Maxime Durand, historien chez Ubisoft.

Profession: historien chez... Ubisoft

On ne sait jamais où des études universitaires peuvent mener. Parlez-en à Maxime Durand, diplômé de l'Université de Montréal en histoire, une formation qui l'aurait normalement mené dans des branches comme l'enseignement, le tourisme ou vers un travail en musée.
Sa passion pour l'histoire l'a plutôt mené tout droit chez Ubisoft où il travaille, depuis quatre ans, en tant qu'historien principal pour le jeu vidéo Assassin's Creed III. Il est à l'origine des informations historiques qui ont mené à la création du troisième chapitre de ce jeu vidéo d'action et d'aventures basé sur une fiction historique se déroulant au XVIIIe siècle.
Maxime Durand raconte que cette opportunité lui est parvenue «un peu par hasard». Finissant, il avait reçu une lettre du département d'histoire de son Université disant qu'Ubisoft cherchait un historien «pour un projet secret», raconte-t-il. «Ils cherchaient quelqu'un de spécialisé dans le XVIIIe siècle, en histoire américaine et qui s'y connaissait en matière de peuples autochtones.»
L'offre ne pouvait mieux tomber. «J'avais deux frères qui travaillaient déjà chez Ubisoft. L'un d'eux est programmeur et l'autre, artiste, donc je connaissais un petit peu la boîte. J'ai téléphoné tout de suite», dit-il.
Armé d'un baccalauréat, d'une expérience de travail en musée et en tourisme et bon communicateur, Maxime Durand s'est senti tout de suite à sa place. À la blague, il explique qu'enseigner l'histoire aux employés d'Ubisoft, «c'est comme enseigner à la maternelle».
«C'est qu'ils ont besoin d'exemples très clairs et que je vulgarise énormément l'histoire. Donc, je suis allé chercher l'information de façon scientifique et je vais appuyer ce que je vais dire à l'équipe avec des images et des archives», explique-t-il.
Le jeune historien avoue qu'il n'a pas un pouvoir absolu sur le résultat final du jeu, toutefois, d'autant plus que «800 personnes travaillent sur Assassin's Creed en même temps», dit-il. Son rôle est donc surtout «de convaincre l'équipe».
«C'est sûr qu'on a des contraintes techniques et des contraintes artistiques. Donc, on essaie de faire une représentation qui est assez fidèle de l'époque. On garde les faits historiques, mais comme on rajoute un personnage fictif, il faut aussi ajouter un angle fictif», explique-t-il. Malgré tout, le jeu est si fidèle à l'histoire que même le temps de recharge des fusils utilisés durant la Révolution américaine est respecté.
Même si le XVIIIe siècle contient visuellement beaucoup d'éléments bruns à cause du bois des bâtiments et de la couleur des vêtements, un jeu vidéo peut néanmoins présenter beaucoup d'intérêt. «Tout est dans la façon de rapporter l'histoire», fait valoir Maxime Durand.
Ce dernier raconte qu'il lui a fallu beaucoup de préparation pour prendre part à la création du jeu. «Le but, c'est d'aller chercher de l'information scientifique et d'être capable de la digérer, de la transmettre à l'équipe et d'être convainquant. C'est un travail de diplomate», résume-t-il.
L'intérêt de se centrer sur la Révolution américaine, dans Assassin's Creed III, c'est que le thème n'avait pas été beaucoup exploité depuis le milieu des années 1990, explique M. Durand. Il n'y avait pas eu grand-chose depuis le film Le Patriote, avec Mel Gibson et Le dernier des Mohicans, en 1992.
Maxime Durand a travaillé un peu sur le chapitre précédant d'Assassin's Creed et a contribué à Assassin's Creed IV Black Flag qui est sorti l'automne dernier.
Quand il rêvait de travailler un jour pour Ubisoft, comme ses frères, Maxime Durand avoue que «c'était plus une blague ou un rêve qu'autre chose». Ce qui lui plait, dans ce rêve aujourd'hui devenu réalité, dit-il, c'est de pouvoir convertir ses connaissances de l'histoire en quelque chose de concret et de pratique et surtout de fort divertissant.