Julie Loranger, Diane Vigneault et Andréanne Boisvert, qui tient son garçon de onze mois dans ses bras, sont exaspérées des mauvaises odeurs qui, selon elles, émanent de l'usine Kruger.

Problème de mauvaises odeurs à l'usine Kruger

Trois-Rivières — Quelques jours après l’inauguration de la «nouvelle» machine numéro 10 de l’usine Kruger de Trois-Rivières, des résidents du quartier voisin de l’usine se disent très incommodés par les mauvaises odeurs.
La direction de l’usine Kruger de Trois-Rivières avoue travailler à corriger le problème de mauvaises odeurs.

Ces citoyens habitent sur le boulevard de la Commune, une rue bordée de plusieurs gros arbres située tout juste devant le parc Pie-XII. Le groupe rencontré par Le Nouvelliste affirme avoir choisi ce secteur de Trois-Rivières en grande partie en raison de la présence du parc et de ses infrastructures. 

D’emblée, ces résidents affirment ne pas être contre la conversion de la machine numéro 10 au coût de 250 millions pour fabriquer du carton haut de gamme 100 % recyclé. Ils soutiennent surtout être ravis que cela puisse consolider 270 emplois. 

«Je n’ai rien contre les emplois, mais il y a un gros problème d’odeur et de poussière. C’est insoutenable quand les vents sont dominants vers chez nous. C’est assez intense pour dire que je serais prête à déménager, comme ma voisine. […] C’est l’fun pour les emplois, mais si le monde déserte le quartier parce que ça pue trop…», déplore Julie Loranger, une résidente du boulevard de la Commune. 

«Quand on est la première ville la plus polluée au Québec, il y a de quoi se questionner. Des études démontrent que ce n’est pas bon pour les poumons.»

Andréanne Boisvert habite dans le quartier depuis 2009. La mère d’un jeune garçon de onze mois soutient que les odeurs sont très désagréables pour les voies respiratoires. 

«Ça pogne à la gorge. Je suis asthmatique et ce n’est pas quelque chose que je veux laisser à mon enfant. Il faut prendre les choses en mains. Trois-Rivières est une ville qui offre beaucoup de choses, mais ce n’est pas une ville qui pue», estime-t-elle. 

Les citoyens affirment que les problèmes d’odeurs se sont manifestés au printemps dernier, dès l’ouverture de la machine 10. Lors d’une journée particulièrement humide, les résidents décrivent l’odeur comme intenable. 

«Quand ça sent vraiment, on ferme les fenêtres et on ne sort pas dehors. On ne profite pas de nos galeries, on ne va pas au parc et on ne fait pas de BBQ», ajoute Mme Loranger. 

«On a aussi dû vivre avec une fine poussière presque tout l’été. Il y en avait avant, on est quand même aussi près du port, mais il y a vraiment eu une augmentation considérable. On devait laver nos voitures deux fois par semaine.»

Le propriétaire de Fruits et légumes en gros situé sur la rue Poisson est lui aussi aux prises avec un problème de poussière ces derniers mois. Il soutient devoir laver très souvent les fenêtres pour s’en débarrasser. 

«Je dois aussi laver très souvent mon véhicule, parce qu’il se ramasse avec plein de poussière», avoue Maxime Clément. 


Ça pogne à la gorge. Je suis asthmatique et ce n’est pas quelque chose que je veux laisser à mon enfant. Il faut prendre les choses en mains. Trois-Rivières est une ville qui offre beaucoup de choses, mais ce n’est pas une ville qui pue
Andréanne Boisvert

La direction de l’usine du boulevard Gene-H.-Kruger ne nie pas qu’il y a un problème avec les odeurs. Il semblerait que les boues résiduelles seraient à l’origine de ces mauvaises odeurs. 

«On a identifié ce qui était la cause. J’ai déjà parlé dans d’autres tribunes qu’on avait le traitement de boues à faire avec le traitement des eaux. On a découvert qu’il y avait une certaine senteur associée à cette boue-là, qui est un rejet de nos procédés», soutenait mardi lors de l’inauguration de la machine numéro 10 Nicolas Cloutier, directeur général de l’usine Kruger qui ajoutait que la direction entend corriger la situation. 

«On a identifié aussi des produits neutralisants de cette senteur-là. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on a de bons résultats qu’on suit de manière assez serrée au quotidien.»

Conseiller sortant du district Marie-de-l’Incarnation et candidat à la mairie de Trois-Rivières, Jean-François Aubin est allé à la rencontre des citoyens du boulevard de la Commune. Il estime que la Ville doit travailler avec Kruger pour régler cette problématique. 

«On peut comprendre qu’ils ont une nouvelle machine et une nouvelle technologie qu’ils sont en train de roder, mais il faut régler le problème», soutient le candidat à la mairie de Trois-Rivières. 

Le candidat au poste de conseiller municipal du district de La Vérendrye, Dany Carpentier, appuie la démarche des citoyens du boulevard de la Commune. Il était également sur place vendredi après-midi lorsque Le Nouvelliste s’est rendu sur les lieux. 

Il estime que le mandat d’un conseiller municipal est d’accompagner ces citoyens pour qu’ils obtiennent des réponses de l’entreprise. 

«Quand on va se rendre compte que ça sent, si au moins on sait que ça ne vient pas d’un polluant, on va déjà être rassuré», affirme-t-il. «Et le sujet des odeurs revient souvent durant mon porte-à-porte.» 

Avec la collaboration de Marc Rochette