Les arguments des citoyens de la rue Saint-Exupéry ont convaincu les élus de Shawinigan d’abandonner une modification au zonage pour faciliter un projet d’affaires. Parmi eux, on retrouve Réjean Paquin, Pauline Désaulniers, Nicole Racicot, Céline Carpentier et Pierre Gélinas.

Projet d’agrandissement d’un gîte au lac à la Tortue: le projet anéanti par une mobilisation citoyenne

Shawinigan — Inquiets de voir la quiétude de leur quartier perturbée par un projet d’agrandissement d’un gîte touristique sur les rives du lac à la Tortue, des citoyens ont convaincu le conseil municipal de ne pas poursuivre les démarches pour permettre l’ajout de chambres sur deux lots. Un investissement d’au moins 300 000 $ qui tombe à l’eau, déplore la propriétaire du site, Jeanne Charbonneau.

Actuellement, le Gîte du lac à la Tortue propose cinq chambres aux visiteurs. La femme d’affaires vient de faire l’acquisition d’une maison voisine en rénovation pour augmenter sa capacité d’accueil. Dans son projet initial, elle souhaitait offrir jusqu’à une vingtaine de chambres sur deux lots.

Pour rendre le zonage conforme à ces nouvelles modalités, le conseil municipal de Shawinigan avait entrepris l’adoption d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI). Une première version a été adoptée en séance extraordinaire le 25 mars.

Une assemblée publique de consultation était présentée le 8 avril, mais en raison du mauvais temps, seulement trois citoyens s’étaient déplacés. Le conseil municipal avait noté certaines réserves. De concert avec Mme Charbonneau, le projet avait été réduit à une capacité maximale de 16 chambres, soit huit sur chaque lot.

Les élus ont pris connaissance de l’appréciation de cette nouvelle proposition en assemblée spéciale, lundi. Cette fois, huit résidants se sont déplacés et pendant une cinquantaine de minutes, ils se sont relayés au micro pour communiquer leurs inquiétudes.

Le Gîte du lac à la Tortue est situé sur la rue Saint-Exupéry, une voie plutôt étroite. En haute saison touristique, les citoyens vivent déjà les inconvénients des visiteurs stationnés dans la rue, ce qui perturbe leur environnement. À certains moments, ils déplorent également le volume élevé de la musique. Voisine immédiate du gîte, Nicole Racicot raconte que des touristes se sont déjà installés sans trop de réserve sur sa plage.

Après cette assemblée spéciale, les élus se sont réunis en séance privée et en sont venus à la conclusion que le projet d’agrandissement, même réduit, ne franchirait pas l’acceptabilité sociale. Ils ont donc décidé de mettre fin au processus d’adoption du PPCMOI. En conséquence, l’avis public portant sur une demande d’approbation référendaire, prévu vendredi, ne sera tout simplement pas publié. Le conseil municipal adoptera une résolution, lors de la séance publique du 14 mai, pour confirmer l’arrêt des procédures.

«On sait très bien qu’une mobilisation s’est installée», commente le maire, Michel Angers. «Plutôt que de laisser une procédure se poursuivre, en sachant très bien sa finalité, on préfère laisser faire le projet.»

Des citoyens ont appris ce retournement de situation de la bouche du Nouvelliste, mercredi matin. Visiblement satisfaits, ils préfèrent néanmoins attendre la confirmation lors de l’adoption de la résolution, le 14 mai, avant de trop s’emballer. En fait, l’acquisition d’une maison sur le terrain contigu fait toujours craindre aux résidants l’augmentation de la capacité d’accueil, même si le projet initial est abandonné.

«Ce n’est pas encore clair», prévient Pauline Désaulniers. «On ne connaît pas le nombre de chambres, il y a toujours deux bâtiments. Pour moi, ça reste à préciser. Par contre, on est content que l’expansion soit limitée.»

«Ça n’avait pas de bon sens», renchérit Céline Carpentier. «Compte tenu de la largeur de la rue, ce n’était pas cohérent. Il reste à savoir ce qu’ils vont faire exactement.»

«Je pense qu’on ne prendra pas de chance», glisse Mme Racicot. «On va recueillir nos signatures quand même, au cas où ce ne soit pas abandonné. Va-t-elle représenter le projet sous une autre forme?»

Pas intéressant

Martin Asselin, conseiller du district des Boisés, avoue avoir été surpris par les propos entendus lors de l’assemblée extraordinaire de lundi. Comme élu, il se trouvait entre l’attrait d’un investissement dans son secteur et la qualité de vie du voisinage.

«On veut le bien de tout le monde», commente-t-il. «Au début, je trouvais que le projet cheminait bien. Mais l’achat du deuxième lot changeait la donne. Avec ce que les voisins disaient, le référendum n’était pas une option.»

Pour Mme Charbonneau, la décision du conseil municipal ne semblait pas représenter un si grand choc, puisqu’elle avait elle-même décidé de mettre fin à son projet devant la contestation qui se dessinait.

«J’avais décidé de retirer le PPCMOI», commente-t-elle. «Le contexte était trop difficile. Je n’ai pas envie de me battre. J’ai une belle petite entreprise, mais je n’ai pas envie de dépenser de l’énergie là-dessus. Je vais monter des projets d’affaires plus porteurs que celui-là. J’ai envie de faire des choses positives dans ma vie, pas d’alimenter des controverses. Je vais simplement continuer à faire ce que j’ai le droit de faire.»

Mme Charbonneau précise qu’elle prévoyait un investissement de plus de 300 000 $ pour l’agrandissement de son gîte et la création de six emplois.

«Si on veut vraiment être une ville d’entrepreneuriat, il faut laisser les entrepreneurs faire leurs projets!», suggère-t-elle. «Comme la majorité des entrepreneurs, je veux juste avoir le moins de problèmes possible et des expériences positives.»