La Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite entend se faire plus «dérangeante» en 2020.
La Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite entend se faire plus «dérangeante» en 2020.

Pyrrhotite: «dix ans de trop», clament les victimes

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Si l’idée de dédier le montant de la récente amende de 280 millions $, imposée à SNC-Lavalin, à un fonds d’aide aux victimes de la pyrrhotite n’a pas encore été commentée par la classe politique, elle suscite néanmoins une certaine effervescence sur les réseaux sociaux. La lettre ouverte d’Yvon Boivin, publiée dans nos pages à cet effet le 21 décembre, a notamment été relayée à plusieurs reprises, vendredi, sur la page Facebook de François-Philippe Champagne, député de Saint-Maurice – Champlain.

Une telle occupation de l’espace public s’inscrit dans une stratégie que Michel Lemay, vice-président et cofondateur de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP), dit vouloir plus «dérangeante», alors que s’amorce la deuxième décennie d’une crise qui n’en finit plus de s’éterniser.

«La crise, ça fait dix ans, et c’est dix ans de trop», laisse tomber M. Lemay, contacté par Le Nouvelliste, afin de commenter la situation actuelle. Bien qu’une rencontre soit prévue avec M. Champagne en janvier – tout comme avec la députée de Trois-Rivières, Louise Charbonneau –, ce dernier ne se serait pas encore prononcé sur l’éventualité de consacrer l’amende imposée à la firme d’ingénierie (dans une tout autre cause) à un fonds dédié aux victimes de la pyrrhotite.

Si le montant de 280 millions $ peut contraster avec le fonds de 82 millions $ actuellement en place pour aider les victimes, à raison de 75 000 $ par habitation, il ne faudrait pas y voir pour autant une solution finale, avertit cependant M. Lemay.

Michel Lemay espère voir le gouvernement fédéral jouer un rôle plus actif dans le dossier de la pyrrhotite en 2020.

Le vice-président de la CAVP rappelle que sur les 8000 maisons possiblement touchées par le fléau, 4000 n’ont toujours pas été testées. «On ne connaît pas le portrait réel de situation», déplore-t-il. «Le portrait de la situation est l’élément clé qui déterminerait toutes les autres étapes», fait-il valoir.

Comme il est difficile à l’heure actuelle d’évaluer avec précision le nombre de maisons touchées, toute mesure subséquente relève de la spéculation, maintient-il. Un fonds de 280 millions $ pourrait permettre de tester l’ensemble des maisons susceptibles d’être touchées – une revendication de longue date de la CAVP – et minimalement consolider le fonds d’aide aux victimes dans sa forme actuelle.

Même s’il garde espoir que les politiques en place puissent finalement en venir à faire la lumière sur l’ampleur véritable de la crise, M. Lemay s’explique mal qu’aucune instance gouvernementale ne se soit encore astreinte à dresser le portrait réel de la situation. «J’ai l’impression qu’il y en a qui aimeraient mieux ne pas le voir, parce qu’ils ont peur du chiffre qui sortirait», avance-t-il.

Michel Lemay souligne enfin que le problème dépasse les seules considérations financières. Il souhaite voir les politiques venir s’asseoir à la table en compagnie de la CAVP pour écouter ses hypothèses de solution. «Le fédéral, à part avoir émis un chèque, n’est pas très présent dans le dossier», se désole-t-il. Il relate que la mobilisation citoyenne a permis d’acquérir une expertise face à la problématique et qu’on ne demande pas mieux que d’en faire profiter les instances en place.

«On est fier de ce qu’on a fait, mais on n’est pas une entreprise qui veut grossir. On est un OSBL et on veut fermer un jour», déclare-t-il, disant avoir parfois l’impression de jouer le rôle du gouvernement. «On ne veut pas juste que le gouvernement émette un chèque, on veut qu’il comprenne le problème et qu’il participe à la solution», martèle-t-il.

Rappelons qu’on annonçait récemment que la décision du juge François Pelletier, de la Cour d’appel du Québec, devrait être déposée «dans le cours des tout premiers mois de 2020», dans la cause portée en appel par SNC-Lavalin, qui avait été condamnée, il y a 7 ans, à payer 70 % des dommages occasionnés par la pyrrhotite. D’ici là, les victimes de la pyrrhotite et la CAVP n’entendent pas tomber dans l’oubli.