On voit sur la photo: Julie Rock, directrice des services sociaux Atikamekw Onikam, Constant Awashish, Grand chef de la nation atikamekw, Yann Gélinas, directeur général du Conseil de la nation atikamekw et Alice Cleary, directrice de la protection sociale.

Protection de la jeunesse atikamekw: «C’est le vrai grand jour»

LA TUQUE — C’était une journée attendue pour le Conseil de la nation atikamekw (CNA). Désormais, le CNA assurera une pleine autonomie en matière de protection de la jeunesse pour les communautés de Wemotaci et de Manawan. C’est la Directrice de la protection sociale atikamekw (DPS) qui se substitue désormais au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ).

«C’est le vrai grand jour. Depuis minuit on est totalement autonome. C’est notre système qui est 100 % effectif sans aucune imputabilité envers la DPJ. La période de transition est terminée. Nous n’avons plus de compte à rendre» a mentionné Constant Awashish, grand chef de la nation atikamekw.

«Les jeunes sont très importants pour nous. Près de 75% des membres sont plus jeunes que moi. Il faut les aider et développer les meilleures ressources possible pour aider ces jeunes-là», a-t-il ajouté.

Rappelons que le 29 janvier 2018, une entente avait été convenue entre le CNA et le gouvernement du Québec. On soutient que le processus, qui précède l’entrée en vigueur de cette entente, s’étend sur plus de 20 ans d’expérimentation et a permis de bâtir un dispositif propre aux Atikamekws et enrichi d’une proximité culturelle et linguistique absolument essentielle à la qualité des interventions.

«Il est difficile d’envisager l’avenir d’une nation sans une responsabilité assumée sur sa jeunesse. Nous célébrons aujourd’hui cette nouvelle autonomie avec le sentiment d’un immense accomplissement et d’une grande fierté», a mentionné Constant Awashish.

Ce dernier soutient que l’approche du système est très différente et beaucoup plus humaine que le système québécois.

«On essaie de garder ça entre nous. […] Chez nous, c’est l’approche traditionnelle, la communication, régler le problème à la source et tout ça. Dans le système québécois, c’est comme un système criminel. C’est presque une punition. On ne se reconnaissait pas du tout là-dedans», a commenté M. Awashish.

«C’est une approche totalement différente. L’enfant va faire face à une institution alors que dans le système d’intervention atikamekw, il va faire face à lui-même, à la réalité autour de lui, à la communauté, mais le parent aussi», a-t-il ajouté.

Lors de la signature de l’entente, seuls les chefs des communautés de Manawan et de Wemotaci étaient présents. La communauté d’Opitciwan ne fait toujours pas partie de l’entente.

«Il y a beaucoup de gens à Opitciwan qui veulent la même chose. On va travailler avec eux pour les inclure également», a mentionné le grand chef.

L’actualisation de la politique sociale atikamekw

Le CNA a tenu à rappeler son engagement, qui est le sien depuis le milieu des années 90, à acquérir son autonomie en matière de protection de la jeunesse. Cet engagement a notamment mené à l’adoption de la Politique sociale atikamekw. Son actualisation, permise par l’entrée en vigueur de l’entente signée en début d’année, ouvre la voie à une «action beaucoup plus cohérente».

Appuyée d’un comité de suivi dont les membres seront désignés par le CNA et le gouvernement du Québec, la Directrice de la protection sociale atikamekw (DPS) se substitue désormais au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ).

«Nous avons développé, au fil des années, un modèle d’intervention sociale conçu par les Atikamekws et pour les Atikamekws, conformément à leurs références ancestrales. Nous souhaitons remercier l’ensemble des partenaires qui ont participé à la conciliation entre les droits et les lois du Québec et la construction d’une approche qui réponde spécifiquement aux besoins de notre jeunesse», a ajouté Julie Rock, directrice des services sociaux Atikamekw Onikam.

«Les bénéficiaires qui requièrent nos services à l’enfance et à la jeunesse vivent, comme partout ailleurs, des situations de grande fragilité. Leur protection passe aussi par un entourage qu’ils reconnaissent et par l’abri de leur propre culture. Le seul fait que la langue atikamekw soit au cœur du dispositif multiple les chances d’une action constructive», selon Alice Cleary, directrice à la protection sociale.

Une expérience à partager

Première nation autochtone à avoir signé au Canada une entente en matière de protection de la jeunesse, la nation atikamekw se dit maintenant forte d’une expérience et d’une expertise qu’elle se doit de mettre au service de toutes les communautés et de toutes les nations souhaitant bénéficier de ce précédent historique.

«Alors que l’Organisation des Nations Unies célèbre également aujourd’hui la Journée mondiale de l’enfance, le 20 novembre rappellera la détermination de notre nation à prendre le plus grand soin de nos enfants et, plus largement, à défendre l’identité profonde des autochtones», a conclu Constant Awashish.