À l’avant, Michel Lemay, vice-président de la CAVP, en compagnie du président, Alain Gélinas.

Pyrrhotite: «des engagements clairs»

Trois-Rivières — À quelques jours du colloque international qu’elle tiendra sur les dernières avancées scientifiques concernant la pyrrhotite, la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP) aimerait bien que les différents partis se prononcent sur leurs intentions envers les victimes, s’ils sont portés au pouvoir. «On veut des engagements clairs», indique le président de la CAVP, Alain Gélinas.

Jusqu’à présent, la CAVP a rencontré la plupart des candidats des divers partis, dans la région et aucun n’a encore pris d’engagement, dit-il. «Aucun parti ne nous a appelés. Il y a des partis qu’on a dû relancer deux et même trois fois pour avoir une rencontre», déplore-t-il. «C’est pourtant un des très gros dossiers de la Mauricie», fait-il valoir en précisant que chaque rencontre avec les candidats, jusqu’à présent, a duré entre 2 heures et 2 h 30 pour les sensibiliser. «On est apolitique», tient-il à préciser. «On travaillera avec les instances en place» après les élections.

La CAVP indique qu’il y a moins de chemin à faire pour arriver à la fin de ce dossier que de chemin parcouru.

Le colloque des 24 et 25 septembre auquel se joindront des spécialistes du Trinity College, de l’État américain du Connecticut, où l’on compte 34 000 cas de pyrrhotite, contribuera à faire avancer l’état des connaissances sur le comportement de la pyrrhotite, prévoit la CAVP. Des représentants du comité de citoyens Connecticut Coalition Against Crumbling Basements seront également présents. Rappelons que l’État voisin du Massachusetts compte aussi plusieurs cas de pyrrhotite.

Les participants du côté du Québec, outre la CAVP, seront la Ville de Trois-Rivières, la Régie du bâtiment du Québec, le Conseil national de recherche du Canada, la Société d’habitation du Québec, la Garantie construction résidentielle, l’Université Laval, le laboratoire GHD qui est impliqué à titre d’expert dans le procès de la pyrrhotite, les firmes Géosol, Sedexlab, Solroc et SMI de même que les firmes d’avocats Lambert Therrien et Cain Lamarre.

La CAVP a embauché des interprètes, pour l’occasion, afin que les personnes unilingues puissent suivre les conférences dans leur langue.

«L’idée, c’est de s’entraider», fait valoir le vice-président de la CAVP, Michel Lemay, le principal organisateur de cette rencontre. M. Lemay a mis plusieurs centaines d’heures de bénévolat dans l’organisation de ce colloque.

«Ce sera la première fois, en Amérique du Nord, que ce problème sera traité lors d’un événement transfrontalier», dit-il, en n’écartant pas la possibilité qu’il y en ait d’autres dans les années à venir.

Toutefois, comme le fait valoir avec un certain humour le président, Alain Gélinas, la CAVP ne recherche pas la croissance ni de nouveaux clients. L’objectif est de régler ce dossier une fois pour toutes. Cette ambition pourrait toutefois être mise à rude épreuve si jamais la cause, dont le jugement en Cour d’appel sera rendu très bientôt, devait être portée en Cour suprême par les défendeurs. «Il faut que les politiciens se préparent à cette éventualité», dit-il «et sachent quoi faire si tel devait être le cas.»

Quoi qu’il en soit, la CAVP ne veut jamais qu’un seul cas de pyrrhotite apparaisse à nouveau au pays. C’est pour cette raison qu’elle continue à se battre pour l’adoption d’une norme. Michel Lemay rêve de voir, un jour, qu’une norme aussi importante que celle-là soit modifiée dans le Code national du bâtiment et ce sera sans doute parce qu’il y aura eu des rapprochements comme celui des 24 et 25 septembre entre experts et victimes des deux pays, dit-il.

Alain Gélinas voit le Connecticut comme un grand laboratoire, car dans cet État, les cas ont pris entre 10 et 30 ans à se manifester. Il faut donc en comprendre les raisons.

Le colloque préparé par la CAVP sera d’ailleurs l’occasion pour que des experts, notamment des ingénieurs et des géologues, puissent s’échanger des informations techniques. On veut en effet que les protocoles d’analyse de ce phénomène soient les mêmes des deux côtés de la frontière afin d’uniformiser les informations, explique M. Lemay. «On veut aussi créer des maillages», dit-il.

La CAVP veut également accélérer les connaissances pour soutenir les victimes dont le béton se trouve dans la zone grise, c’est-à-dire qu’il contient un certain pourcentage de pyrrhotite, sous le seuil de 0,23 % décrété par le juge Richard, mais ne présente pas encore de dommages. Ces maisons, rappelle M. Gélinas, sont invendables, sauf à une fraction de leur valeur, à cause du risque que la pyrrhotite finisse par faire ses ravages.

En considérant que 4000 maisons, environ, contiennent de la pyrrhotite, en Mauricie, sans compter les bâtiments et infrastructures ainsi que la situation du Connecticut, le présent colloque prend tout son sens, estime la CAVP. Depuis le début de la crise de la pyrrhotite en Mauricie, il y a 9 ans, ce sera la première fois qu’autant d’intervenants spécialisés et concernés par le dossier de la pyrrhotite se réuniront pour échanger entre eux.