Le ministre Francois-Philippe Champagne.
Le ministre Francois-Philippe Champagne.

Pyrrhotite: déception et incompréhension à la CAVP

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite a très mal réagi en lisant, dans les pages du Nouvelliste de samedi, les déclarations du ministre François-Philippe Champagne au sujet de l’aide financière demandée à Ottawa et à Québec pour aider les propriétaires aux prises depuis 10 ans avec la pyrrhotite. 

C’est que les déclarations du ministre démontrent qu’il ne semble pas être bien informé du dossier, estime le vice-président de la CAVP, Michel Lemay, et ce, même si une représentante de M. Champagne fait partie du comité créé en début d’année (CAVP, Québec et Ottawa) pour faire avancer le dossier.

Lorsque le ministre Champagne affirme qu’il «reste des millions $» dans le fonds, c’est vrai et c’est faux en même temps, explique M. Lemay. C’est que les 30 millions $ fournis par Ottawa, il y a trois ans (10 M$ par année), ont tous été utilisés par les victimes, précise-t-il. L’argent qui reste, soit entre 15 et 17 millions $ provient du gouvernement provincial. Or, il semble que plus personne ne puisse l’utiliser, car le prêt de 75 000 $ accordé par bâtiment à l’aide de ce fonds n’est pas suffisant pour faire faire les travaux et les propriétaires n’ont pas les moyens d’emprunter la différence, explique-t-il.

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À l’avant, Michel Lemay, vice-président de la CAVP en compagnie d’Alain Gélinas, président.

«Il faut que l’aide soit ajustée à la réalité du terrain», plaide M. Lemay. Pour mettre fin à la crise de la pyrrhotite, la CAVP demande 305 M $ des gouvernements provincial et fédéral.

La CAVP demande également une rencontre en personne avec M. Champagne depuis décembre 2018 sans y parvenir, rappelle-t-il. «Même en période électorale, nous n’avons pas été capables de le voir», déplore le vice-président. «Pourtant, il a le temps d’aller se promener dans les médias», constate-t-il. «Si notre dossier avait été une priorité, il aurait fait le détour», plaide-t-il. «Nous avons besoin de passer deux heures avec lui», dit-il, «pas 5 ou 10 minutes».

Au cours d’une rencontre tenue lundi après-midi avec l’attachée du ministre Champagne, Catherine Deschênes, à son bureau de comté, la CAVP a obtenu une rencontre le 10 mars, à Ottawa, avec le fonctionnaire responsable du fonds d’aide de trois ans qu’avait créé le gouvernement Trudeau. Cela fait dire au vice-président Lemay: «On garde un certain espoir.»

On sait que la CAVP réclame les 280 M$ de pénalités versés par SNC-Lavalin à Ottawa. M. Lemay constate que le ministre Champagne ne comprend pas non plus cette demande lorsqu’il affirme, dans Le Nouvelliste, qu’il n’y a pas de précédent ou de système permettant d’utiliser cet argent à cette fin. M. Lemay rappelle que ce n’est pas l’argent de SNC en tant que tel dont les victimes ont besoin, c’est plutôt de pouvoir profiter de cet excédent imprévu de 280 M$ qui arrive dans les coffres du gouvernement pour en faire bénéficier les victimes. Un programme d’aide, ça se crée, fait-il valoir. «On est allé sur la Lune. On doit être capable de faire ça.»

Bref, la CAVP se dit désagréablement surprise et extrêmement déçue de la position du ministre. «Ça nous a perturbés, en lisant ça. Ça finit par affecter notre motivation», fait savoir le vice-président en rappelant que la bataille dure depuis déjà 10 longues années.

Le jugement en appel, qui est sur le point de sortir, ne touchera que les 857 victimes qui font partie du premier procès, rappelle-t-il et ne mettra pas fin à la crise. «Faut-il ressortir les pancartes et manifester devant le bureau de comté?», se questionne M. Lemay. «On croyait que notre nouveau comité servait justement à éviter ça», dit-il.

En ce moment, la CAVP demande de l’argent, au nom des victimes, afin de payer les 3300 tests de pyrrhotite qu’il faudra faire pour avoir un portrait juste de l’état de la crise.

La CAVP évalue qu’il resterait environ 660 maisons à réparer, dans la région. Ce chiffre devra toutefois être validé par les tests. Rappelons que plusieurs des 857 propriétaires qui font partie du premier procès n’ont pas encore fait réparer leur maison. Le deuxième procès, lui, compte environ 830 dossiers, indique M. Lemay.

Ce dernier explique que la crise ne sera pas terminée avec le jugement tant attendu de la Cour d’appel dans le premier procès. La CAVP demande aux gouvernements de bonifier leur programme d’aide afin que les propriétaires puissent faire faire leurs travaux en attendant que tout finisse par se régler. «La CAVP fait la job que les gouvernements devraient faire», fulmine le vice-président.

Sans cette aide, la CAVP craint que les propriétaires qui attendent depuis 10 ans doivent prendre leur mal en patience pendant encore de longues années. «Il y a eu des suicides, des divorces, des dépressions, des faillites à cause de la pyrrhotite», rappelle Michel Lemay. «On ne comprend pas que des gens ne comprennent pas encore ça.»