Nancy Déziel

Protection des rives: Shawinigan veut plus de pouvoirs

Souhaitant obtenir des outils supplémentaires du gouvernement fédéral pour protéger les rives et la qualité de l'eau de ses lacs et rivières, la Ville de Shawinigan vient d'adopter une résolution pour confirmer son appui à la MRC de Memphrémagog dans ses démarches pour mieux gérer la navigation de plaisance.
L'initiative a particulièrement attiré l'attention de la conseillère du district de la Rivière, Nancy Déziel, dont le territoire englobe notamment le lac des Piles. À chaque rencontre avec les membres lors des assemblées générales annuelles, elle entend les préoccupations des riverains.
«Les gens s'inquiètent de ce qui se passe sur le plan d'eau, la vitesse des bateaux, le wakeboard, les vagues qui peuvent éroder les berges, la prise d'eau», énumère-t-elle. «Or, notre capacité à intervenir est vraiment limitée, car c'est de compétence fédérale. On n'a pas la marge pour aller plus loin en ce qui concerne la circulation sur le lac ou sa protection. Quand j'ai vu passer cette résolution, je l'ai amenée au conseil et tout le monde était d'accord.»
La MRC de Memphrémagog a entrepris cette croisade depuis deux ans. En octobre, elle adoptait une nouvelle résolution pour solliciter l'attention du gouvernement fédéral sur cet enjeu. Jusqu'ici, près d'une vingtaine de municipalités ou de MRC ont confirmé leur appui.
Guy Jauron, directeur général de la MRC de Memphrémagog, explique que la démarche ne vise pas à réclamer le rapatriement de certains pouvoirs, mais plutôt à obtenir une délégation de responsabilités.
«Au cours des dernières années, nos municipalités auraient souhaité être en mesure d'appliquer des restrictions supplémentaires à la navigation de plaisance à des fins de protection de plans d'eau et pour la quiétude des riverains», raconte-t-il. «Le gouvernement fédéral a un guide des administrations locales du règlement sur les restrictions visant l'utilisation des petits bâtiments, qui permet aux municipalités de lui demander d'appliquer certaines restrictions à la navigation de plaisance. Chez nous, on en a depuis une vingtaine d'années, mais au fil du temps, force est de constater que la capacité d'obtenir des restrictions supplémentaires à certains plans d'eau est devenue assez laborieuse.»
La MRC a donc demandé au gouvernement fédéral de faire en sorte que les autorités locales obtiennent un autre levier pour se protéger des effets néfastes de certains types de navigation.
«Notre objectif est que les municipalités puissent avoir accès à une banque de règlements élaborés par le gouvernement fédéral», précise M. Jauron. «Ce serait sans doute plus simple de demander une délégation de compétence, mais comme on veut améliorer nos chances de succès, on formule des demandes qui ont une chance d'être reçues favorablement par le ministère des Transports.»
M. Jauron mentionne que les restrictions en vigueur depuis une vingtaine d'années ne suffisent plus dans le contexte d'aujourd'hui. Il n'est plus simplement question de vitesse, fait-il remarquer.
«Il y a de nouvelles pratiques de nautisme. Quand on parle de wakeboard ou wakesurf, ce sont des activités qui visent à créer des vagues importantes pour permettre aux planchistes de surfer. Quand c'est pratiqué dans les premiers 200 mètres des rives alors qu'on demande aux citoyens de reboiser et d'avoir un comportement exemplaire, ça peut détériorer assez rapidement les efforts qui ont été faits. On trouve ça malheureux de ne pas pouvoir agir.»
Intervention
Dans la MRC de Memphrémagog, trois patrouilles nautiques embauchées par les municipalités sillonnent ses quatre principaux lacs pendant l'été.
«Elles appliquent les restrictions déjà en vigueur», assure M. Jauron. «Mais en ce qui concerne leur capacité d'agir et d'intervenir chez ceux qui ont un mauvais comportement dans la bande riveraine, on n'a pas de règlement. On ne peut que faire de la sensibilisation. On aimerait que les autorités locales puissent disposer d'une certaine latitude pour imposer des restrictions supplémentaires, tout en reconnaissant la compétence du gouvernement fédéral.»
«La sensibilisation, ça réussit, mais ça a ses limites», glisse-t-il. «Il y a toujours des récalcitrants qui vont à l'encontre de ce qui est demandé. Quand on n'a pas d'outils coercitifs, ça devient usant un peu!»
Mme Déziel reconnaît que l'application de ces éventuels pouvoirs devra être discutée à Shawinigan.
«Chaque année, la Sûreté du Québec nous demande vers quoi veut-on mettre l'accent, au-delà des principales priorités», explique-t-elle. «Si le conseil trouve que c'est important, il peut demander qu'un accent soit mis là-dessus. Nous avons ce moyen à notre disposition. Est-ce qu'il pourrait y en avoir d'autres? Ce serait à déterminer par le conseil.»