Voilà à quoi ressembleront les futures installations du ProjetBécancour.ag.

Projet «positif» de 1,3 G$ à Bécancour

BÉCANCOUR — La construction d’une usine intégrée de production d’urée et de méthanol dans le parc industriel de Bécancour faisait l’objet mercredi d’une séance de consultation publique à l’Auberge Godefroy. On y dévoilait les résultats préliminaires de l’étude d’impact environnemental réalisé par SNC-Lavalin, qui se veulent rassurants pour la concrétisation de ce projet évalué à 1,3 milliard de dollars.

Dans la première partie de la soirée, des kiosques étaient aménagés pour permettre aux gens d’échanger avec les spécialistes. Par la suite, quelque 80 participants ont assisté à une présentation officielle du projet qui fut suivie d’une période de questions. 

Certaines d’entre elles portaient sur le comportement du marché de l’urée et du méthanol, l’alimentation potentielle en gaz de schiste, la quantité maximale d’ammoniac, les raisons des prévisions de croissance pour l’urée, les possibles obstacles à la réalisation du projet et le recours à des entrepreneurs locaux.


«Je suis très positif et confiant. Du point de vue financier, on combine deux produits plutôt qu’un et au plan environnemental, il y a des gains. Comme il avait été accepté, je ne vois pas pourquoi il y aurait des problèmes. Et un investissement de 1,3 milliard de dollars, ça fait longtemps qu’on n’a pas eu ça à Bécancour», a commenté le maire Jean-Guy Dubois, qui a eu droit à la présentation du ProjetBécancour.ag mardi.

L’étude évalue justement les différentes facettes de la construction de deux usines en une: une vouée à la production d’urée et une seconde au méthanol. Ces installations offrent des avantages considérables sur les plans économique, énergétique et environnemental.

ProjetBécancour.ag est une nouvelle mouture du projet d’usine d’urée d’IFFCO Canada, qui avait été mis en veilleuse en 2015 en raison de divers changements et de conditions économiques défavorables. Les partenaires d’IFFCO Canada (La Coop fédérée et le gouvernement du Québec par l’entremise de son mandataire Investissement Québec, avec un soutien minoritaire de la société Indian Farmers Fertiliser Cooperative Limited) se sont associés à Développement Nauticol Québec pour intégrer sur le même site une usine de méthanol à l’usine d’urée prévue initialement.

L’urée est un fertilisant utilisé par les producteurs agricoles québécois, qui l’importent actuellement de l’étranger. Le méthanol est pour sa part un produit chimique utilisé dans une pléiade de produits de consommation.

En ayant recours aux meilleures technologies pour minimiser l’impact environnemental de son concept intégré et en combinant deux usines (méthanol et urée) en une, ProjetBécancour.ag réutilise environ 55 % des GES produits par le méthanol comme matière première à la fabrication d’urée.


Or, le projet intégré produira environ 630 000 tonnes de CO2 par an. «C’est un impact jugé fort», a admis Lina Lachapelle, de SNC-Lavalin. Du même souffle, elle a souligné que deux usines séparées émettraient environ 930 000 tonnes de CO2 par an. 

Selon l’étude d’impact, le concept d’usine combinée réduit de 12 % les émissions de GES par tonne de produit fini, par rapport au projet précédent d’IFFCO Canada, qui avait obtenu le feu vert des instances environnementales en 2015. Et cela réduit de 50 % le débit d’eau traitée retourné au fleuve Saint-Laurent.

En plus d’émettre des concentrations de polluants atmosphériques inférieures aux Normes et critères québécois de qualité de l’atmosphère, il aura peu d’impacts sur le milieu naturel, en raison de la vocation industrielle du lieu (ancien site de Norsk Hydro).

Par ailleurs, ProjetBécancour.ag s’engage à contrôler toutes les facettes des opérations pour réduire les risques que peut présenter la manutention des substances dangereuses à l’usine.

Aucun réservoir d’entreposage d’ammoniac et de gaz naturel sur le site, mise en place de mesures de contrôle et surveillance des opérations 24 heures sur 24 par des opérateurs qualifiés, création d’une brigade d’intervention qui sera formée de personnel de l’usine et élaboration avec les organismes locaux de plans afin de compenser la perte de milieux humides et d’habitats du poisson: voilà d’autres mesures envisagées par le promoteur.

Matthew Scorah, directeur technologies, Nauticol Québec Ltée, et Lina Lachapelle, directrice de projets, Environnement et Géosciences, SNC-Lavalin, faisant la présentation du ProjetBécancour.ag.

Sur le plan économique, le concept intégré contribue à la solidité du projet, puisque les marchés de l’urée et du méthanol ont des cycles économiques complémentaires. Le projet contribuera à développer l’économie locale et offrira de nouvelles occasions d’affaires et d’emploi à la population et aux entreprises de la région. Jusqu’à 840 emplois seront créés pendant la construction et environ 200 personnes seront en poste lorsque l’usine ouvrira ses portes à la fin de 2022.

Par ailleurs, ProjetBécancour.ag contribuera à la prospérité des familles agricoles québécoises en leur garantissant l’approvisionnement en engrais et fournira du méthanol à un prix compétitif aux manufacturiers québécois.

Enfin, les retombées économiques pour le Québec sont évaluées à 438 M$ pendant les travaux de construction et à 72 M$ pendant la mise en opération de l’usine.

«L’étude d’impact environnemental sera déposée d’ici la fin de l’année au gouvernement du Québec. Les audiences du BAPE sont prévues en 2019. Suite à l’approbation du gouvernement, la construction de l’usine pourrait débuter en 2020 et sa mise en service, démarrer à la fin de 2022», a précisé Matthew Scorah, de Nauticol Québec Ltée.

Rappelons qu’en 2014, le gouvernement du Québec avait donné à IFFCO Canada l’autorisation de construire et d’exploiter une usine d’urée, un engrais azoté, dans le parc industriel de Bécancour. En raison de divers changements et de conditions économiques défavorables, le projet a été mis en veilleuse en décembre 2015. En décembre 2017, le projet a redémarré en intégrant sur le même site une usine de méthanol à l’usine d’urée prévue.