Le PDG de l’entreprise Gestion 3LB, Louis-Marc Bourgouin, a tenu une rencontre d’information concernant son projet de site de décontamination de sols contaminés dans le parc industriel de Bécancour.

Projet de 70 M$ à Bécancour

Trois-Rivières — Le parc industriel de Bécancour pourrait bientôt accueillir les terres contaminées de plusieurs municipalités du Québec. L’entreprise Gestion 3LB espère lancer un projet de 70 M$ afin de devenir l’un des chefs de file du domaine en province.

L’entreprise, qui possède déjà un site dans le parc industriel de Bécancour, espère tripler sa superficie pour être en mesure de continuer ses opérations. Gestion 3LB est une filiale d’Enfoui-Bec, qui possède déjà trois sites ailleurs en région et qui est en activité depuis 35 ans.

«Notre site est à maturité et on veut se renouveler. Ça nous donne l’opportunité d’aller dans un secteur industriel. Bécancour a un bon potentiel et c’est proche de tout. Au Québec, il n’y a pas beaucoup de sites qui offrent le traitement des sols contaminés. Il y en a cinq et deux sont en voie de fermeture. On devient une bonne alternative», explique le PDG de l’entreprise, Louis-Marc Bourgouin.

Or, selon les études, le site de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, grâce à sa position centrale au Québec, son accès par l’autoroute afin d’éviter de transporter des terres contaminées à travers les quartiers résidentiels, mais surtout, parce que son sol est fait d’une épaisse couche d’argile, un matériel essentiel afin d’aménager les cellules qui permettront d’enfouir les terres contaminées qui n’ont pu être traitées.

Le site retenu est situé en bordure de la route 161, à près de trois kilomètres de l’autoroute 30. Gestion 3LB y a déjà une installation. Avec une taille de 10 hectares, on espère pouvoir y enfouir des terres contaminées sur une superficie de 15 terrains de football, et ce, pendant 40 ans.

«Ça assurerait la pérennité de l’entreprise et c’est notre plus gros projet. On ne parle pas d’addition d’employés, mais nous voulons maintenir ces emplois. Peut-être que quelques-uns vont s’ajouter. Ce sont de bons emplois, de gens qui ont développé une expertise», rappelle M. Bourgouin.

Des cellules étanches
Le projet que caresse Gestion 3LB est d’accueillir les sols contaminés de multiples municipalités au Québec. La Mauricie ne représente que 3 % de ce marché potentiel, alors que la région de Montréal et de la Montérégie est de plus de 50 %. Il s’agit principalement de terres qui ont été contaminées par des produits chimiques, par exemple des hydrocarbures, de l’huile ou des métaux, et dont les villes veulent se départir lors de projets de construction.

Le traitement se déroule sous un abri, à l’extérieur, lors duquel on augmente la biomasse à l’intérieur des terres contaminées afin de laisser les bactéries détruire les produits nocifs. L’entreprise estime que 80 % des terres pourront être décontaminées en grande partie. Quant à l’eau qui s’y trouvait, elle sera assainie et retournée dans la nature par un ruisseau situé à l’extrémité du site. C’est le 20 % restant qui cloche et qui devra être enfoui, ce qui nécessitera la construction de huit cellules étanches grâce à diverses toiles géotextiles. Partiellement encastrées dans l’argile, elles seront par la suite recouvertes par les terres décontaminées précédemment. À la suite de la fermeture du site, dans 40 ans, un suivi est prévu pendant les 30 années suivantes.

«C’est une activité qui est réglementée au Québec. On sait comment concevoir la cellule, la construire et l’exploiter. Il y a énormément d’exigences réglementaires et le site qui a été choisi répond aux exigences en ce qui a trait à la protection des eaux souterraines. Il n’y a pas de prise d’eau potable et il y a une bonne distance des habitations», indique Nathalie Leblanc, biologiste pour Pesca Environnement, une firme de consultants qui a permis à l’entreprise de créer le projet.

Car, lorsqu’il est question de sols contaminés, il est fort possible qu’une portion de la population se raidisse devant le projet. Gestion 3LB devra d’ailleurs faire une demande au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement avant d’aller de l’avant avec son projet, prévu pour 2020. C’est pourquoi l’entreprise a tenu mercredi soir une première séance d’information à ce sujet à l’église multifonctionnelle de Bécancour. Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, en a profité pour s’informer sur le projet, qu’il voit d’un bon œil.

«Quand on se décontamine, c’est un aspect positif. Il y a des milliers de stations d’essence au Québec. Leurs sols sont laissés dans l’environnement et personne n’y porte attention. Ça fait partie d’une stratégie environnementale qu’on doit mettre de l’avant au Québec.»

Le premier magistrat, qui a une bonne opinion de l’entreprise, estime toutefois qu’il s’agirait du seul projet de la sorte à pouvoir s’installer à Bécancour.

«Ce que je souhaite, c’est qu’il n’y ait pas de site orphelin comme ce qu’on a vu sur le chemin Louis-Riel, où tous les produits sont allés dans le sol, martèle-t-il. J’ai confiance en ce projet, mais ça ne peut pas aller plus loin. C’est une question d’urbanisme, mais aussi psychologique. Devenir la poubelle du Québec, personne ne souhaite ça.»