De gauche à droite: Yvon Héroux, coordonnateur de la CAVP, Michel Lemay, vice-président et Alain Gélinas, président.

Pyrrhotite: des demandes pour les deux gouvernements

TROIS-RIVIÈRES — La Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite se prépare aux élections fédérales qui arrivent à grands pas. Le conseil d’administration s’affaire, depuis quelques semaines, à rencontrer les candidats afin de leur exposer le chemin parcouru, dans ce dossier, mais également les défis qu’il faut encore relever. La CAVP est également à la recherche d’engagements de la part des candidats afin qu’Ottawa continuer à soutenir les victimes de la pyrrhotite. L’aide du gouvernement canadien a été de 30 millions $ sur trois ans et se termine en effet cette année.

C’est que dans l’ensemble des 8000 maisons visées dans la région, par la période où la pyrrhotite était employée dans la construction des fondations, 3500 n’ont toujours pas fait faire de test. Or, si les propriétaires ne s’activent pas et vite, ils risquent de bien mauvaises surprises. «Ce n’est pas un recours collectif», rappelle le président de la CAVP, Alain Gélinas. Chaque propriétaire doit donc prendre un avocat et dénoncer sa situation. Il faut aussi faire des tests afin de prouver qu’il y a ou non présence de pyrrhotite. Malheureusement, beaucoup de gens visés par la période ne font pas faire ces tests, soit parce qu’ils croient que c’est un recours collectif et qu’ils n’ont rien à faire, soit parce qu’ils sont trop âgés pour entreprendre de telles démarches ou encore par manque de ressources financières.

La CAVP a donc récemment fait des démarches auprès du gouvernement provincial afin de tenter de remédier à cette situation. Comme l’explique le vice-président de la CAVP, Michel Lemay, il reste présentement 17 millions $ dans le fonds d’aide provincial aux victimes. Cet argent inutilisé pourrait être employé pour financer le premier des deux tests de pyrrhotite qu’il faut faire, c’est-à-dire celui qui dira si oui ou non la maison du propriétaire contient de la pyrrhotite. Le deuxième test, lui, établit le taux de pyrrhotite dans le béton. Il en coûte environ 3000 $ pour ces tests. On peut comprendre pourquoi ils sont plusieurs à ne pas le faire faire.

«Si tout le monde faisait faire le premier test, ça coûterait environ 5 millions $ au fonds», signale Alain Gélinas. Si Québec acceptait l’emploi du fonds à cet effet, il serait possible de lancer un dernier appel à tous avec une date limite, dit-il.

Depuis l’élection de la CAQ, la CAVP est à la recherche d’un interlocuteur gouvernemental afin de faciliter les échanges avec le gouvernement dans les divers dossiers en lien avec la pyrrhotite. Comme l’explique le président de la CAVP, l’ancien gouvernement libéral avait nommé le député de Maskinongé, Marc H. Plante, comme intermédiaire. Alain Gélinas raconte que M. Plante était toujours à un coup de fil de distance et demeurait accessible en tout temps. C’était quelqu’un, dit-il, avec qui il était facile de discuter nez à nez. La CAVP rêve d’avoir un tel interlocuteur au sein du gouvernement Legault. «On veut un fil conducteur», dit-il en rappelant que la crise de la pyrrhotite dure depuis déjà 10 ans et qu’il reste encore beaucoup de problèmes à régler.

À titre d’exemple, après avoir demandé une diminution de la taxe scolaire sur trois ans pour les propriétaires aux prises avec la pyrrhotite, un calcul exigé par le gouvernement fait en sorte que la taxe, au lieu de baisser, a augmenté substantiellement. Yvon Héroux, coordonnateur de la CAVP en a discuté avec la Commission scolaire et espère un correctif.

Parmi les autres défis, il y a l’imposition d’une éventuelle norme sur les agrégats dans le béton qui permettrait d’éviter l’usage de minéraux gonflants porteurs de catastrophes de l’ampleur de celles du Québec, du Connecticut et du Massachusetts. La pyrrhotite n’est pas le seul ennemi, en effet. La CAVP est en lien avec un nouvel interlocuteur, l’Irlande, où une crise similaire a frappé des milliers de demeures. L’agent destructeur n’est pas la pyrrhotite, là-bas, mais le mica.

Alain Gélinas rêve qu’un jour, on puisse avoir un portrait fiable de ces agents qui détruisent le béton. La CAVP a en effet reçu des appels de la part de trois propriétaires aux prises avec de la pyrrhotite qui ne vient pas de la fameuse carrière B & B. Ces gens, dit-il, ne peuvent pas se joindre aux recours qui sont actuellement devant les tribunaux parce qu’il y a des différences avec les cas connus jusqu’à présent. Au final, croient les membres du conseil d’administration de la CAVP, «il faudrait the big picture.»

L’aide aux victimes de la pyrrhotite demeure au cœur des préoccupations de la CAVP. Les dommages, qui totalisent 1 milliard $ dans la région, font encore plus de dégâts chez les propriétaires que dans les bâtisses, rappelle la CAVP: suicides, dépressions, maladies, divorces, perte de capacité d’emprunt et impacts sur la retraite, par exemple.

«Ces épreuves s’ajoutent aux autres épreuves de la vie qui affectent chacun d’entre nous», fait remarquer Alain Gélinas.