Joyce Echaquan.
Joyce Echaquan.

Principe de Joyce: le Conseil des Atikamekw lance une consultation publique

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
MANAWAN — Le Conseil des Atikamekw de Manawan lance une consultation publique en préparation du dépôt, à l’Assemblée nationale, de ce qu’il appelle le Principe de Joyce.

Cette démarche, entreprise en collaboration avec le Conseil de la Nation Atikamekw, vise à obtenir des contributions, suggestions et commentaires pour élaborer ce principe et faire en sorte que le gouvernement du Québec et les institutions du domaine de la santé et des services sociaux s’engagent à le respecter.

Cette initiative fait suite au décès tragique de Joyce Echaquan, il y a deux semaines. Cette mère autochtone de Manawan, rappelons-le, a été victime de remarques insultantes et racistes de la part de membres du personnel soignant juste avant son décès.

«Le Principe de Joyce vise à garantir à tous les autochtones le droit d’avoir accès sans aucune discrimination à tous les services de santé et de services sociaux ainsi que le droit de jouir du meilleur état possible de santé physique et mentale.

La consultation se déroulera du 14 octobre au 28 octobre. Le Principe de Joyce sera ensuite acheminé au gouvernement le lundi 9 novembre.

Toute personne intéressée à la question est invitée à contribuer à cette initiative. Les commentaires, suggestions et toute contribution relative au Principe de Joyce seront recueillis en priorité par écrit et traités de façon confidentielle.

Les personnes intéressées sont invitées à faire parvenir leurs commentaires par courriel ou par téléphone au 1-855-523-2082. Une page Facebook appelée Principe de Joyce sera aussi mise en ligne. Cette page inclura des documents de référence pouvant alimenter les réflexions.

La proposition initiale du Principe de Joyce comprend six mesures, la première demandant au gouvernement du Québec de reconnaître que les autochtones sont confrontés à du racisme systémique. À ce chapitre, un plan d’action doit être mis en place, réclame le Conseil des Atikamekw.

On demande également que tous les ordres professionnels qui oeuvrent dans le domaine de la santé et des services sociaux incluent, au moment de l’assermentation de leurs membres, le respect du Principe de Joyce. Une composante relative à ce principe devrait également faire partie des exigences de formation de ces personnes.

Rappelons que la professeure Anne-Marie Leclerc de l’UQTR, qui est aussi infirmière clinicienne, a étudié la question pendant 5 ans en vue de rédiger une thèse de doctorat. Mme Leclerc a découvert qu’en Mauricie et au Centre-du-Québec, 90 % des infirmières n’ont jamais reçu de formation concernant les autochtones. Or, il existe des barrières culturelles et des préjugés à franchir a-t-elle mentionné lors d’une récente entrevue accordée au Nouvelliste.

Les programmes en santé et services sociaux devraient, selon le Principe de Joyce, prévoir des mesures afin d’intégrer les étudiants autochtones et assurer leur réussite, incluant la création d’un fonds destiné à offrir des bourses d’études aux étudiants autochtones.

Le Conseil des Atikamekw croit que tous les établissements de santé du Québec qui desservent régulièrement une clientèle autochtone devraient passer un accord avec les autorités des communautés autochtones pour la mise en œuvre de cette politique.

Il demande également la création d’un Ombudsman à la santé des autochtones dont les pouvoirs feraient l’objet d’une entente avec les communautés autochtones.

Le Principe de Joyce impliquerait aussi que toute communauté autochtone ait accès, dans sa communauté, aux équipements et au personnel nécessaires à l’obtention de soins de santé et de services sociaux et puisse également disposer des moyens nécessaires à l’embauche de ressources humaines qui permettraient de respecter cette politique.