Près d’un puits privé sur cinq en Mauricie pourrait être contaminé par un niveau trop élevé de bactéries.

Puits privés d’eau potable: des analyses préoccupantes

Trois-Rivières — Une récente étude menée par l’organisme Bassin Versant Saint-Maurice (BVSM) afin de vérifier la qualité de l’eau des puits privés en Mauricie révèle des données préoccupantes sur la qualité de l’eau potable consommée par les résidents qui possèdent ce genre de puits. En rendant publiques ces données, l’organisme espère du même coup sensibiliser la population à l’importance de faire analyser la qualité de l’eau potable des puits et ce, deux fois par année.

Pour mener cette étude, BVSM a rencontré individuellement 250 propriétaires de puits dans huit municipalités de la Mauricie. Au total, ce sont pas moins de 18 % de l’ensemble des puits, qu’ils soient de surface, artésiens ou en pointes filtrantes, dont les échantillons analysés dépassaient les normes pour l’un ou l’autre des paramètres bactériologiques, soit les bactéries atypiques, les coliformes totaux et les bactéries entérocoque ou E. coli. Pas moins de 9 % des échantillons d’eau présentaient des indicateurs de bactérie E. coli. Par ailleurs, 42 % des puits de surface dépassent les normes de protection de la santé du Règlement sur la qualité de l’eau potable.

La présence de ces bactéries dans l’eau peut être liée à une installation septique déficiente ou à la présence de fumier ou d’animaux à proximité du puits. Ces bactéries dans l’eau entraînent souvent des problèmes de santé comme la gastro-entérite ou des infections de la peau.

Pour la coordonnatrice du projet à BVSM, ce sont des données très préoccupantes, d’autant plus que les rencontres avec les propriétaires participants ont permis de constater un manque flagrant d’information chez les propriétaires de puits, de même qu’une fastidiosité des démarches pour faire analyser l’eau des puits.

«C’est de la responsabilité des propriétaires de faire analyser l’eau de leur puits. Bien qu’il n’y ait pas d’obligation, la recommandation du ministère est de le faire au printemps et à l’automne, car le niveau de bactéries peut varier d’une année à l’autre. Mais l’absence d’un laboratoire d’analyse en Mauricie fait que les gens doivent faire les démarches auprès des laboratoires de Montréal ou Québec, faire venir les bouteilles, retourner les échantillons en courrier accéléré. Ça peut paraître fastidieux parfois», constate Mme Dufresne.

Cette dernière fait d’ailleurs remarquer que 94 % des participants dont l’eau était non conforme la qualifiaient pourtant de bonne ou très bonne. «On ne peut pas se fier à ses sens pour savoir si l’eau est potable. La seule façon de s’assurer de sa potabilité est de la faire analyser par un laboratoire», rappelle-t-elle.

Pour le professeur en géographie physique de l’UQTR spécialisé dans cette question, Stéphane Campeau, ces données viennent confirmer des données recueillies dans une plus vaste étude menée en 2009, et qui relatait qu’entre 10 % et 15 % des puits privés au Québec sont généralement contaminés. Pour M. Campeau, de tels constats devraient amener des initiatives pour faciliter la vie aux propriétaires qui s’approvisionnent à ces puits, soit tout près de 15 % de la population québécoise.

«Il devrait y avoir des mesures pour faciliter la démarche d’analyses en laboratoire, par exemple par le biais des municipalités. On a vite constaté que pour les propriétaires, ce n’était pas tant un problème de payer pour les tests, mais ils sont plus souvent freinés par les démarches qui peuvent paraître compliquées pour plusieurs. Si on pouvait mettre en place un système de facilitation, avec un contact par les municipalités et la gestion logistique par les organismes Bassin Versant, ça permettrait sans doute aux propriétaires d’avoir plus facilement accès aux tests», croit M. Campeau.