La députée Marwah Rizqy entourée des présidents Jean-Yves Laforest, à gauche et Claude Lessard.

Projet d’abolition des élections scolaires: sérieuses inquiétudes chez les présidents

Trois-Rivières — «Le projet de loi 40 ne présente aucune valeur ajoutée au niveau de la réussite scolaire. En aucun endroit on ne trouve comment on va améliorer la réussite scolaire», déplore le président de la Commission scolaire de l’Énergie, Jean-Yves Laforest. Le président de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Claude Lessard, craint pour sa part une «diminution de la diplomation au Québec» si cette loi est adoptée.

Les deux présidents ont pris part, lundi matin à une rencontre convoquée par la porte-parole libérale en matière d’éducation, d’enseignement supérieur et de stratégie numérique, la députée Marwah Rizqy. Cette dernière a amorcé, en Mauricie, une consultation qui la mènera aussi à Sherbrooke, vendredi, puis vers les Laurentides afin de mesurer les conséquences de l’abolition de la structure politique des commissions scolaires.

Au terme de plusieurs heures d’une rencontre qui réunissait également les présidents et présidentes des commissions scolaires du Centre-du-Québec, à l’exception de la Commission scolaire la Riveraine qui n’avait pas de représentant, la députée Rizqy constate que le projet du ministre Jean-François Roberge consiste à «beaucoup centraliser les pouvoirs à Québec, loin de la réalité régionale».

Si ces pouvoirs régionaux sont envoyés «au Complexe G, à Québec, alors on est très loin des élèves, très loin des enseignants, très loin des directions d’écoles et très loin des Québécois», fait-elle valoir. «On ne peut pas dire qu’on va anéantir un palier de pouvoir parce que les gens ne votent pas assez, au contraire, il faut donner des outils», plaide-t-elle. Cela peut passer par de la publicité ou le vote électronique, illustre-t-elle.

Jean-Yves Laforest indique que plusieurs exemples concrets de réussites survenues grâce à l’intervention des élus scolaires ont été présentés à la députée. «On craint beaucoup pour les petits milieux, les petites écoles. Il y en a beaucoup à la Commission scolaire de l’Énergie et l’on pense que l’absence de représentation de ces milieux-là directement par des élus va nuire considérablement», s’inquiète-t-il.

Le président Lessard, pour sa part, explique que le gouvernement veut «décentraliser les activités administratives vers les établissements. Or, on sait que nos directions d’établissements sont nos leaders pédagogiques. Donc, plus on transférera de tâches administratives dans les écoles, moins ces gens-là auront le temps d’accompagner les enseignants et les professionnels. Ça devient un enjeu majeur», souligne-t-il. «Je pense qu’il y aura des résultats importants négatifs à court terme», craint-il.

La députée Rizqy est donc en quête du pouls des régions et veut «avoir des exemples concrets sur le rôle des commissaires, ce qu’ils font. Le ministre Roberge va remplacer les élus par des fonctionnaires, avec le gros prix», souligne-t-il.

Si les directions d’écoles se retrouvent avec plus de responsabilités, auront-elles plus d’argent? «La question se pose. Alors où sont vraiment les économies?», demande-t-elle.

La députée croit que le ministre Roberge ne réalise pas certaines choses. «On travaille avec nos partenaires pour la réussite éducative et dans ce projet de loi, je n’ai vu nulle part les mots ‘réussite éducative’», souligne-t-elle.

La députée croit aussi que ce projet de loi pourrait avoir plus d’effets néfastes dans les régions que dans les grands centres, car «dans la Loi sur l’instruction publique, il est prévu que les commissions scolaires ont un rôle, dans leur mission régionale, de développement économique régional», rappelle-t-elle. Or, qu’adviendra-t-il avec l’éducation aux adultes qui travaille avec les partenaires d’affaires pour les stages et formations continues, se demande-t-elle. «Au lieu d’aller à New York, peut-être que si M. Roberge se promenait davantage au Québec, il pourrait réaliser qu’on fait de belles choses ici», fait valoir la députée Rizqy.

Claude Lessard estime qu’un conseil scolaire a sa place «entre autres pour la répartition des ressources matérielles, humaines et financières. Il y a un danger énorme pour les petits territoires. «À Chemin-du-Roy, il y a 20 municipalités et 80 % est à Trois-Rivières. Il faut que les petites municipalités soient représentées par un commissaire, ce que le projet de loi ne prévoit pas», souligne-t-il.

«Éventuellement, les représentants au conseil d’administration, qui vont être majoritairement des parents, pourraient provenir du même secteur. Tous les autres ne seraient pas représentés», explique Jean-Yves Laforest. «Qui, alors, va lever la main pour défendre la petite école de Notre-Dame-de-Montauban?», illustre-t-il.

«Les services de transport scolaire sont importants aussi», renchérit-il. «Ils doivent être observés par des gens dans les milieux, ce que les commissaires font actuellement», dit-il.

«Si l’on a uniquement les parents, dans les écoles, il est possible que le parent parle plutôt pour son enfant, mais pas pour l’ensemble des enfants», fait remarquer pour sa part la députée Rizqy.