Se départir de leurs animaux demeure la solution d’urgence pour les agriculteurs, qui font «tout en leur pouvoir afin de ne pas les vendre ou les perdre», assure Gaëtan Caron.
Se départir de leurs animaux demeure la solution d’urgence pour les agriculteurs, qui font «tout en leur pouvoir afin de ne pas les vendre ou les perdre», assure Gaëtan Caron.

Producteurs agricoles: les récoltes manquent à l’appel, mais la combativité demeure

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
«S’il fallait qu’un agriculteur jette l’éponge chaque fois qu’une embûche se dresse devant lui, je peux vous affirmer qu’il n’y aurait plus aucun cultivateur pour desservir la population québécoise.»

Ces mots, ils viennent de l’ancien député de Saint-Maurice maintenant agriculteur à plein temps Pierre Giguère. Comme les cultivateurs de partout à travers la province, il est plus que jamais confronté à dame Nature cette saison.

Le temps ayant été anormalement sec à l’extérieur pendant les mois d’avril, de mai et de juin, les récoltes de foin ont été désastreuses pour la forte majorité des producteurs du Québec. Ce faisant, la simple tâche de nourrir les animaux est devenue bien plus ardue pour ces irréductibles travailleurs.

«Avec le virus et la température, on peut dire que cette saison est très spéciale, on va s’en souvenir de l’été 2020! On est habitués d’avoir des récoltes difficiles en raison de la sécheresse, mais cette année est particulière, puisque ce sont presque toutes les régions qui sont touchées. Le travail devient stressant pour plusieurs, car il est de plus en plus complexe d’avoir un revenu convenable», a-t-il fait savoir.

Heureusement, le sol québécois a finalement reçu de l’eau au mois de juillet. Cette pluie prenait d’ailleurs des allures de sauveuse dans le coeur des producteurs, qui sont remplis d’espoir en vue de la deuxième coupe de foin.

«Évidemment, il nous sera impossible de rattraper complètement les pertes que l’on a subies. Cependant, on espère connaître un peu plus de succès lors de la prochaine coupe. On se croise les doigts pour avoir assez de foin à ce moment», a indiqué l’un des propriétaires de la ferme Caron du secteur Saint-Louis-de-France à Trois-Rivières, Gaëtan Caron.

«Une imagination débordante»

Devant cette situation, les producteurs agricoles n’ont d’autre choix que d’innover afin de pallier les pertes occasionnées par le temps sec. 

«Au début de la saison, on a établi notre plan A, qui était de produire nous-mêmes notre foin. On est donc tombés au plan B, qui consistait à acheter le foin ailleurs, puis aux plans C et D. De mon côté, j’ai produit de l’avoine fourragère, qui compense une partie de mes besoins. Je complémenterai le tout avec de la paille et du grain», a expliqué Pierre Giguère.

Celui-ci, tout comme M. Caron, n’exclut pas la possibilité d’acheter du foin dans les régions les plus épargnées par dame Nature ou même à l’extérieur de la province, notamment en Ontario. À l’heure actuelle, le foin qui se vendait entre 40 et 50 $ l’an passé coûte entre 90 et 100 $ aux agriculteurs.

Il est à noter que ces cultivateurs peuvent également faire appel à l’assurance récolte, mais «il leur est impossible pour l’instant de savoir combien ils recevront et d’ainsi être rassurés».

En dernier recours, les producteurs devront malheureusement vendre des animaux ou les envoyer à l’abattoir dans le dessein de minimiser leurs pertes, qui sont déjà notables.

«J’en viens à me poser des questions. Est-ce que je garde mes animaux et paie mon foin à gros prix ou bien, si les coûts que je dois assumer en gardant mes bêtes sont trop élevés, je les envoie à l’abattoir et on se tire dans le pied comme société», questionne M. Giguère.

Rappelons que l’Union des producteurs agricoles (UPA) a mis sur pied une cellule de crise à l’échelle provinciale, vendredi dernier, qui récoltera l’information provenant des différentes régions afin de suivre l’évolution de la situation. Une plateforme Web permettant aux agriculteurs d’afficher leurs inventaires de foin ou de grain à vendre afin d’en faire profiter ceux qui sont dans le besoin a aussi été implantée par l’organisme.

De nombreux groupes Facebook ont également vu le jour afin de faciliter l’achat et la vente de fourrage pour les professionnels de l’agriculture.

L’union fait la force

Par ailleurs, l’agriculture ne ressemble en rien à la plupart des autres industries en ce qui a trait à la concurrence entre les différents acteurs. Les producteurs agricoles préfèrent effectivement oeuvrer pour la réussite collective plutôt que sur leur succès individuel.

«Il n’y a vraiment aucun climat de compétition entre nous. Je pense que nous sommes plus dans l’entraide. C’est mieux pour tout le monde de travailler dans un seul sens. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’UPA a décidé d’adopter des mesures spéciales de façon à soutenir l’ensemble des agriculteurs», a témoigné Pierre Giguère.

Déterminés, ces producteurs de la région demeurent convaincus qu’ils réussiront à «passer à travers cette crise», affirme le propriétaire de la ferme Caron.