Le chantier du projet «El Franco» a été arrêté temporairement par la Municipalité, car l’entrepreneur opérait sans permis.
Le chantier du projet «El Franco» a été arrêté temporairement par la Municipalité, car l’entrepreneur opérait sans permis.

Projet «El Franco» dans Mékinac: le chantier arrêté par la Municipalité, la SQ intervient

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rives — Le chantier du projet «El Franco» de l’entrepreneur François Veillette ne va pas aussi rondement que ce que l’entrepreneur témoignait la semaine dernière. La Municipalité de Trois-Rives a en effet fait fermer temporairement le chantier sur les rives du lac Cadotte puisque l’entrepreneur a commencé la construction de maisons sur des terrains alors qu’il ne détenait pas encore de permis de la Municipalité pour le faire.

L’inspecteur municipal s’est rendu sur les lieux vendredi afin de vérifier la conformité des travaux, et a constaté que la construction avait débuté sans qu’un permis ne soit émis. L’arrêt du chantier a donc été exigé, fait savoir le maire de Trois-Rives, Lucien Mongrain.

Par ailleurs, l’intervention de la Sûreté du Québec a été nécessaire sur les lieux, selon plusieurs sources, des informations confirmées par l’entrepreneur, qui clame ne pas comprendre pourquoi les policiers ont été demandés sur les lieux. La Municipalité et l’inspecteur au dossier n’ont toutefois pas voulu commenter cette information. Impossible donc de savoir si leur intervention a été demandée à la suite de menaces, par exemple. La Sûreté du Québec ne confirme pas si une plainte a bel et bien été déposée ou non.

On se souviendra que François Veillette avait déménagé son projet d’hôtel «El Franco» dans Mékinac, après un refus de la Ville de Trois-Rivières de modifier le zonage d’un terrain à l’intersection des boulevards des Récollets et Jean-XXIII. Le projet est finalement passé d’un hôtel à la construction de maisons de luxe qu’il souhaite pouvoir louer sur la plateforme Airbnb.

Or, contrairement à ce qui avait été mentionné la semaine dernière, les seize terrains convoités ne sont pas tous sur les rives du lac Cadotte, mais bien un peu partout dans Mékinac, rectifie le promoteur. Au lac Cadotte, M. Veillette vise l’achat de quatre terrains, mais a commencé la construction sur au moins un de ces terrains alors que la vente n’a pas encore été notariée.

L’entrepreneur refuse pour le moment de dévoiler où se trouvent les douze autres terrains convoités dans la région de Mékinac.

«La faute de la Municipalité»

Alors qu’il affirmait avoir eu une bonne collaboration de la Municipalité de Trois-Rives la semaine dernière, François Veillette se défend maintenant en soutenant que c’est la faute de la Municipalité si le permis n’a pas été émis et si la vente n’a pas été complétée. Selon lui, la Municipalité a tardé à lui émettre le permis en raison d’un problème avec le système informatique lié au télétravail. Un courriel envoyé par la Municipalité, nous montre-t-il, démontrait que dès que le problème informatique serait réglé, le permis lui serait délivré. En outre, il souhaitait procéder rapidement avant que l’hiver n’arrive pour ne pas endommager la structure.

L’entrepreneur François Veillette soutient que c’est la faute de la Municipalité si son permis n’a pas été émis.

Or, quand nous lui faisons remarquer que selon la loi, il n’avait pas l’autorisation d’entamer les travaux sans permis, il indique que selon lui, cette cause serait recevable devant les tribunaux.

«C’est de leur faute. Moi, une fois que les commandes de matériaux sont passées, je ne peux plus arrêter les camions. Ils étaient sur le point de délivrer le permis mais ont eu des problèmes à cause de la COVID. Je considère que c’était un cas de force majeure et que la Municipalité aurait dû faire preuve de flexibilité», ajoute-t-il. François Veillette indique que le même problème informatique a causé le retard dans la délivrance de documents nécessaires à la finalisation de la vente chez le notaire, ce qui expliquerait, selon lui, la raison pour laquelle il a commencé des travaux sur un terrain non encore notarié.

À la Municipalité, on préfère pour le moment ne pas commenter le dossier davantage, indiquant seulement vouloir trouver une façon de bien faire avancer le dossier avec l’entrepreneur et de régulariser la situation. L’entrepreneur, quant à lui, indique avoir mandaté une avocate de Montréal pour agir comme médiatrice dans le dossier.

D’autres interventions liées à des vérifications en matière d’environnement auraient aussi été menées, mais il n’a pas été possible d’en confirmer la nature auprès de la Municipalité. François Veillette, pour sa part, mentionne qu’il a mandaté un biologiste pour s’assurer que tout soit conforme, et indique avoir l’intention de faire valoir ses droits. Vendredi, il a publié sur sa page Facebook personnelle le nom de deux personnes ayant questionné ses pratiques, les insultant et faisant valoir qu’il avait l’intention de poursuivre quiconque nuirait à sa réputation ou au projet. Cette publication a depuis été retirée de sa page Facebook.

Interpellée sur le dossier par Le Nouvelliste, la Commission de la construction du Québec (CCQ) a indiqué être déjà au fait de la situation et suivre le dossier. «La Commission de la construction suit la situation relative au chantier que vous évoquez. Les procédures normales seront mises en œuvre pour assurer l’application de la Loi R-20 et des conventions collectives sur ce chantier», indique Mélanie Malenfant, porte-parole de la CCQ.

Dans le passé, alors qu’il travaillait pour Construction Mont-Sainte-Adèle, l’entrepreneur avait aussi eu certains démêlés avec la CCQ.