La chaire de recherche permettra d’établir de nouvelles normes.

Pyrrhotite: 4,9 M $ pour la recherche, «une première mondiale»

TROIS-RIVIÈRES — Les gouvernements de Québec et d’Ottawa annoncent conjointement la création d’une chaire de recherche de 4,9 millions $ sur quatre ans visant à établir les limites acceptables de pyrrhotite pouvant se retrouver dans le béton sans que ce dernier s’en trouve affecté à court ou à long termes.

Cette chaire de recherche permettra aux professeurs Josée Duchesne et Benoît Fournier du département de géologie et de génie géologique de la Faculté des sciences de l’Université Laval de continuer les études amorcées en 2010 sur le phénomène de la pyrrhotite. Cette université avait été choisie dès la première phase de recherche à cause, justement, de son département de géologie. Rappelons que ces études avaient été interrompues en 2014, faute de financement.

«Ce qu’on lance, ce matin, c’est une première mondiale», indique le ministre François-Philippe Champagne en parlant du démarrage d’une phase deux de recherches scientifiques qui, cette fois-ci, permettra d’aller beaucoup plus loin dans la compréhension de la pyrrhotite dans le béton.

«Nous devons nous attaquer à la source du problème», fait valoir le ministre. Au départ, dit-il, le plus urgent, «c’était d’aider les victimes». L’étape qu’il faut maintenant franchir, «c’est de s’attaquer au problème et prévenir ce genre de situation», fait-il valoir.

Le ministre rappelle que des milliers de cas de pyrrhotite se sont déclarés dans l’État américain du Connecticut et «il y en a en Afrique du Sud; il y en a en Norvège», signale-t-il, de même qu’en Irlande.

«On veut, en quelque sorte, mettre la science au service des victimes en impliquant le Conseil de recherches du Canada», ajoute-t-il, ainsi que la Régie du bâtiment du Québec à titre de partenaire.

«L’objectif est de fournir des solutions techniques à l’Association canadienne de normalisation afin qu’elle mette à jour des normes sur les agrégats du béton», explique le ministre Champagne. «L’objectif ultime de cette collaboration va se concrétiser lorsque les normes auront été actualisées et intégrées aux différents codes du bâtiment.»

«Notre but est d’assurer la sécurité publique et nous voulons prévenir de nouvelles crises reliées à la pyrrhotite à l’avenir», précise pour sa part la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest.


De gauche à droite: Alain Gélinas, président de la CAVP, Jean Boulet, député de Trois-Rivières, Michel J. Tremblay, vice-recteur adjoint de l’Université Laval, Josée Duchesne, professeure au département de géologie à l’Université Laval, le ministre François-Philippe Champagne, la ministre Andrée Laforest et Michel Dumoulin du CNRC. — Photo: Stéphane Lessard

La Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite rappelle qu’au cours de son colloque transfrontalier sur la pyrrhotite tenu l’automne dernier à Trois-Rivières, elle avait saisi l’occasion d’échanger avec le Conseil national de recherches du Canada, la Régie du bâtiment ainsi qu’avec des représentants de l’Université Laval «afin que ces études redémarrent rapidement. L’annonce d’aujourd’hui vient donc répondre à cette importante attente», souligne le président de la CAVP, Alain Gélinas. «C’est une très belle annonce pour la Coalition et les victimes aussi. Ça met un terme à notre demande que les études redémarrent afin d’en arriver à une norme pour le Canada au niveau de la construction», se réjouit-il.

M. Gélinas souligne que du même coup, cela aidera les victimes situées dans la zone grise et incapables de vendre leur maison «car on saura à partir de quel taux les maisons s’endommagent.»

La professeure Josée Duchesne a amorcé des travaux de recherche sur la pyrrhotite en 2010 jusqu’en 2014, alors que le financement avait été interrompu.

La chercheuse de l’Université Laval et son équipe ont d’abord cherché à comprendre les effets de la pyrrhotite sur le béton. «On a développé des essais pour évaluer la présence de la pyrrhotite et voir si la pyrrhotite était dommageable dans les agrégats. Ensuite, on a développé un protocole qui est maintenant dans la norme canadienne, mais à titre informatif», précise-t-elle.

«Il reste à travailler beaucoup plus sur les tests et surtout à établir des limites fiables pour que le protocole puis être utilisé de façon à évaluer la qualité des granulats à béton», dit-elle.

Au terme des quatre années de recherches soutenues par la nouvelle chaire, la professeure Duchesne prévoit qu’on n’aura probablement pas encore tout appris de la pyrrhotite, mais on devrait avoir de bonnes avancées», dit-elle.

L’objectif, précise-t-elle, c’est de pouvoir donner des directives définitives aux organismes de normalisation, «mais on a déjà un protocole qui a été une grande avancée et qui fonctionne assez bien», dit-elle.

La professeure Duchesne estime que les avancées de la recherche canadienne pourront servir aux autres pays aux prises avec la pyrrhotite. Elle espère se procurer bientôt, grâce à une collaboration avec le Trinity College du Connecticut, des morceaux de diverses fondations endommagées par la pyrrhotite afin de peaufiner sa recherche.

«La pyrrhotite est un minéral qui n’a pas de composition fixe. C’est très variable au niveau de la composition, très variable au niveau du magnétisme, au niveau de la surface spécifique. Quand je parle de pyrrhotite, je ne peux pas parler d’une seule pyrrhotite malheureusement», explique-t-elle. C’est ce qui rend la recherche aussi longue et compliquée.

La Coalition prévoit une rencontre, le 11 janvier, avec le député Jean Boulet et possiblement la ministre Laforest. Il sera question du financement des tests de pyrrhotite effectués par les victimes et du soutien attendu du gouvernement si jamais le procès devait se rendre jusqu’en Cour suprême.