit, en fait, d’un mémoire de maîtrise rédigé par l’étudiante Saray Moreira Urra sous la supervision du professeur Jason Luckerhoff.

Cette analyse permet de comprendre la crise de la pyrrhotite sous un angle social. Il en ressort principalement que les victimes vivent un sentiment d’injustice face à leur situation, qui, même s’il s’agit d’une catastrophe, n’est pas perçue par la société de la même façon que d’autres phénomènes destructeurs.

«C’est un sinistre particulier», constate le professeur Luckerhoff, surtout parce que les victimes sont isolées. Certaines ont les moyens de faire réparer leur maison, d’autres pas. Certaines ont une garantie de maison neuve, d’autres pas. D’autres encore ne peuvent recevoir aucune aide financière parce que le taux de pyrrhotite dans leur béton n’est pas assez élevé. Ce sont d’ailleurs les victimes les plus désespérées, constate l’analyse, puisque aucun espoir de voir la lumière au bout du tunnel ne s’offre à elles présentement. Certains propriétaires vivent dans un jumelé et le voisin refuse de réparer. La pyrrhotite consomme tout ce que certains propriétaires avaient cumulé pour leur retraite. D’autres se désolent de n’avoir plus rien à laisser à leurs enfants. Beaucoup ne peuvent plus emprunter à la banque.

C’est que certains doivent se résigner à vendre pour 60 000 $ leur maison qui en valait 250 000 $.

Comme l’explique l’auteure du mémoire, Saray Moreira Urra, les gens finissent par détester leur maison même si, au départ, ils avaient pris grand soin de la faire construire à leur goût.

Un propriétaire qui apprend que ses fondations contiennent de la pyrrhotite se fait happer dans un engrenage qui dure en moyenne trois ans même si les travaux de levage et de remplacement des fondations durent à eux seuls 16,2 semaines en moyenne.

Si la Coalition a quelques fois déploré que peu de personnes s’impliquaient dans la cause, ces constats élucident le mystère. «Elles n’en peuvent plus», indique le professeur Luckerhoff. Les victimes «ne veulent plus en entendre parler et ce, même quand leur maison est réparée et à nouveau en bon état.

C’est donc très difficile de générer de la solidarité en pareilles circonstances, constate la thèse de maîtrise.

La CAVP estime que l’ensemble des informations de nature sociale colligées par Mme Urra vient éclairer bien des choses et confirme pourquoi la Coalition est perçue, par les victimes, comme une PME qui vient en aide aux gens alors que c’est un organisme tenu à bout de bras par des bénévoles qui ont eux-mêmes été victimes de la pyrrhotite.

Le président de la CAVP, Alain Gélinas, indique que les observations qui résultent de la thèse de l’UQTR «vont permettre à la Coalition d’aligner ses actions et d’aborder les autres défis sous un autre angle. «On va essayer d’autres avenues lors des prochaines négociations avec le gouvernement. Ce sont des filons d’interventions», résume-t-il.

L’ancien président de la CAVP, Yvon Boivin, qui avait initié cette étude avec l’UQTR grâce à un généreux donateur qui souhaite rester anonyme, constate qu’après huit années de problèmes engendrés dans la région par la pyrrhotite et malgré les cas qui ont émergés dans le nord-est des États-Unis pour la même raison, la norme sur la pyrrhotite dans le béton n’a toujours pas été révisée, ce qui signifie qu’un tel drame pourrait survenir encore. «Allons-nous attendre une autre vague?», demande-t-il.

Le député fédéral Robert Aubin a d’ailleurs posé une question en Chambre, mardi, à ce sujet. Il y a urgence de réviser cette norme, ce qui permettrait aux victimes en zone grise d’être indemnisées, dit-il.

La Coalition est toujours à compiler les données de son récent sondage en ligne concernant les demandes d’aide financière.