L’incertitude autour de l’ouverture des terrains de camping au Québec pèse lourd sur les propriétaires de ces sites et les campeurs.
L’incertitude autour de l’ouverture des terrains de camping au Québec pèse lourd sur les propriétaires de ces sites et les campeurs.

Propriétaires et campeurs s’impatientent

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Alors que Québec permettra la réouverture de certains centres d’activités sportives extérieures prochainement, il n’y a toujours aucune date d’ouverture des terrains de camping en vue. Les campeurs s’impatientent, de même que les propriétaires de terrains de camping, qui jugent être prêts à ouvrir tout en respectant les consignes de distanciation sociale et les mesures sanitaires générales recommandées par la Santé publique.

«Le moral ne va pas bien chez les entrepreneurs, ni chez les campeurs, ni de notre côté. Depuis le jour un, on a fait tous les efforts nécessaires, on a préparé un guide de mesures à respecter en temps de pandémie et on nous dit qu’on n’a toujours pas le feu vert. On peut comprendre que la crise dépasse le simple secteur du camping, mais les entrepreneurs sont dans une grande insécurité, alors qu’on a la chance de pouvoir sauver ce domaine d’activité sans pour autant compromettre la santé publique», estime Simon Tessier, président-directeur général de Camping Québec.

M. Tessier affirme que le gouvernement du Québec est bien au fait des efforts qu’a faits son association pour proposer une réouverture sécuritaire des campings. Il s’attendait d’ailleurs à une annonce portant sur son secteur cette semaine. Il s’explique mal le silence radio de Québec.

«On a fourni tout ce qu’on avait à fournir. Je peux comprendre les craintes et que le gouvernement a des décisions pas faciles à prendre. Je leur lève mon chapeau, ce n’est pas facile de gérer cette pression. Mais il donne de l’aide aux entreprises à gauche et à droite, alors que mon secteur, on peut le sauver maintenant, en toute sécurité», réitère-t-il.

Le PDG de Camping Québec affirme par ailleurs que si on les prive de leur saison 2020, plusieurs propriétaires de campings risquent de devoir mettre la clé sous la porte de leur établissement. Il rappelle que certains ont investi des sommes importantes pour moderniser et bonifier leurs installations au cours des dernières années, des investissements qu’il faut amortir.

«On traite avec des entrepreneurs qui pleurent, qui nous crient après. On accepte ça, parce qu’on n’a pas d’autre choix, on les comprend. Si ça se prolonge trop, on va perdre des joueurs, c’est inévitable. On a des entrepreneurs courageux, on veut en perdre le moins possible au combat», plaide M. Tessier.

Ce dernier rappelle que le camping est avant tout une activité familiale. Le risque de contamination des autres campeurs est donc selon lui très limité, si les mesures proposées par Camping Québec sont appliquées.

«Le risque est minime si c’est dans une roulotte, dans une même cellule familiale, si on respecte la distanciation et qu’on ferme les lieux communs et certaines infrastructures», estime-t-il.

«On se prépare à tout»

Patrick Bellemare, propriétaire du camping H2O de Trois-Rivières, dans le secteur de Pointe-du-Lac, se prépare pour sa part à toute éventualité.

«On se prépare à tout. On se prépare à l’ouverture, même si on sait que ce ne sera pas comme les autres années», indique-t-il.

H2O, qui compte également un parc aquatique et une piste de karting, fait partie des sites qui ont investi dans leurs installations récemment. Malgré tout, si cette saison tombe à l’eau, M. Bellemare assure que son entreprise n’est pas en danger.

«Peu importe ce qui arrive, on sera encore là l’an prochain», promet-il.

Le camping, avec ses trois secteurs d’activité, emploie habituellement 85 personnes.

«On prendra ça comme ça viendra»

Du côté de l’Aire Nature Grandes-Piles, tout le monde est également en attente d’un signe provenant de Québec. Mais puisqu’il s’agit d’un organisme à but non lucratif, sa présidente Kathleen Luyat se dit plus zen face à l’incertitude.

«On est plus serein, parce que ça représente moins de problèmes de trésorerie que pour d’autres. Qu’il y ait ouverture ou pas, on prendra ça comme ça viendra», indique-t-elle.

Malgré son optimisme, il est peu probable que le site demeure ouvert aux clients si le camping, qui ne compte que 23 emplacements, ne peut être ouvert. Bien que le kayak et la randonnée, deux activités offertes sur le site, pourront être pratiqués, les revenus qu’ils génèrent risquent d’être insuffisants pour assurer le fonctionnement de l’endroit sans subir de pertes.

«Ça serait difficile, parce qu’on n’a pas de revenus suffisants pour survivre. On ne vivra pas que des locations d’équipement», souligne-t-elle.

«Ça risque de faire mal»

Du côté du Parc de la rivière Batiscan, dans la MRC des Chenaux, le personnel s’affairait jeudi à préparer le terrain en vue de la réouverture de certaines activités, notamment la randonnée, le vélo de montagne et le canot/kayak. L’absence de date d’ouverture du camping demeure cependant une épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’organisme.

«On s’autofinance à 85 % et le camping représente 60 % de nos revenus. Si ça ne rouvre pas, ça risque de faire mal», prévient Nicole Robert, directrice générale.

Pour le moment, la date de l’ouverture du camping, prévue le 15 mai, a été repoussée au 29 mai, en attendant d’avoir une «vraie» date.

«On a réussi à contacter tous les gens qui avaient réservé entre le 15 et le 28 mai, ce qui représente 6 % des réservations prises à date. À peu près le tiers des gens ont préféré annuler complètement, un autre tiers a accepté de déplacer leur réservation à une date ultérieure et le dernier tiers a dit ne pas encore avoir décidé quoi faire», précise Mme Robert.